Why don’t you connect the dots? Because the whole page’s black!

Le 1er mai 2013, deux ans après l’élimination d’Oussama Ben Laden par les petits gars de la SEAL Team Six, HBO a diffusé le documentaire Manhunt de Greg Barker. Déjà auteur, en 2009, d’un film remarqué, Sergio, consacré au diplomate brésilien Sérgio Vieira de Mello tué dans un attentat d’Al Qaïda à Bagdad le 19 août 2003, auteur de plusieurs épisodes de la série Frontline diffusée par la télévision publique impériale PBS, dont Ghosts of Rwanda (2004), Barker était sans doute l’homme de la situation pour relater la traque d’OBL par Washington.

Quelques mois après l’exceptionnel film de Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty, magistrale transposition romanesque de l’affaire, le besoin existait, sans le moindre doute, d’un authentique travail journalistique, sans esbroufe, présentant au public les efforts ayant abouti à la mort de l’ennemi public n°1 de l’Empire.

Manhunt Zero Dark Thirty

Greg Barker, en vétéran du documentaire, s’est parfaitement acquitté de cette mission, rendant un film passionnant, et sobre malgré quelques petits intermèdes sans grand intérêt. A partir du livre de Peter Bergen, Chasse à l’homme (2012), il s’est attaché à décrire la logique, à la fois de la traque du chef d’Al Qaïda, mais aussi de l’évolution de la campagne anti terroriste impériale.

De fait, Manhunt est bien plus que le simple récit d’une longue suite d’opérations clandestines. Il s’agit, avant tout, d’une nouvelle plongée, fascinante, dans les arcanes de la guerre mondiale contre le terrorisme initiée par l’Administration Bush et reprise, in extenso, par le président Obama. Grâce à des témoignages, nombreux et parfois passionnants, d’acteurs directs de cette traque, et grâce à des extraits choisis avec soin de vidéos parfois rarissimes, on peut suivre ainsi le cheminement de responsables de la lutte contre Al Qaïda, à commencer par les fameuses analystes, the sisterhood, qui exposent avec beaucoup de sincérité et d’émotion leur mission et leur dévouement.

Manhunt - Nada

Le film de Greg Barker doit, en effet, beaucoup aux entretiens, parfois très émouvants, avec ces membres de l’agence américaine qui racontent leur démarche, décrivent de l’intérieur le choc des attentats du 11 septembre, relatent l’accumulation de signaux inquiétants mais terriblement imprécis précédant les attaques de New York et Washington, laissant transparaître leur émotion au souvenir des collègues tué(e)s ou des injustices subies. La façon dont ces analystes décrivent la mouvance jihadiste, sa complexité, la multitude de ses points d’entrée est également un modèle du genre, et on apprend plus en les écoutant que dans la plupart des livres parus en français depuis des années. Je me permets d’ailleurs de saluer ici, très confraternellement, Nada Bakos et Cindy Storer, dont l’attitude, faite d’acharnement, de lucidité, d’imagination et de sensibilité, me semble incarner quelques unes des qualités indispensables à un analyste. Et j’ajoute, car c’est plus fort que moi, qu’ici aussi on a entendu de hauts responsables, dont un directeur, critiquer vertement les contre-terroristes, accusés de sabotage (sic) pour n’avoir pas vu venir le coup. Bref, je raconterai ça un jour.

Riche, rigoureux, Manhunt évoque l’usage de la torture, laisse s’exprimer les opinions contraires de Jose Rodriguez et Ali Soufan, et donne la parole au général McChrystal, dont les propos, d’un terrible pessimisme, mériteraient à eux-seuls d’être disséqués. On lit, en creux, comme d’autres ont pu le dire ou l’écrire, que la lutte contre Al Qaïda, qu’il n’est pas question de ne pas mener, avec la dernière énergie, est dans une impasse. Stanley McChrystal, lui aussi, évoque même une endless war et notre incapacité à formuler une réponse politique – à supposer qu’elle existe – et à savoir why the enemy is the enemy.

