« Les experts/Créteil » : Michel Bounan

J’accumule tellement de livres que mon épouse décrit désormais notre appartement parisien comme une annexe d’Amazon. Il va de soi que cette accusation est sans fondement, même si j’envisage depuis peu de stocker des polars dans nos salles de bain. Bref, c’est donc en triant des bouquins que j’ai découvert ce petit livre de Michel Bounan, Logique du terrorisme.

J’avais oublié jusqu’à son existence, mais un simple coup d’œil à son 4e de couverture m’a rafraichi la mémoire, et je ne résiste pas au plaisir de vous en citer le texte :

La guerre menée par le terrorisme contre ses adversaires déclarés est tout à fait invraisemblable. Pour être crédible, cette histoire exigerait triplement et simultanément une excessive stupidité des terroristes, une incompétence extravagante des services policiers et une folle irresponsabilité des médias. Cette invraisemblance est telle qu’il est impossible d’admettre que le terrorisme soit réellement ce qu’il prétend être.

Michel Bounan a au moins le mérite d’assumer sa position. Evidemment, des esprits chagrins avanceront que notre homme est un médecin homéopathe et que ses compétences en matière de terrorisme sont infimes. Autant vous le dire, je suis fier de me compter parmi ces esprits chagrins tant j’ai été affligé par la lecture de cet essai d’une soixantaine de – petites – pages.

Bounan, après tant d’autres, se roule dans la plus médiocre des théories complotistes. Mais, saluons son ambition, notre homme ne se contente pas de s’en prendre aux Etats-Unis, il préfère réinterpréter pour notre édification l’histoire du terrorisme au 20e siècle.

Michel Bounan, qui semble connaître quelques difficultés avec certains concepts historiques (crimes de guerre ? connaît pas), se vautre dans l’erreur et l’anachronisme en qualifiant les bombardements allemands sur le Royaume-Uni, alliés sur l’Allemagne et américains sur le Japon d’attentats terroristes. Peut-être l’auteur prendra-t-il le temps, à l’occasion, de lire quelques textes juridiques ainsi que, par exemple, le livre que Patrick Facon consacra, il y a plus de dix ans, au bombardement stratégique.

Il pourrait même feuilleter quelques pages du Code pénal, un ouvrage précieux. Inutile, non plus, d’informer Michel Bounan que le Blitz sur Londres a bien failli avoir raison de la légendaire ténacité britannique, que les raids sur le Reich, pour criminels qu’ils aient été, n’en ont pas moins eu de réelles conséquences politiques intérieures et que, pour finir, les bombardements nucléaires sur Hiroshima puis Nagasaki ne visaient pas à démoraliser le peuple japonais mais à frapper de stupeur le régime pour le contraindre à la capitulation. Il est difficile de nier le succès de la manœuvre, au-delà des terrifiantes pertes humaines, et, ma foi, si l’URSS a, en plus, été impressionnée par la puissance de l’Empire, pourquoi se plaindre ? Bounan, qui semble plus fréquenter les ouvrages de Thierry Meyssan que les historiens sérieux, n’a pas non plus pensé que l’issue rapide de la guerre dans le Pacifique coupait l’herbe sous le pied de Staline et empêchait les Soviétiques de trop progresser en Extrême-Orient.

Pour le bien de sa démonstration, qui voudrait que le terrorisme n’ait jamais obtenu de gains politiques, Michel Bounan – qui évoque avec une grande légèreté la résistance française durant le dernier conflit mondial – passe sous silence les gains politiques de l’OLP ou la prise de pouvoir de Castro à Cuba. Et il ne s’interroge pas plus sur les motivations de groupes comme Al Qaïda, désireux de provoquer des conflagrations et pas plus tentés que ça par une prise de pouvoir.

L’ignorance de Bounan ne s’arrête évidemment pas là, ce serait trop beau. Nourri de quelques articles cueillis dans Libération, il pense être en mesure d’affirmer que les services de renseignement et de police font preuve d’une « impuissance surprenante ». Ce bon Dr Bounan serait sans doute effaré d’apprendre combien d’attentats sont déjoués chaque année…

S’agissant des médias, il n’a pas tort de moquer leur fébrilité, mais il lui a sans doute échappé que l’irruption de CNN, à l’occasion de la guerre contre l’Irak en 1991, avait durablement bouleversé les mœurs journalistiques. On peut le déplorer, se lamenter, théoriser sans fin, mais les faits sont têtus et les grands médias ne jouent pas d’autre jeu que le leur lorsqu’ils nous inondent d’informations angoissantes et d’images pénibles liées à la menace terroriste. Enfin, Bounan dévoile l’étendue de son ignorance en affirmant que les groupes terroristes ne peuvent être que dirigés par des esprits supérieurs. En réalité, il semble même que notre écrivaillon n’ait pas son service militaire, sans quoi il saurait que la bêtise la plus crasse peut côtoyer de grands esprits, et que les plus beaux plans de bataille sont parfois réduits à néant par de piètres exécutants – demandez donc à Grouchy, ou éventuellement à Provençal le Gaulois.

Le regard, incroyablement naïf, que porte Bounan sur l’Histoire, le cours des événements ou le facteur humain nous en dit long sur l’intolérable ignorance qui le guide tout au long de cet opuscule. Pourtant, l’homme essaye d’étayer son propos par des arguments, mais ceux-ci, puisés dans les délires de Meyssan ou de Gore Vidal, sont sans valeur. Et à la naïveté ou à la stupidité s’ajoute une insondable mauvaise foi, tant il est évident que Michel Bounan n’écrit pas pour prouver ou démontrer mais pour coucher sur la papier la vision inepte qu’il se fait du monde.

Franchement, il aurait pu éviter de nous la livrer.

Un momentum bien agréable

Ça n’arrive pas tous les jours, et ça ne rend la chose que plus délectable : commencer la lecture d’un roman d’espionnage écrit en français – et quel français ! – et ne pas l’interrompre avant le point final.

Il semble donc que nous ayons trouvé au regretté Vladimir Volkoff un hériter digne de sa plume et son sens acéré de l’Histoire. Homme aux multiples facettes et talents, Patrick de Friberg nous a ainsi livré, avec Momentum, un roman comme on en lit peu dans une année.

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D’une écriture délicieusement ironique et à l’élégance discrète, mais sans jamais tomber dans la caricature ou la préciosité, l’auteur nous donne à déguster une intrigue qui nous renvoie aux plus belles machinations de John Le Carré ou de Graham Greene. Loin de livrer une fresque comme celle, incomparable, de Robert Littell (La compagnie), il s’attache au contraire à quelques personnages et décrit une opération de renseignement ambitieuse, capable de survivre aux chutes des empires et des idéologies. Il en profite pour faire quelques clins d’œil à la vie politique québécoise, et on me dit que cette liberté de ton n’est pas du goût de tout le monde.

Quoi qu’il en soit, avec ce roman, Patrick de Friberg donne aux non-initiés quelques clés pour comprendre certaines décisions politiques ou certaines trajectoires météoritiques. Quant aux initiés, ils ne peuvent qu’approuver ce salutaire travail pédagogique.

« I got a name, and I got a number, I’m coming after you. » (« Just a job to do », Genesis)

Et voilà, l’Empire a réussi à faire payer le grand tout maigre. « Justice a été faite », a annoncé l’Empereur, en homme qui n’a décidément pas été émasculé par son Nobel de la Paix. C’est à ces petits détails qu’on sépare les vrais mecs des demi-sels, mais, franchement, on n’y croyait plus. D’ailleurs, pour tout dire, on le croyait mort, l’excité de l’Hadramaout, emporté par une vilaine turista quelque part dans les zones tribales pakistanaises ou ravagé par une vilaine MST dans un claque de Tijuana ou une clinique du Montana.

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En 2006, les Saoudiens avaient même plutôt l’air sûrs de leur coup quand ils évoquaient une sépulture dans les montagnes et puis quand même, il reste une question : pourquoi diable Oussama a-t-il disparu de la circulation comme ça, d’un coup, pour ne plus laisser transpirer que des enregistrements moisis ? Evidemment, un esprit suspicieux comme le mien pourrait suggérer que les services saoudiens avaient sciemment laissé filtrer de fausses informations afin de donner un peu de répit au rejeton le plus turbulent du clan Ben Laden. Après tout, l’Arabie saoudite n’a découvert que sur le tard à quel point le jihadisme n’avait rien de sexy, et elle avait longtemps observé avec tendresse les agissements de cette bande de quadragénaires vivant chichement en Afghanistan dans des grottes et des camps de toile et rêvant d’abattre l’Empire. Il ne faut pas mépriser la camaraderie des tranchées, je sais, mais quand même. Peut-être Oussama en avait-il eu assez de toute cette violence, de toute cette pression, un peu comme Odile Deray ?

Quoi qu’il en soit, pendant qu’Oussama Ben Laden observait le silence blasé de celui qui n’a rien à prouver, le bon docteur Ayman se glissait avec talent dans les habits de chef d’Al Qaïda, et c’est à lui qu’on doit donc les grandes évolutions idéologiques et stratégiques du groupe, comme je l’ai exposé ici ou là. Contrairement aux affirmations des dizaines d’experts plus ou moins compétents et inspirés qui se succèdent dans les médias depuis l’attentat de Marrakech et qui étaient donc en place quand la nouvelle est tombée, Ben Laden n’a jamais été le théoricien du jihad. Leader charismatique porté par une vision, il s’est toujours appuyé sur des idéologues originaires du Moyen-Orient (Abou Koutada al Filastini, Abou Hamza al Masri, Abou Walid, Abou Moussab al Suri, tous de sympathiques théologiens ouverts sur le monde) pour mettre en musique ses projets.

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Obsédé par l’Empire, Oussama Ben Laden avait quasiment trahi ses camarades du Machrek, plutôt obsédés par Israël, et Abou Zoubeida avait même confié à ses interrogateurs de la CIA que de réelles tensions étaient apparues à la fin des années 90 au sein de l’état-major d’AQ à ce sujet. Fort heureusement, fin tacticien, OBL avait su apaiser ses amis par quelques opérations de belle facture. Quel homme, quand même.

Et lundi matin, à l’heure où blanchit le campagne, voilà que j’apprends qu’Oussama a été tué par une équipe de SEALS, non pas dans les rugueuses campagnes pakistanaises près de la frontière afghane, mais au nord d’Islamabad, dans une ville, Abbottabad, qui abrite, excusez du peu, l’académie militaire nationale (PMA). Entouré d’élèves officiers et de militaires à la retraite, Oussama serait donc passé inaperçu toutes ses années, alors que tous les services de renseignement un tant soit peu sérieux savaient depuis au moins 1998 que l’ISI n’avait JAMAIS cessé de soutenir les Taliban, Al Qaïda, les groupes cachemiris et quelques autres rigolos. L’Inde a même émis des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de deux membres de l’ISI pour leur rôle dans l’assaut lancé contre Bombay/Mumbai en novembre 2008. Et n’importe quel analyste de l’OTAN vous dira que les insurgés afghans – ce terme est proprement insupportable tant il passe sous silence le radicalisme religieux – n’ont jamais cessé de recevoir l’aide du Pakistan.

L’année dernière, Hilary Clinton avait même glissé, en public, qu’à son humble avis Oussama Ben Laden vivait au Pakistan. Naturellement, à Islamabad, on s’était ému, on avait protesté de sa bonne foi, on avait appelé à une pleine et entière coopération internationale, les habituelles foutaises servies par un gouvernement qui, au mieux savait qu’il n’avait aucune prise sur ses propres services secrets, ou qui, au pire jouait un double jeu éhonté avec les Occidentaux. Déjà, en 2003, au Quai, on riait des déclarations d’une délégation pakistanaise, incarnation de la vertu bafouée : « Des camps terroristes chez nous ? Mais il n’y en a jamais eu. D’ailleurs, on les a tous démantelés ». Non seulement c’était idiot, mais en plus c’était faux…

La duplicité d’Islamabad depuis le début de l’intervention occidentale en Afghanistan était donc telle qu’il semblait exclu d’informer qui que ce soit du raid contre Oussama Ben Laden. A quoi bon tenir secrète une opération au sein de ses propres forces pour en informer le pire allié qui soit ? Laissons le général Heinrich, interviewé dans Le Parisien, le quotidien qui fait l’opinion au pays des Lumières (ici), à ses évaluations et persistons à penser que l’opération Geronimo a bien été conduite sans un mot au Pakistan. Et réjouissons nous de ce silence, réel ou souhaité, car on imagine sans mal quelle aurait été la réaction de la rue pakistanaise, connue pour son amour de l’Occident et sa retenue lors des manifestations de sa colère… Finalement, le silence de l’Empire épargne un partenaire ambigu mais précieux, du moins pour l’instant.

Déjà, les conspirationnistes sortent du bois et, profitant de la diffusion par la presse pakistanaise d’une photo trafiquée, se laissent aller à leur hobby de prédilection. Le choix est vaste : Oussama était déjà mort, il avait été capturé il y a des mois et l’opération de l’Empire n’a été montée que pour servir les intérêts d’Obama, Oussama n’a jamais été qu’un agent de la CIA en mission d’infiltration profonde, Oussama était une drag queen de Sidney (« Priscilla, moudjahiddine du désert » ?), Oussama était un droïde de protocole parlant 6 millions de formes de communication, Oussama était le frère jumeau de Timothy McVeigh etc. Ce qui reste fascinant est la prodigieuse imagination et l’absence totale de cohérence de nos émules de Dan Brown, mais il s’agit ne pas perdre de temps avec ces analystes de pacotille ou ces experts de troisième zone, et on pourra se contenter des hilarantes contributions de Slate.fr.