Le commissaire Bialès porte un costume laine et soie, avec chemise et cravate aux motifs rappelant ceux de Calder.

Nous ne céderons rien, nous devons aller jusqu’au bout, a déclaré ce matin le Président au sujet de notre intervention au Mali. Cette phrase, admirable de fermeté, tranche singulièrement avec l’optimisme du ministre de la Défense au mois de mai dernier. A l’époque,  la guerre n’était pas finie mais l’après-guerre commençait (une réflexion dont je ne me suis jamais complètement remis) et le retrait n’allait pas tarder à commencer. Aujourd’hui, 3.000 de nos soldats font encore le coup de feu au Mali, et on annonce même l’envoi de renforts, tandis que le ministère de l’Intérieur, poursuivant une stratégie ancienne d’implantation internationale, vient de créer un nouveau poste à Dakar pour coordonner les activités de renseignement dans la région. Si j’avais mauvais esprit, je pourrais ajouter qu’il serait déjà bon que ça se coordonne à Paris, et si j’étais caustique, je pourrais sans doute me laisser aller à remarquer que coordonner le renseignement au Sahel, c’est comme essayer de chercher un programme politique au Front National. Mais, étant plutôt un gentil garçon, je préfère, à la réflexion, me caler dans mon canapé, un mojito à portée de main, et contempler le cirque.

C’est, en effet, avec une triste lassitude qu’il faut constater, aujourd’hui, que cette apparente détermination relève, au mieux de l’incantation, au pire de l’inconscience. Inutile, en effet, d’être le plus brillant des stratèges à la retraite – de ceux moqués, par exemple, par le ministre de la Défense ou quelques députés à peine alphabétisés, de tous bords – pour percevoir que tout ne se passe pas nécessairement comme souhaité dans les lointaines terres du Sahel. En réalité, d’ailleurs, si la situation actuelle n’est évidemment pas souhaitée par nos gouvernants, elle ne saurait être une surprise pour eux tant les mises en garde ont été nombreuses depuis plus d’un an. Nous sommes même quelques uns à avoir annoncé, avec les moyens des pauvres artisans que nous sommes devenus, les difficultés actuelles (ici, s’agissant de votre serviteur), et on peut penser que d’autres, plus puissants, mieux renseignés, l’avaient fait aussi. Si rien ne se passe comme on le voudrait, tout se passe, en revanche, comme prévu.

Comme prévu, donc, et malgré les mâles assurances de l’amiral Guillaud au mois de janvier dernier, les jihadistes se sont révélés un peu plus coriaces que les milices du Kivu. Aguerris, expérimentés, fins tacticiens, les hommes que nos troupes et leurs alliées ont affrontés au Mali n’ont pas tremblé sous les coups et se sont même accrochés avec acharnement au terrain. Je vous concède que la combativité de jihadistes, des gars que l’on peut raisonnablement qualifier de fanatiques et qui font le coup de feu depuis près de vingt ans dans la région, était imprévisible. Ah la la, c’est bien du malheur.

Puis, toujours comme prévu, ces braves garçons, certes un peu turbulents, n’ont pas attendu que nos chasseurs leur expédient quelques bombes bien placées. Pour des raisons encore très mystérieuses, ils ont manœuvré, ont éclaté leur dispositif, ont sécurisé leurs communications et ont attendu que ça passe dans les pays voisins. Il faut dire, et il s’agit là d’un choc (attention : percée conceptuelle) phénoménal : les Etats du Sahel, parmi les plus pauvres, de la planète, ne sont pas en mesure de contrôler leurs frontières malgré les assurances données à qui veut bien les entendre. Je vous laisse vous ressaisir.

Du coup, évidemment, quand l’ennemi se défend, qu’il manœuvre, qu’il contre-attaque, nous voilà bien démunis. S’agissant des jihadistes, l’aisance avec laquelle ils alternent le terrorisme urbain et la guérilla est connue, et a été décrite de longue date, mais encore faudrait-il lire les notes. Cela nous éviterait les remarques étonnées de colonels aux postes importants qui lancent en public « Mais on ne pensait pas qu’ils se battraient autant ». Soupir.

Près d’un an après le début de l’intervention française au Mali, le théâtre a donc évolué, non pas en fonction du wishful thinking de certains, mais selon des processus maintes fois observés. Du coup, le calendrier de retrait a explosé, et s’il est sans doute prématuré de parler d’enlisement, on ne peut plus exclure une présence militaire longue, très longue, au Mali, mais aussi au Niger, et sans doute ailleurs.

Je ne pense pas trahir de secrets en indiquant ici que la crainte d’attentats ne cesse d’ailleurs de grandir au Niger, donc, mais aussi en Mauritanie ou au Sénégal, cible idéale de cellules jihadistes ambitieuses, capables de frapper et, évidemment, inspirées par les autres composantes du jihad mondial. Je ne m’attarde pas sur ce dernier point, j’ai noirci des milliers de pages depuis des années à ce sujet, et ça devient une rengaine.

Le fait est que la situation est loin de se stabiliser au Mali, et on en vient à faire la publicité de la destruction d’un seul pick-up dans le désert dans la nuit du 13 au 14 novembre. On est loin des grandes opérations de l’hiver passé, dont on ferait d’ailleurs bien de revoir les conséquences sur AQMI et le MUJAO à la baisse, et notre armée s’enfonce désormais dans cette zone molle, cette période longue et indécise de ratissages, de harcèlement réciproques avec l’ennemi, qui fait toujours le jeu du faible du Sud contre le fort du Nord.

Il va donc falloir rester, encore des mois et des années, et livrer une guerre longue pénible, dans un pays toujours en proie à des tensions politiques et communautaires, au cœur d’une région qui s’enfonce dans le chaos. Et parce que c’est la France, il va de soi que cette crise qui n’en finit pas va receler bien d’autres motifs de fâcherie.

Une fois salués le courage et l’abnégation de nos soldats et des fonctionnaires qui les soutiennent, sur le terrain ou à Paris, dans les ambassades ou dans les ministères, il est quand même permis de s’interroger sur l’aveuglement des décideurs. Déclencher cette guerre a été une admirable décision, et il n’est pas impossible qu’elle reste comme un des plus grands moments du mandat du Président. Force est cependant de constater que ça ne suit pas, derrière – comme d’habitude, pourrait-on dire.

Faut-il s’attarder sur les erreurs d’appréciation de certains chefs militaires ? Doit-on souligner les difficultés entre les administrations à Paris ou ailleurs ? Il y a un an, le chef du COS, désormais à la tête de la DRM, déplorait le manque de coordination entre les services, et on ne dirait pas que les choses se soient tellement arrangées depuis. Pas grave, c’est juste la guerre, hein, pas d’affolement.

De même, puisque nos chefs avaient décidé que nous ne resterions pas au Mali, rien n’a été préparé dans l’hypothèse où il nous faudrait malgré tout rester. Et si les chars allemands traversent les Ardennes ? Mais puisqu’on vous dit que c’est pas possible, alors ? Rien n’est donc prêt, ou si peu, et il va de soi que ce ne sont pas nos immenses moyens financiers qui vont nous permettre de nous sortir de là, sans parler de la main ferme qui exerce le pouvoir en France.

Je n’aurai pas, non plus, la cruauté de m’appesantir sur l’armée malienne, encore bien chétive, sur les troupes de la MINUSMA, à l’utilité toute relative, ou sur le MNLA, pitoyable formation minant avec une admirable constance la cause des Touaregs à coup de déclarations ridicules (« L’armée française fait des rafles ») ou de révisionnisme éhonté (« Nous avons combattu l’islamisme bien avant les Français »), sans parler des #MNLAfacts qui font les délices de Twitter : Il y avait un membre du MNLA avec Armstrong sur la Lune, le MNLA sait qui a tué JFK, le MNLA a la clé de la consigne de la gare routière de Nazareth où est entreposé le Graal. Bref.