Donc, il est mort, et si certains en doutent, ses fidèles, eux, commencent à le pleurer. Les cadres d’Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), un temps abasourdis, se sont repris et nous ont promis une vengeance à la hauteur de l’affront. Enfin, un peu d’action, ne peut-on s’empêcher de penser. Il faut dire que la branche yéménite d’Al Qaïda a une autre allure que les petites frappes d’Abou Sayyaf, les lointains cousins de Mindanao, mais on y reviendra.

Donc, disais-je, Oussama est mort. « On meurt pas forcément dans son lit », disait Raoul Volofoni, qui s’y connaissait. Il a été abattu par un membre de la Team 6 des Navy SEALS, une unité de la marine impériale appartenant aux Forces spéciales et présentée au grand public par deux abominables navets, Navy Seals – les meilleurs (tout un programme, 1990, Lewis Teague) et GI Jane (1997, Ridley Scott).

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Alors, exécuté, Oussama ? Oui, probablement, mais ça dérange qui, exactement ? Capturer vivant le fondateur d’Al Qaïda aurait été, au-delà de la posture juridique et morale qui veut qu’on garantisse un procès impartial à l’accusé et qu’on préserve sa vie, un authentique et durable cauchemar. Partout, des jihadistes auraient pris des otages, réclamé la libération du héros, fait sauter avions et trains, des milliers d’avocats se seraient battus pour défendre l’homme le plus traqué de l’histoire, les témoins auraient été innombrables, les débats seraient rapidement devenus incompréhensibles, interminables, et surtout trop sensibles.

Ben oui, la CIA a joué avec le feu dans les années 80, et nous avec elle.

Ben oui, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Pakistan avaient reconnu les Taliban et n’ont pas tenu compte des sanctions décidées par les Nations unies.

Ben oui, la France n’a pas osé expulser les attachés religieux saoudiens qui faisaient en 1998 la tournée des mosquées clandestines en banlieue pour chauffer les foules.

Ben oui, les Britanniques ont toléré le Londonistan sur leur sol jusqu’à la vague de départs vers l’Afghanistan, en juin 2000, de quelques unes de ses figures. Et ils avaient même recruté quelques jihadistes de valeur…

Ben oui, la Chine commerçait avec les Taliban jusqu’au 11 septembre.

Ben oui, c’est l’armée pakistanaise qui a détruit les Bouddhas de Bamyan et qui a entrainé les tueurs de Bombay.

Ben oui, les Allemands ont mis plus de dix ans à reconnaître que les terroristes actifs sur leur sol n’étaient pas de petits délinquants maghrébins mais des jihadistes enragés.

Ben oui, les attentats de Moscou en 1999 sont un montage de M. Poutine, le démocrate exigeant qui a su associer à son refus de la guerre en Irak MM. Chirac et de Villepin.

Ben oui, les groupes jihadistes libanais ont été financés par les Saoudiens, avec l’accord tacite de la France, pour nuire à la Syrie.

Ben oui, c’est parfois avec des gifles qu’on obtient des renseignements.

L’option d’un procès était donc inenvisageable pour l’Empire, et j’imagine les ravages dans les opinions arabes et occidentales qu’auraient provoqués les révélations plus ou moins tronquées qui auraient garni les débats. L’élimination d’OBL présentait par ailleurs plusieurs avantages :

– évidemment, il s’agit d’un vrai succès personnel de l’Empereur ;

– de plus, les circonstances de l’assaut ont permis de déciller les yeux de certains journalistes – tout le monde ne peut pas avoir la clairvoyance de l’équipe de Rendez-vous avec X – qui découvrent, ou font mine de découvrir, que le Pakistan n’est pas notre meilleur allié dans la guerre contre Al Qaïda et sa clique de cinglés ;

– surtout, il s’agit d’un message très clair envoyé à tous les jihadistes, et c’est ainsi qu’il faut traduire le fameux « Justice has been done » : ça a pris dix ans, nous avons tâtonné, nous avons hésité, nous avons dépensé des fortunes, nous avons perdu des hommes, nous avons tué des innocents, mais au bout du compte, nous l’avons trouvé et nous l’avons tué. La déclinaison planétaire d’une affaire comparable à la mort de Khaled Kelkal, en quelque sorte.

Peut-être aussi faut-il prendre en considération le facteur humain. Quand on connaît les modes opératoires des forces spéciales, et plus particulièrement ceux des SEALS, il ne faut pas s’étonner que ça ait un peu rafalé. Surentraînés, surmotivés, surarmés, les hommes de la Team Six n’ont sans doute pas beaucoup hésité à tirer quand Oussama Ben Laden a bougé la main. Go ahead, Osama, make my day…

Seulement voilà, quand on est l’Empire, on fait attention, on fait des efforts, on essaye de calmer le jeu, et un conseiller a sans doute pensé : nous ne sommes pas des Russes massacrant des Tchétchènes, donc, pas de colliers d’oreilles ou de doigts, pas de vidéos idiotes comme à Abou Ghraïb, on va la jouer finement. On va lui donner une sépulture correcte, on ne va pas inonder le monde de photos qui seraient autant de trophées malsains, on va se montrer responsables. Et la dépouille d’OBL a donc été inhumée en mer, au large du Pakistan, après une courte cérémonie à bord du porte-avions USS Carl Vinson, une modeste barcasse. Seulement voilà, c’était compter sans le soin maniaque que portent de nombreux responsables musulmans au strict respect de rites funéraires. On ne plaisante pas avec ça, les amis. Les Arabes, peuple du désert, ne jettent pas leurs cadavres en mer, ils les inhument avec soin.

– Ben oui, mais les marins ? Les copains de Sindbad ?

– Mon cher ami, les copains de Sindbad, comme vous dîtes, ne mouraient tout simplement pas en mer. Il suffit de faire des efforts, voilà tout.

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On imagine la consternation des stratèges de l’Empire, réunis là-bas, à Washington. Bon Dieu, les marins musulmans ne meurent pas en mer, la poisse ! Non mais vous imaginez ? En voulant éviter de créer un point de ralliement et de recueillement pour les jihadistes et autres fanatiques, nous avons fait pire, nous avons heurté la foi de millions de croyants.

En effet, ça n’est pas de chance. Il y en aura toujours pour protester, pour se demander à haute voix pourquoi le recteur d’Al Azhar ne trouve pas déplacés les massacres de chrétiens au Soudan, ou lamentables les crimes d’honneur au Pakistan, ou honteux les attentats contre les églises en Indonésie, ou scandaleux les tirs de missiles antichars sur les bus de ramassage scolaire israéliens, mais ceux qui feraient ces objections mélangeraient tout, amalgameraient, se tromperaient lourdement. Dont acte. Bien penser à ajouter « on n’inhume pas un musulman en mer » à la fameuse sentence indienne rapportée dans une aventure de Lucky Luke « un Apache ne combat pas la nuit » (ça aussi, c’est bon à savoir).

Les plus vicieux, dont je m’honore de faire partie, poursuivront même leur questionnement. Par exemple :

– s’il n’était pas mort, vous ne croyez pas qu’il aurait appelé l’AFP, comme les petits malins d’AQPA au Yémen, ou CNN, comme les comiques des Shebab somaliens ?