On est bien obligé, en revanche, de contempler avec inquiétude l’état de la communauté française du renseignement dans la zone. La libération, dans des conditions pour le moins étonnantes, des otages d’Arlit a ouvert une crise entre le boulevard Mortier et le ministre de la Défense qui n’a pas fini de faire tousser. Manifestement, personne, rue Saint-Dominique, ne se souvient de la raison, purement tactique, qui a fait passer les services extérieurs de Matignon à Brienne. Du coup, on essaye de faire rentrer dans le giron un service qui n’y a jamais vraiment été. Et il semble, soit dit en passant, bien plus facile de faire claquer des garde-à-vous à des militaires et des civils culturellement très loyaux que de condamner les dérives d’une poignée de Bretons en roue libre défiant ouvertement l’autorité de l’Etat, pas vrai, Monsieur le Ministre ? De même, il est assez baroque de voir un ministre régalien marginaliser une administration qui ne l’est pas moins au prétexte qu’elle ne parvient pas à remplir une mission rendue impossible par la parole présidentielle. La France ne paye donc pas de rançon, mais elle fait payer les copains et valorise les affairistes. On sent là toute la puissance d’une solide autorité morale.

Entre des services qui ne se parlent pas et d’autres auxquels on ne parle plus, il manquait cependant la touche de fantaisie du ministère de l’Intérieur. Nous voilà désormais servis, puisque M. Valls a annoncé aujourd’hui la création d’un poste d’ASI, à Dakar, chargé de coordonner la lutte anti terroriste au Sahel.

Il n’a pas échappé à votre sagacité que les Etats de l’Afrique occidentale française étaient indépendants, mais ces détails ne concernent pas certains policiers, qui rêvent depuis des décennies de combattre la menace terroriste qui nous vise sans s’embarrasser des espions et autres gendarmes, à peine capables de libérer des otages ou d’attraper des voleurs de poules (sic, entendu en délégation interministérielle), qui ne voient pas pourquoi ils devraient prendre au pied de la lettre le qualificatif d’Intérieur. Il va de soi que l’arrivée d’un nouvel acteur de ce genre dans la région va considérablement fluidifier l’ensemble du dispositif, déjà complexe, déjà fatigué, déjà confronté à ses échecs. Comment va-t-on articuler tout ça ? On s’en moque, il faut être là, s’agiter, être visible, se mêler de tout, et de toute façon on verra bien, c’est pas comme si c’était important.

Les policiers, et ils n’ont pas tort, viennent ainsi combler le vide laissé par d’autres, occupés à d’impossibles missions (« Essayez de ramener les gars d’AQMI à la raison », « Mettez les Nigériens au boulot », « Liquidez-moi ces émirs, sans drones, et sans source technique propre, ‘veux pas le savoir »), mais on est en droit de douter du succès de leur projet.

La douloureuse affaire de Kidal comme l’enlèvement du Père Vandenbeusch au Cameroun démontrent, pour ceux qui ont le comprenoir un peu grippé, que la menace terroriste s’étend, hors de tout contrôle, et qu’elle prend, ici comme ailleurs, de multiples formes : attentats, enlèvements, guérilla, actions spectaculaires à fort retentissement politique. Comme je l’ai déjà écrit, je n’ai pas de solution. Depuis plus de dix-sept ans, je ne peux que réfléchir à la répression, puisque la prévention comme les solutions politiques semblent encore à concevoir. Mais pour réprimer, encore faudrait-il des moyens, des chefs et des agences qui se parlent, de la lucidité, des objectifs réalistes et des réflexions sans tabou. En attendant, et puisque je suis décidément très content de ne plus être au milieu de ce foutoir, je dessine, à mes heures perdues, et je me disais que cet insigne pourrait convenir aux forces de l’opération Serval :

Allez, le bar est ouvert. Joue-le pour moi, Mokhtar, tu l’as bien joué pour elle.

J’ai ouve’t une g’osse voie d’eau

Avant toute chose, saluons le retour en France des otages d’Arlit. Quelles qu’aient été les conditions de leur libération, les voilà vivants, en famille, dans leur pays, après plus de 1.000 jours de détention aux mains de types qu’on aurait dû flinguer depuis longtemps. Je repense, aujourd’hui, aux visages vus lors des réunions des familles (ici et là) et je ne que peux me féliciter du dénouement de cette affaire. On vous souhaite à tous beaucoup de bonheur et, surtout, de paix.

Hélas, nous sommes en France, et si plus rien ne finit par des chansons, tout finit par des polémiques. Quelques jours après l’annonce publique de la libération des Quatre d’Arlit, les torrents de médiocrité qui se déversent sur nous pourraient bien emporter avec eux toutes les bonnes volontés.

Commençons par la sortie de Mme Le Pen sur Europe 1 au sujet des choix vestimentaires de nos concitoyens récemment libérés. Passé le premier moment de stupeur, on se demande à quoi la fille de son père peut bien faire allusion. S’agit-il de s’étonner de voir revenir du Sahel des hommes ne portant pas d’impeccables smokings à la manière d’Hubert Bonisseur de la Bath ou de James Bond, mais bien des chèches, comme des millions de Français désireux de se protéger du froid, du soleil, du vent, du sable ? Faut-il s’émouvoir d’entendre Mme Le Pen révéler au monde que ses seules connaissances concernant le Moyen-Orient ou le terrorisme ont été glanées dans la – remarquable – série Homeland ? Doit-on encore être surpris par la capacité qu’a cette femme à dire tout et n’importe quoi, comme si la décence et la réflexion étaient des attitudes décidément bien dépassées ? A force de vouloir supposément libérer la parole publique, on atteint aisément le niveau d’une conversation de comptoir, si ce n’est d’après match. Il faut croire que la dédiabolisation d’un parti est sans effet sur l’intelligence de sa parole, au contraire. Mais bon, je vous le dis entre nous, moi aussi j’ai été troublé par l’attitude des ex-otages. J’en ai vu plusieurs sourire, et (murmure conspiratif), l’un d’eux est noir. Non mais vous vous rendez compte ? Manquerait plus qu’il demande à rester en France, tiens.

Et puisqu’il s’agit de commenter, la fine équipe de On refait le jihad s’était réunie dans l’urgence sur le plateau de C dans l’air, sous la houlette d’Yves Calvi, qui confond décidément vulgarisation et médiocrité. On trouvait là, dans l’après-midi du 30 octobre, Roland Jacquard, plus bronzé que jamais, Christophe Barbier, qui a toujours quelque chose à dire, et Antoine Glaser, ancien patron de la Lettre du Continent. Étonnamment, au milieu de cette assemblée se débattait Diane Lazarevic, la fille de Serge, et on se demandait bien – on se le demande encore, d’ailleurs – de quelle utilité pour les téléspectateurs pouvait bien être la jeune femme, victime et non spécialiste (bon, vous me direz, les autres non plus ne sont pas spécialistes, et vous n’aurez pas tort). Du coup, et comme à chaque fois, l’émission atteignit de nouveaux sommets, M. Barbier, entre ses quatorze éditoriaux quotidiens, ses vingt-deux coups de gueule de la semaine, la direction d’un hebdomadaire et ses diverses apparitions people, trouvant le temps d’asséner quelques lieux communs d’anthologie au sujet de l’état psychologique des otages.

Prétendant toujours que son père était 1/géologue 2/apiculteur 3/bonne d’enfants, Mlle Lazarevic n’a, pour sa part, de cesse d’accuser les autorités françaises d’avoir abandonné son père et son défunt comparse, Philippe Verdon, à leur sort, alors que les otages d’Arlit, soutenus par « une grande entreprise », ont été libérés. On comprend et on partage la peine de la jeune fille, mais faudrait voir, aussi, à ne pas nous prendre pour des caves. Les deux hommes, au sujet desquels de nombreux doutes ont rapidement émergé, étaient plus probablement en mission pour le Seigneur que lancés dans une complexe mission de prospection scientifique. Et d’ailleurs, les entreprises employant les captifs d’Arlit avaient un devoir de protection – et quand on sait comment était défendu le site en septembre 2010, hein, les gars… – et se devaient donc de tout faire pour les sortir de là. Et à ce sujet, je me demande bien qui a pu lancer le duo Verdon/Lazarevic au Mali en ce funeste mois de novembre 2011. Si quelqu’un a une réponse, ça m’intéresse. #Justsaying