– et en quoi c’est si grave d’avoir abattu un terroriste quand on coupe les têtes avec une belle cadence en Iran ou dans la riante Arabie saoudite ?

– et au fait, pourquoi Oussama Ben Laden était-il un héros si les attentats de New York et de Washington – et d’ailleurs, d’ailleurs – ont en fait été perpétrés par une diabolique machination internationale à majorité judéo-maçonnique anglo-saxonne ?

Et à présent ? Après la fin de l’islamisme annoncée en janvier par quelques orientalistes, après l’enterrement précipité du choc des civilisations par une poignée de commentateurs politiques frappés d’infantilisme, allons-nous avoir droit à la fin du jihad ? Devons-nous croire, comme Bernard Guetta ce matin sur France Inter, visiblement en proie à une crise de delirium, que la paix est devant nous ? A qui avons-nous affaire ? Clausewitz chez les Bisounours ? Machiavel au pays de Candy ? Raymond Aron invité du Muppet show ? Le fait de refuser le choc des civilisations au nom d’un aveuglement imbécile, et pour tout dire suspect, ne change rien à la réalité. De même, le fait, très modestement comme moi, de ne pas juger Huntington complètement idiot ne veut pas dire que je me réjouisse des tensions communautaires. Nous autres, pères de famille, avons inexplicablement tendance à préférer la paix, mais cela ne nous empêche pas de regarder les choses en face.

Certes, les islamistes ont raté le début des révolutions arabes, mais en Tunisie, en Egypte, on les voit à la manœuvre, et si la jeunesse occidentalisée ne veut pas d’eux, les couches les plus populaires font plus que les écouter. Ils sont en embuscade en Jordanie, en Syrie, plus qu’actifs en Libye. Il n’y a qu’en Algérie, la malheureuse Algérie, que rien ni personne ne semble en mesure de faire bouger ce pouvoir. On dira ce qu’on veut, mais si l’armée algérienne est incapable de sécuriser 100 mètres de route en Kabylie, la Gendarmerie et la police, elles, savent y faire pour bloquer les manifestations. Comme toujours, tout est question de priorité.

Et donc, partant, le jihad serait derrière nous ? Pas fous, Bernard Guetta et Rémy Ourdan préparent l’avenir et ses possibles (!) désillusions en n’écartant quand même pas des attentats, un peu comme le chant du cygne. Néfaste vision arabo-centrée du jihad. Il faudra leur expliquer, au Sahel, en Somalie, en Ouganda, au Kenya, dans le sud de la Thaïlande, en Inde, en Afghanistan, au Pakistan ou dans quelques banlieues européennes que le pire est derrière nous. On croirait entendre Michel Galabru dans Le viager (1972, Pierre Tchernia), annonçant chaque année l’inévitable reculade du Reich. En mai 1940, il est forcément moins crédible.

Rien de ce qui justifiait, en profondeur, le jihadisme dimanche soir n’a disparu lundi matin. La crise économique est là, et elle va en s’aggravant dans les pays qui vivaient du tourisme. Pourquoi croyez-vous qu’un attentat a eu lieu à Marrakech, dans le seul pays qui gère habilement et humainement le printemps arabe ? Les naïfs et les idiots – Thiéfaine aurait dit les dingues et les paumés –  parlent d’un complot (encore un !) pour empêcher le roi de faire ses réformes, voire, comble du ridicule, d’un acte mafieux entre gangs rivaux. Ben voyons.

La crise économique est là, disais-je, mais aussi la crise de gouvernance, la colère, hélas justifiée, contre l’Occident et son soutien aveugle à Israël, et même le refus d’une société de consommation devenue folle qui conduit de nombreux adolescents « du Sud » à adopter le jihadisme comme idéologie révolutionnaire.

On n’a pas fini d’envoyer nos tueurs liquider des gourous, des religieux dévoyés et des soldats perdus.

Et je dédie ce post enflammé à un lieutenant-colonel que j’ai très bien connu et qui se reconnaîtra.

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Dernier appel pour le passager Vlassov, à destination de Paris.

En 1973, Henri Verneuil, le plus hollywoodien des cinéastes français, se lance dans l’aventure d’une superproduction d’espionnage. Night flight from Moscow – Le serpent sur les écrans francophones – est en effet un film au casting international et prestigieux (Yul Brynner, Henry Fonda, Philippe Noiret, Dirk Bogarde, et même le grand François Maistre) qui bénéficie d’un magnifique scénario de Gilles Perrault.

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Verneuil a derrière lui une belle série de grands films (Le Président, Mélodie en sous-sol, 100.000 dollars au soleil, Week-end à Zuydcoote, Le clan des Siciliens) et il n’a pas grand-chose à prouver. J’ai toujours trouvé, pour ma part, que son style était un peu démonstratif, pataud, et que seuls ses scénaristes et dialoguistes le sauvaient.

Peur sur la ville (1975) ne vaut guère mieux, à mes yeux, qu’un mauvais Charles Bronson et il atteindra le sommet de son art avec I comme Icare (1979, déjà évoqué ici) ou Mille milliards de dollars (1980), deux authentiques monuments, avant de sombrer. Les Morfalous reste ainsi une véritable consternation

Night flight from Moscow illustre avec une certaine pédagogie le charme subtil des opérations de contre-espionnage qui ont fait de la Guerre froide, avec la stratégie nucléaire, ce moment intellectuellement si passionnant. Pour une fois, la distribution internationale n’est pas un poids à porter par le cinéaste, et elle donne même toute sa cohérence à l’intrigue.

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Le film, injustement méconnu dans le monde civil – à l’instar du mythique Dossier 51 – n’est disponible en DVD qu’en Zone 1. Cela ne doit pas vous arrêter, ni surtout vous empêcher de revoir Sens unique, autre passionnant récit d’une belle manipulation.

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Une guerre sale mais distrayante

J’ai découvert Dominique Sylvain il y a quelques semaines, à la lecture dans je-ne-sais-plus quel hebdomadaire, d’une critique enthousiaste de Guerre sale. On y apprenait que l’auteur(e) y relatait une intrigue haletante sur fond de réseaux franco-africains.

Je confesse que j’ignorais tout de Dominique Sylvain et de sa déjà longue carrière de romancière. Une brève visite à son site Internet (ici) me la rendit immédiatement sympathique. Une femme qui aime Michael Mann, Steven Soderbergh, Robert De Niro et Ving Rhames mérite à coup sûr d’être lue.

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A dire vrai, pourtant, je n’ai pas été transporté par ce livre. Le mot de l’éditeur, au dos, indique que « Dominique Sylvain atteint un sommet dans la construction de l’intrigue ». Il faut probablement envisager l’enthousiasme de cette appréciation avec un peu de recul. Guerre sale est un petit roman agréable à lire, dont les personnages, humains et originaux, renvoient presque inexorablement à ceux de Fred Vargas, une autre plume de Viviane Hamy. L’intrigue y est finalement assez linéaire, et les excentricités des uns et des autres, sans dire qu’elles lassent, ne créent quand même de réelle empathie. Là aussi, comme chez Vargas, on a presque l’impression qu’il n’est pas possible d’écrire de polar en français sans faire un concours de dingueries.