Le fait est que Philippe Verdon est mort, et que Serge Lazarevic manque toujours à l’appel. Tant que j’y suis, d’ailleurs, je voudrais préciser à Diane L que son papa n’a pas été enlevé par le MUJAO, comme on lui a affirmé, mais par AQMI. Avant de crâner devant une jeune femme éplorée, les mecs, ayez au moins la décence de bosser un minimum. Mais la question n’est pas là, et s’il fallait énumérer toutes les énormités proférées depuis trois jours, on y passerait la journée et ça n’aurait aucun intérêt.

Bien plus que les saillies paranoïaques de Marine Le Pen ou les remarques creuses de Christophe Barbier, le point le plus intéressant de cette affaire réside en effet dans son issue. Douze heures seulement après l’annonce de la libération de nos concitoyens, Le Monde publiait ainsi sur son site Internet un long et passionnant article signé Jacques Follorou modestement intitulé Otages d’Arlit : le dessous des négociations.

Manifestement très bien renseigné, ce papier relatait, avec un luxe de détails rarement atteint, surtout si peu de temps après, les péripéties ayant conduit à cette issue heureuse. On y confirmait ainsi le versement d’une rançon, l’implication de tous les moyens de l’Etat, et le rôle ô combien déterminant à la fois de Pierre-Antoine Lorenzi et du cabinet du ministre de la Défense lui-même.

Disons-le tout de go, le fait qu’il y ait eu rançon, et peut-être même libération de terroristes détenus, est un problème, et une fois de plus la parole officielle française a tout de l’incantation vaine, mais mon attention a été retenue ailleurs. L’article de M. Follorou a été reçu avec stupeur tant il apparaît à la fois qu’il a été quasiment pris sous la dictée et qu’il confirme, plus ou moins habilement, que l’auguste maison sise boulevard Mortier n’a manifestement pas été déterminante dans cette affaire. Mieux (ou pire, c’est selon), on dirait bien que l’administration dont le service de contre-terrorisme était progressivement devenu un service de contre-kidnapping (une mission noble, mais somme toute secondaire) a perdu la main, au moins dans l’affaire d’Arlit.

L’article de M. Follorou vient, avec d’autres, confirmer que les relations entre le nouveau tôlier du Service et certains acteurs parallèles des négociations s’étaient, sans surprise quand on connaît les uns et les autres, tendues ces derniers mois. Et on apprend, au détour d’une discussion impromptue, que les fonctionnaires du boulevard Mortier étaient accusés « de tourner en rond dans le désert » alors que le temps de détention devenait interminable – et que ça se passe de mieux en mieux au Mali. Du coup, et puisqu’on en vient, finalement, à reprocher à une administration d’appliquer les consignes de l’Etat, quand bien même celles-ci seraient politiquement de plus en plus difficiles à tenir, on fait appel à des réseaux d’anciens et à quelques habitués des manœuvres plus ou moins élégantes, comme cela est fait ici de façon particulièrement limpide.

La situation peut donc être résumée ainsi. Confrontée à la difficulté – voire l’impossibilité – de régler une affaire en suivant les directives présidentielles (« Pas de rançon pour Miss Blandish »), soumise à la volonté du ministère de la Défense de reprendre la main, même brutalement, sur tous les acteurs relevant de son autorité (en dépit d’habitudes déjà anciennes), fragilisée par une affaire camerounaise où d’autres que la France ont payé pour des Français, Mortier mesure à son tour les incohérences et les tensions internes d’un pouvoir dont on ne doute pas qu’il veuille la sécurité du pays mais qui a bien du mal à tenir ses engagements de fermeté et de moralisation.

Aux coups de mentons succèdent donc les coups de pub de vétérans sulfureux, complaisamment relayés par des journaux qui alternent ou associent attaques contre le renseignement et scoops écrits par d’autres, et qui, tout en appelant avec emphase à une moralisation des activités des services secrets, vantent les mérites d’officines plus ou moins recommandables.

On applaudit.

Have you ever danced with the devil in the pale moonlight?

Quelques âmes charitables ont récemment essayé de me convaincre que les jérémiades des uns et des autres au sujet des écoutes impériales, connues de tous, dont les services se protègent depuis des années (et contre lesquelles ils mettent en garde ministères et industriels depuis aussi longtemps) n’étaient proférées que pour fragiliser la position de Washington lors des négociations commerciales qui s’annoncent.

L’hypothèse est évidemment plaisante, car elle suppose que quelqu’un réfléchisse dans ce pays à des manœuvres diplomatiques et qu’en plus il les réalise. Dans un autre contexte, le doute serait ainsi permis, mais avouons qu’il semble très présomptueux d’espérer une quelconque réflexion de cette audace de la part de nos dirigeants. Non pas qu’ils soient idiots – même si je reconnais que le doute peut ponctuellement exister, mais osons écrire que ce qui caractérise le pouvoir actuel n’a que peu à voir avec les grandes heures du leadership à la française.

Je pêche peut-être par scepticisme, voire même peut-on m’accuser d’irrespect. J’ai cependant peine à croire qu’un Président, qui, après avoir condamné la politique spectacle et la tendance au micro management de son infatigable prédécesseur mais se mêle d’une affaire d’expulsion du niveau d’un préfet de département ou s’apprête à recevoir les responsables de l’Union des clubs professionnels de football (UCPF) et ne parvient pas à faire plier une poignée de baltringues à l’Assemblée, puisse avoir assez de grandeur et de hauteur de vue pour manœuvrer comme un véritable chef d’Etat avide de défendre les intérêts de la nation.

Après avoir douté, sans malice, de sa capacité à tenir son rang, je m’étais incliné, avec plaisir et soulagement, devant la détermination affichée au Mali. J’ai, depuis, appris comment l’affaire avait commencé, et il m’a bien fallu revoir mon jugement. Si, d’ailleurs, la guerre est loin d’être terminée, comme nous sommes quelques uns à l’avoir annoncé il y a déjà des mois, le fait est que, aussi étrange que cela puisse paraître, l’important est ailleurs.

Les polémiques qui se succèdent dans le pays depuis trop longtemps au sujet de ce qu’il faut bien appeler des questions profondément régaliennes, et qui partent trop souvent du camp actuellement au pouvoir, sont, en effet, infiniment inquiétantes. Qu’il s’agisse de drones armés, un sujet que je n’ai que trop traité ici, de renseignement technique, voire de la pure violence guerrière, tout indique que nous sommes dirigés par des dogmatiques de la posture morale. Oublieux de la légalité républicaine, comparant une expulsion validée par la justice aux rafles de l’Occupation, condamnant les écoutes de la NSA sans même imaginer que les services français puissent en pratiquer eux aussi, frissonnant d’horreur quand un légionnaire arbore les insignes mêmes de la violence mortelle qu’il exerce au profit de la République, théorisant le contrôle parlementaire d’activités dont ils ne comprennent ni les mécanismes ni les objectifs ni la logique, les Saint-Just de pacotille pullulent. Idiots utiles, imbéciles heureux ou saboteurs sous couverture, ils élargissent un peu plus le fossé qui se creuse en France entre la communauté des forces de sécurité et la population. Déjà frappée par de spectaculaires réductions budgétaires, victime du retentissant échec du logiciel Louvois (on imagine l’ampleur du scandale dans une entreprise d’Etat ou une administration), l’armée française s’est même vue récemment amputée d’une partie de son passé par une fascinante démonstration de révisionnisme. La novlangue des communicants, soigneusement politiquement correcte, quitte à être mensongère, se déploie et consterne par son ignorance, sa suffisance, et ses certitudes.