La recette, qui a agréablement renouvelé le genre il y a plus de dix ans, semble usée, et force est de reconnaître qu’on est loin, très loin, des héros de James Lee Burke, George Pelecanos, Dennis Lehane, Patrica Cornwell ou même Michael Connelly. Evidemment, Dominique Sylvain ou Fred Vargas apportent de la fantaisie, et même un peu de poésie, dans un univers où les gros flingues, les corps décomposés, les lendemains de cuite et les dilemmes moraux sont le quotidien. Hélas pour Dominique Sylvain, on a cru bon de présenter son roman comme une plongée dans l’univers, certes passionnant, de la Françafrique. Mais cette promesse, sans doute pas celle de l’auteur mais plutôt celle de l’éditeur, n’est pas tenue, et il ne suffit pas d’une poignée de morts cruelles ou d’intrigues politico-policières pour se hisser au niveau d’un James Ellroy, d’un RJ. Ellory ou d’un Hugues Pagan.

Ne boudons quand même pas notre plaisir. Guerre sale remplit à merveille le rôle d’un polar engagé: il distrait et il conduit à d’autres lectures, comme celle de Stephen Smith.

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Conseillé, donc.

Un petit week-end avec les Osterman ?

En 1982, Sam Peckinpah, le génial cinéaste de Major Dundee (1965), de La horde sauvage (1969), des Chiens de paille (1971), de Pat Garret & Billy the kid (1973) ou de Croix de fer (1977) est littéralement au fond du trou. Alcoolique, drogué, il ne tourne plus guère et a laissé derrière lui, dans un nuage de poudre blanche, sa carrière d’auteur capable de dynamiter les codes hollywoodiens du film de guerre ou du western.

Recruté par des producteurs désireux de mettre en scène le deuxième roman du nouveau maître – de l’époque – du thriller d’espionnage Robert Ludlum, il n’a pas de mal à réunir autour de lui de grands acteurs (Burt Lancaster, John Hurt, Dennis Hopper, et même Rugter Hauer, l’inoubliable répliquant de Blade Runner).

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Plus violente que le roman, l’adaptation cinématographique d’Osterman Weekend est également plus compréhensible. Incarnation de la paranoïa qui régnait alors entre les deux blocs, le film doit être désormais vu comme un témoignage sur la seconde partie de la Guerre froide. On y trouve des vétérans d’Hollywood, des gloires éphémères, comme Meg Foster.

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Un film méconnu, d’une époque qui s’estompe – et que nous regretterons peut-être un jour, qui sait ?

« Les experts/Langley » : Robert Baer

Contrairement à un certain nombre d’imposteurs, mythomanes, escrocs et autres rigolos qui peuplent les studios de radio et de télévision dès qu’un barbu montre le bout de son nez, Robert Baer a réellement été membre d’un service de renseignement – et pas n’importe lequel. Quand d’autres ont transformé leurs séances de photocopieuse en vie haletante, Robert Baer a parcouru le vaste monde pour la défense de l’Empire, une cause qui ne me laisse évidemment pas indifférent, comme vous le savez.

Membre de la Direction des Opérations de la CIA, il a essentiellement travaillé au Moyen-Orient, ce qui l’a conduit à porter un regard critique sur la frilosité de sa hiérarchie alors que le danger islamiste, puis jihadiste, se faisait chaque année plus pressant. Mais laissez-moi vous parler de la Direction des Opérations de la CIA.

Pour faire simple, la CIA est un service de renseignement dont les deux principales directions sont 1/ la direction du renseignement (Directorate of Intelligence) et 2/ le service de l’action clandestine (National Clandestine Service), ancienne Direction des Opérations. Si on considère que la DGSE est l’équivalente française de la CIA, la DR américaine devrait trouver dans la DR française son homologue naturelle, et le NCS devrait pouvoir parler à la Direction des Opérations (DO).

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En réalité, la DR française traite à la fois du renseignement humain (HUMINT) mais synthétise et analyse du renseignement « toutes sources », ce qui en fait, in fine, une direction du renseignement et de son analyse. La DR américaine se concentre quant à elle sur l’analyse, même s’il existe bien sûr des passerelles avec l’action clandestine. Le recrutement de sources et leur traitement relèvent ainsi du NCS, dans lequel on aurait tort de voir une DO. Les membres du NCS sont ainsi de véritables officiers traitants, aguerris et habitués aux terrains difficiles (un peu comme le Service Mission de la DO dont parlait un récent numéro du Monde du Renseignement), mais sans les capacités des forces spéciales réparties en France entre le Service Action et le COS. L’équivalence apparente des titres est donc trompeuse : un analyste français aura tout intérêt à parler à un membre du NCS, tandis qu’un membre du SA ne lui trouvera guère d’intérêt.

Robert Baer a ainsi été membre de l’ancienne Direction des Opérations de la CIA pendant de nombreuses années, et son expérience l’a conduit, après le fiasco historique du 11 septembre, à rédiger un ouvrage promis à un brillant avenir : la chute de la CIA. Dans ce récit mêlant réflexions opérationnelles et souvenirs personnels, Baer révélait crânement à quel point la frilosité de sa hiérarchie et d‘absurdes codes de bonne conduite avaient littéralement émasculé l’agence, la rendant impuissante, aveugle et sourde. A la décharge de la CIA, il faut bien avouer que ce penchant à l’autocensure et à une excessive prudence trouvait de nombreux échos de ce côté-ci de l’Atlantique.

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Robert Baer a évidemment tapé dans le mille avec son premier essai, et sa colère a conquis une large audience. En 2003, il s’est à nouveau invité dans le féroce débat sur le renseignement de l’Empire en publiant un autre brulot, Or noir et maison blanche, un livre écrit à la hache mais dans lequel il décrivait par le menu tout ce que nous n’avions pas eu le droit de dire sur nos alliés du Golfe. Cet ouvrage, éclairant sur bien des points, doit évidemment être rangé parmi les récits et mémoires, et il ne s’agit aucunement d’un essai scientifique. Baer y démontre un sens de l’observation d’une rare acuité, qui n’épargne ni les pétromonarchies arabes ni les dirigeants occidentaux prêts à toutes les basses pour un contrat industriel. La démonstration, brutale, est implacable.

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Elle a inspiré en 2005 à Stephen Gaghan, déjà scénariste de Traffic (2000, Steven Soderbergh), un remarquable film, Syriana, qui vaudra en 2006 à George Clooney un Oscar du meilleur second rôle.

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Les spectateurs ont tendance à juger Syriana dense, voire confus. Je dirais, pour ma part, qu’il offre en deux heures une vision assez lucide des enjeux au Moyen-Orient. Ni Baer ni Gaghan ne sont des spécialistes de l’islam radical, mais ils ont largement dépassé le stade de l’amateurisme éclairé. De plus, leurs accusations sont autrement plus étayées que les approximations d’un Eric Laurent, voire des journalistes du Monde Diplomatique. Surtout, leur lucidité sur les errements de leurs dirigeants ne les mène pas à défendre les salafistes. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Enfin, et de façon moins convaicante, Baer se lancera dans une analyse de la puissance iranienne. On ne peut pas être bon tout le temps.

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J’ajoute pour finir que Robert Baer a été conseiller technique sur le tournage du remarquable, et peu connu, Détention secrète (Gavin Hood, 2007)

et sur le très applaudi American jihadist (Mark Claywell, 2010).

Tout le monde n’a pas la chance de tourner Secret Défense (Philippe Haïm, 2008)…

« Tout ça va mal finir. » (Louis XVI)

Les jihadistes ont le sens de la fête et du partage. Après s’en être pris aux chrétiens d’Irak le 31 octobre dernier en attaquant la cathédrale de Bagdad (51 morts, plus de 60 blessés), nos turbulents barbus viennent de réaliser un nouveau carnage à Alexandrie. Un attentat-suicide, commis contre une église de la ville, le 1er janvier, a causé la mort de 23 coptes et en blessé près de 80.

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Cette nouvelle horreur a suscité quelques commentaires que je vais tenter de contredire.

1/ Non, cet attentat n’est pas un échec opérationnel.

Loin, en effet d’atteindre les bilans ahurissants auxquels les jihadistes nous ont habitués en Irak ou au Pakistan, l’attaque d’Alexandrie constitue l’attentat le plus meurtrier jamais commis dans une grande ville égyptienne. Evidemment, les plus rigoureux d’entre vous gardent en mémoire les attentats de Louxor (17 novembre 1997 : 62 morts), du Taba et Ras Chetan (7 octobre 2004 : 32 morts) et surtout de Charm El Cheikh (23 juillet 2005 : 88 morts), et ils ont bien raison, mais ils notent également que ces opérations, réalisées par la Gama’a Islamiya ou par Al Qaïda, ont touché des sites touristiques, par essence vulnérables.

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Quand on connaît la protection pointilleuse dont bénéficient, parfois à leur corps défendant, les coptes d’Egypte de la part du régime, on ne peut que souligner le macabre succès des planificateurs de l’attentat du 1er janvier dernier. Par ailleurs, juger de la qualité de cet attentat en rappelant qu’Al Qaïda utilise systématiquement une double charge est une ineptie. Les jihadistes font ce que leur permet l’environnement de l’objectif, et la méthode libanaise est loin d’être utilisée à chaque fois. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ce qui se pratique au Pakistan ou au Maghreb.

2/ Non (mille fois non !), cet attentat n’est pas une aubaine pour le régime

Véritable maladie, la conspirationnite touche souvent les esprits faibles, prompts à avancer des explications simplistes à des événements complexes. Cette médiocrité, qui révèle le plus souvent une parfaite ignorance des ressorts historiques et une incompréhension manifeste des phénomènes observés, conduit à la diffusion de commentaires parfaitement idiots.

Comment, en effet, peut-on affirmer que le pouvoir égyptien va tirer profit du carnage du 1er janvier ? Listons ensemble les raisons.

Aucun Etat souverain, qui plus est soumis depuis 30 ans à l’activisme de radicaux religieux, ne peut tirer profit d’un tel échec de ses services de sécurité et d’un tel désaveu de ses annonces régulières (« il n’y a pas de menace », pour reprendre la forte pensée d’un colonel corse que j’ai beaucoup fréquenté). Loin de pouvoir profiter de cet attentat, Le Caire se trouve désormais soumis à une très forte pression de la part de ses partenaires occidentaux, et en particulier de l’Empire, un allié exigeant qui se sent, pour plusieurs raisons – dont au moins une est évidente – responsable du sort des chrétiens d’Orient.

Outre la révélation brutale des vulnérabilités égyptiennes, les terroristes ont réussi à démentir, et de quelle façon ! le dogme du régime qui veut que 1/ le pays n’abrite pas de terroristes 2/ qu’il est à l’abri du jihadisme qui frappe partout dans la région et surtout 3/ qu’il n’y a pas de lien entre le terrorisme et la religion.

Le grand trouble dans la Force que les autorités ont ressenti samedi soir a été dévoilé par les rapides déclarations du Raïs. Celui-ci n’a, comme d’habitude, pas hésité à évoquer une responsabilité étrangère, mais sans exclure l’implication d’un citoyen égyptien (nous allons y revenir). Les habitués de l’appareil sécuritaire égyptien, dont j’ai été dans une vie précédente, ne manqueront pas de souligner l’inflexion du discours officiel.

Avant, les terroristes de la Gama’a, du Jihad Islamique ou d’Al Qaïda étaient systématiquement qualifiés de « fous » et d’« extrémistes ». Extrémistes de quoi ? Mystère, car les autorités politiques et religieuses égyptiennes niaient farouchement les origines et/ou motivations religieuses des actes de terreur. Les conduire à reconnaître qu’il s’agissait peut-être, à la réflexion, de musulmans déviants mettant en pratique une interprétation erronée de l’islam relevait de l’exploit. Au pays de l’orthodoxie sunnite, incarnée par l’université Al Azhar, envisager qu’une lecture radicale de l’islam puisse conduire à de telles horreurs était impensable. Ce dogme était même repris par l’homme de la rue, prompt, lui aussi, à voir des complots – et non des nains – partout. En 2005, après les attentats dans le Sinaï, un brave homme interrogé par un journaliste avait affirmé avec l’aplomb des esprits faibles ou endormis que ces attaques ne pouvaient être que l’œuvre d’Israël, puisque « jamais un musulman ne ferait ça. » La belle excuse.

Désormais, l’Egypte, qui pensait comme l’Algérie avoir éradiqué la menace jihadiste sur son sol sans avoir réglé un seul de ses problèmes politiques, économiques, sociaux (Heureux les pauvres d’esprit car le Royaume des Cieux est à eux, Mathieu, 5.3) doit admettre que les attentats commis sur son sol, et il y en a eu plusieurs au Caire depuis quelques années, ne sont pas le fait de malades mentaux mais de terroristes censés. Car l’attaque d’Alexandrie n’est pas le fruit du hasard.

3/ Les coptes ont été frappés en raison de leur vulnérabilité, les objectifs occidentaux en Egypte sont trop bien défendus.

Une fois de plus, on touche au sublime. Comme je l’écrivais plus haut, l’attentat d’Alexandrie appuie là où ça fait mal. La communauté copte subit depuis des décennies des attaques de la part de jihadistes mais aussi de citoyens comme les autres,  sensibles aux rumeurs les plus idiotes. Ainsi, les membres de l’Etat islamique d’Irak, plus connu sous le nom d’Al Qaïda en Irak, avaient réclamé, après la prise d’otages dans la cathédrale de Bagdad d’octobre dernier, la « libération de deux femmes converties à l’islam et retenues par des coptes » (il faudra penser à relire La rumeur d’Orléans, à l’occasion). Dans les années 90, les incidents étaient réguliers en Haute-Egypte et la tension n’a jamais vraiment disparu.

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Comptable de la sécurité de TOUS ses citoyens, le régime égyptien n’a jamais compté ses efforts pour protéger les coptes, et ceux qui connaissent Le Caire pourront en témoigner. L’attaque d’Alexandrie a donc délibérément choisi de fragiliser le pouvoir en exacerbant les tensions entre les communautés. Rien de plus facile que de frapper au Caire, à Alexandrie ou sur les rivages de la Mer Rouge des sites touristiques, très fréquentés par les Occidentaux au moment de Noël. Le quartier copte du Vieux Caire, qui abrite la synagogue Ben Ezra et l’Eglise suspendue, deux lieux porteurs d’une histoire millénaire, est plus protégé que bien des ministères européens, et il se trouve à quelques pas de la mosquée Ibn Touloun, le plus ancien bâtiment islamique d’Egypte. Autant vous dire que la zone est assez fortement protégée et qu’à moins de disposer des effectifs des réseaux saoudiens ou yéménites (et de leurs moyens), les terroristes ne pouvaient que choisir Alexandrie.

Alors, qu’en conclure ? Les premiers éléments transmis par les autorités démentent la piste de la voiture piégée et accréditent la présence d’un kamikaze. Le Ministre de l’Intérieur a d’ailleurs, il y a quelques heures, révélé que ce-dernier pourrait bien être d’origine pakistanaise. Dans ce cas, cet attentat serait la première opération menée par des jihadistes étrangers en Egypte, et le coup serait encore plus rude pour le pouvoir et ses services.  S’il devait être démontré que cette opération a été menée par les réseaux d’Al Qaïda en Irak, à la suite des appels lancés lors de l’attaque de la cathédrale de Bagdad, nous aurions la démonstration que le mouvement jihadiste irakien, qui a subi d’importantes pertes depuis 2006, a repris des forces et qu’il se montre à nouveau capable d’exporter sa violence (Istanbul les 15 et 10 novembre 2003 : 58 morts ; Amman le 9 décembre 2005 : 57 morts).

Il faut enfin se souvenir que l’ossature d’Al Qaïda est égyptienne et que les trois adjoints successifs d’Oussama Ben Laden étaient issus de la Gama’a ou du Jihad. La prise de contrôle par Ayman Al Zawahiry de l’organisation, après la disparition d’OBL, a naturellement pesé sur sa stratégie – comme je l’écrivais ici il y a près d’un an, ou même là en 2009.  Après AQPA qui innove dans ses modes opératoires comme dans le choix de ses objectifs, après le TTP qui recrute aux Etats-Unis, après les Shebab qui frappent en Ouganda, voilà peut-être l’irruption d’AQI dans cette nouvelle dimension du jihad mondial. Intellectuellement, c’est fascinant. Opérationnellement, c’est un cauchemar.

Un mot, pour finir, de la polémique, si révélatrice, entre le Pape Benoît XVI et le grand imam d’Al Azhar, Ahmed Al Tayyeb. Appelant à la défense des chrétiens, le pape, qui s’exprimait avant l’attentat d’Alexandrie, a été violemment accusé d’ingérence dans les affaires intérieures égyptiennes par Ahmed Al Tayyeb. Plus curieux encore, la plus haute autorité intellectuelle de l’islam sunnite a répondu « Je ne suis pas d’accord avec le point de vue du pape, et je demande pourquoi il n’a pas appelé à la protection des musulmans quand ils se faisaient tuer en Irak ? ». Cette remarque est particulièrement intéressante, et prend un relief particulier alors que la tension monte en Europe sur l’échec, réel ou ressenti, de l’intégration des populations musulmanes dans la plupart des pays de l’UE (cf. le récent sondage sur la France et l’Allemagne, disponible ici).

Jusqu’à preuve du contraire, la communauté majoritaire dans un pays doit assurer la protection des communautés minoritaires, tandis que celles-ci doivent accepter les règles de vie de la majorité. Ce principe de tolérance réciproque étant établi, il convient ensuite, au cas par cas, de trouver des aménagements, mais sans jamais ni opprimer la minorité ni déshabiller la majorité. Si des excès sont commis, on en arrive rapidement à expulser les Roms (je dis ça, je dis rien) tandis que des institutions comme l’Union européenne en viennent à imprimer des agendas dans lesquels figurent toutes les fêtes religieuses possibles, à l’exception des fêtes chrétiennes. On pourrait également évoquer la dictature des plats hallal proposés à l’exception de tous les autres ou les demandes d’horaires aménagés pour que les femmes puissent aller à la piscine sans croiser d’hommes.

Réclamés par une minorité, ces compromis avec les us et coutumes du pays d’accueil sont douloureusement ressentis par des populations européennes déboussolées et de plus en plus persuadées – peut-être à raison – que l’Occident post-moderne a presque honte de son histoire et de son identité. Et ces petites faiblesses, ces renoncements, ces accommodements sont récupérés par l’extrême-droite, comme le soulignait récemment Caroline Fourest sur France-Culture, alors que nos dirigeants devraient être capables de présenter une amicale mais solide fermeté aux demandes d’exceptions. La situation devient franchement insupportable quand ceux qui réclament en Occident des passe-droits dénoncent avec force le supposé prosélytisme d’expatriés découverts en possession de deux exemplaires de la Bible. Le principe de réciprocité est, je l’ai déjà écrit, fondamental si l’on veut éviter les réactions brutales.

En se demandant pourquoi le pape n’avait pas appelé à la protection des musulmans d’Irak, Ahmed Al Tayyeb a oublié deux petits détails : en Irak, le Vatican a toujours condamné les violences, peu importe qui en étaient les auteurs. Et surtout, en Irak, les musulmans (en majorité chi’ites, puis sunnites) sont majoritaires…

Les anonymes – qui auraient peut-être pu le rester.

Après les remarquables Seul le silence et Vendetta, les éditions Sonatine – belle référence au film de Takeshi Kitano – ont publié cet été Les anonymes, troisième roman traduit en français de R.J Ellory, la nouvelle star du polar.

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Comme dans Vendetta, l’auteur britannique expose ici une énigme policière plus qu’intrigante avant d’introduire une dimension politique qui donne au roman une toute autre ampleur. Loin de Michael Connelly ou de Patricia Cornwell, Ellory fait la preuve, une fois de plus, d’un talent littéraire qui fait de lui un disciple doué de James Ellroy, James Grady ou Robert Littell.

Mais je dois confesser une vraie déception après la lecture de ce thriller. Car si Ellory démontre, à l’instar d’Henning Mankell, qu’il sait à merveille décrire les affres d’une enquête, il se montre plus approximatif dans l’art de créer un décor historico-stratégique. Ainsi, en intégrant son intrigue aux plus que sulfureuses relations de l’Empire – et de la CIA – avec l’Amérique latine, Ellory tombe dans le piège du complot et son récit perd rapidement toute crédibilité. Non pas que tout soit rose et que tout ait été parfaitement présentable entre les Etats-Unis et ses voisins du sud, au contraire, bien au contraire.

John Dinges (Les années Condor), Bob Woodward (CIA, guerres secrètes 1981-1987), Marie-Monique Robin (Escadrons de la mort, l’école française), Robert Littell (La Compagnie), John Prados (Les guerres secrètes de la CIA : la démocratie clandestine) ont tous, à leur façon, évoqué les errements criminels de l’Agence au Salvador, au Honduras, au Chili ou au Nicaragua. Le cinéma américain, bien plus courageux que celui de l’auto-proclamée patrie des Droits de l’Homme, a largement pris position et révélé l’inavouable.

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Qu’il s’agisse de Missing (Costa-Gavras, 1982), Salvador (Oliver Stone, 1986), Under fire (Roger Spottiswoode, 1983), le grand public a été rapidement informé des alliances contre nature que l’Empire avait tissées avec les pires crapules du continent.

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Mais au lieu de se contenter, si j’ose dire, de s’inspirer de l’Irangate et des activités du colonel Oliver North, Ellory s’engage dans un délire conspirationniste qui relègue les romans de James Grady au niveau des aventures de Langelot. En quelques pages, le roman devient un thriller paranoïaque digne du film de David Fincher The Game (1997). Autant dire qu’on n’y croit pas, et la dénonciation devient contre-productive. Ellory a-t-il trop regardé X Files ? Est-il un admirateur de Dan Brown ? (on en doute) Toujours est-il qu’il gâche son talent en ne maîtrisant pas les enjeux de son intrigue, et on se prend à redouter les conséquences sur le public d’une vision si caricaturale du passé. C’est d’autant plus regrettable que la dénonciation par le même, dans Vendetta, de la corruption du monde politique américain s’était révélée très convaincante.

Le texte reste très distrayant, mais un ton au-dessous de ce qu’on était en droit d’espérer. Attendons la suite des traductions pour nous faire une idée définitive.

Candide et les Taliban

Ainsi donc, voilà un an que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, les fameux grands reporters de France Télévision, sont détenus en Afghanistan par les Taliban en compagnie de leurs trois malheureux fixeurs. D’expérience, je peux confirmer qu’il existe sur cette terre des endroits plus agréables où célébrer Noël puis la nouvelle année, et qu’il y a sans doute moyen de trouver des convives plus festifs que les Taliban. En même temps, un grand reporter qui ne dépasserait pas le périphérique parisien n’aurait de reporter que le nom.

A l’époque où il était Vice-Président, Claude Guéant – qui n’est même pas l’équivalent français de Leo McGarry (The West Wing, 1999-2006) – avait fait quelques déclarations toutes en finesse au sujet de l’imprudence de nos deux journalistes.

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Et force est de reconnaître que MM. Taponier et Ghesquière, tout expérimentés qu’ils soient, ont fait preuve d’une certaine légèreté qui les a conduits où l’on sait. Mais là n’est pas la question. Tout le monde ne peut pas être Robert Capa.

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Je suis plus troublé par les récentes déclarations des familles des deux otages, et il semble que la tyrannie de la transparence, érigée en dogme par Julian Assange et ses admirateurs, ait encore frappé. Que notre gouvernement communique trop, mal ou pas assez, personne ne peut le nier. Mais on ne voit pas pour quelle raison les familles de nos otages devraient être informées de l’évolution des négociations en cours avec les ravisseurs, tous de sympathiques et turbulents chefs de guerre et autres responsables taliban. Les choses secrètes ne sont pas secrètes par caprice, elles le sont par nécessité.

Les affaires d’otages sont parmi les plus complexes à gérer. Elles requièrent une immense patience, un savoir-faire – que le monde nous envie – et elles exigent une très grande discrétion ainsi que la mobilisation permanente, au sein de cellules de crise qui ne dorment jamais, des membres des services de renseignement et des diplomates du Quai d’Orsay. Car les familles doivent être convaincues d’une chose : quelles que soient les orientations politiques du gouvernement, quoi qu’il arrive, tout est fait pour sauver nos compatriotes, et tout a toujours été fait. Les Britanniques, qui ne perdent pas de temps en vaines palabres, se refusent quant à eux à la moindre négociation – et ne parlons même pas de rançon – et se réservent le droit, ô combien jouissif, de dézinguer les ravisseurs si l’irréparable est commis. J’ai ainsi souvenir, au printemps 2007, d’un raid du Special Boat Service (SBS) contre un groupe de Taliban qui venaient de libérer plusieurs otages occidentaux, dont deux Français. Evidemment, il faut être britannique pour faire ça. En 1940, certains choisissaient Churchill, d’autres Pétain. A quoi tiennent les choses…

Que dire aux familles ? Que tout est fait pour sauver leurs enfants ? Qu’on va payer ? Que les intermédiaires sont nombreux, qu’ils apparaissent et disparaissent sans raison apparente ? Que leurs exigences sont au mieux ridicules, au pire irréalistes ? Que là-bas c’est la guerre, et que nous négocions la libération de deux journalistes alors que nos soldats tuent des Taliban et que des Taliban tuent nos soldats ? Que c’est la guerre et qu’il n’est pas question – n’insistez pas, c’est inutile – que les administrations décrivent par le menu toutes les bassesses et toutes les contorsions que leur imposent les preneurs d’otages ? Et pourquoi ne pas leur dire que polémiquer, qui plus est publiquement, n’a jamais aidé les otages ? Pourquoi ne pas leur expliquer qu’affaiblir le camp des négociateurs ne constitue pas réellement une avancée méthodologique majeure ?

On pourrait aussi leur dire que les Taliban se moquent des projections de portraits sur l’Arc de Triomphe, qu’ils se fichent des concerts de soutien, qu’ils se tamponnent le coquillard de voir d’anciens otages prendre la parole. Par essence, les Taliban n’ont que faire des manifestations de la « société civile » occidentale. Ces gars-là sont en guerre contre nous depuis près de dix ans – et quand je dis nous, je veux dire l’Empire et ses alliés ; leurs aînés étaient en guerre contre un autre empire, et leurs aïeux contre un autre encore. Autant dire que les rodomontades de RSF, les comités de soutien (ici et là), les chansons de Chimène Badi au Zénith ou les lâchers de ballons à Montreuil, ça les laisse de marbre. J’observe en revanche que les lâchers de drones ont plus d’effet, mais passons.

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« Nous ne voulons plus que le gouvernement nous berce avec des propos optimistes », a dit Arlette Taponier, une maman dont on comprend l’inquiétude, mais qui est bien mal entourée et conseillée.

Plus de propos optimistes ? Ok, bien reçu, mais il ne faudra pas se plaindre si ça pique les yeux.