Les indignations face aux drones armés, aux écoutes de la NSA ou aux masques glaçants pourraient faire rire si elles n’étaient pas le symptôme d’un refus des réalités. On peut croire sincèrement à la République et à ses valeurs les plus élevées et se livrer, pour les défendre, à des actions exceptionnelles, encadrées par l’éthique personnelle de leurs exécutants comme par des dizaines de règlements et de procédures. A trop vouloir gouverner une puissance comme on gère une crèche, à trop chercher l’immédiate reconnaissance de censeurs confits dans leur confort et leurs croyances, on prend le risque de devenir le fossoyeur d’une certaine pratique de la politique, faite de principes et de pragmatisme, de convictions élevées et de confrontation au pire de l’humanité. Le chef de l’Etat et son gouvernement sont là pour prendre des décisions, qu’ils le disent, si cette mission est trop lourde.

Condamnez, stigmatisez, émouvez-vous, et laissez la place aux extrémistes qui seuls, aujourd’hui, osent assumer la nécessité de la violence, quand bien même elle serait pour eux l’unique instrument de gouvernement. Quand le moment viendra de se plaindre des succès électoraux de certains, choisis par des électeurs sur la simple expression d’une volonté, même brutale, il sera trop tard. Seuls les imbéciles ou les ignorants – mais peut-être êtes-vous les deux – pensent que les principes et les libertés ne se défendent que par leur simple énoncé à une tribune.

Vous collectionnez les louches ?

Avec cette force de caractère qui fait de lui l’équivalent contemporain d’un Philippe Auguste et qui suscite chez nos adversaires comme chez nos allies à la fois la crainte, la fascination et le respect, le Président vient de frapper du poing sur la table.

Auréolé d’une autorité sans faille, vainqueur d’AQMI au Mali (encore un attentat aujourd’hui), déterminant lors de la crise syrienne (Bachar va se représenter aux élections présidentielles), à la tête d’un gouvernement qui brille quotidiennement par sa cohésion et la profondeur de sa vision, le Président vient de demander le lancement d’une coopération bilatérale avec les Etats-Unis dans le domaine du renseignement. Comment ne pas approuver ?

Nation jeune, à l’indépendance acquise récemment, les Etats-Unis disposent, en effet, d’un réel potentiel industriel et d’une ambition mondiale qui méritent qu’on essaye de nouer avec eux des relations étroites, mutuellement profitables. Après tout, peut-être un jour la France, malgré son hyperpuissance militaire et ses succès économiques incessants aura-t-elle besoin du soutien des Etats-Unis ? Et peut-être Paris et Washington seront-ils contraints de lutter, côte à côte, contre un ennemi commun, par exemple une puissance d’Europe centrale aux menées impériales, ou un bloc dirigé par, je ne sais pas moi, la Russie (je dis la Russie, comme ça), voire des extrémistes religieux issus de notre empire colonial. Le Président a raison, il faut développer avec les Etats-Unis une véritable coopération.

J’en profite, d’ailleurs, pour saluer ici les Français, civils et militaires, actuellement déployés aux côtés des légions impériales en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie du Sud, et je leur souhaite bonne chance. Les prochaines réunions bilatérales vont être intéressantes, et sans doute à l’origine de bien des souvenirs enrichissants.

Cela dit, soyons juste – même si ce n’est pas le genre de la maison, la porte-parole du gouvernement, la pimpante Najat Vallaud-Belkacem, a précisé que la Président avait demandé à ce que l’ensemble des informations dont pouvait disposer l’ancien consultant Snowden nous soient transmises, que nous soyons totalement éclairés. Reconnaissons-le, l’idée est brillante, et elle force le respect par son audace et sa pertinence.

Oui, bon Dieu, demandons à ce que nous soient transférés, sans plus attendre, les innombrables secrets avec lequel a filé le Edward Snowden, l’homme que seuls quelques esprits un peu lents continuent de voir comme un héros et qui semble avoir été, en réalité, un agent recruté par les Russes – dans ce qui est sans doute une remarquable opération de retournement puis d’agit-prop.

Oui, bon Dieu, faisons-nous les complices d’une opération qui, en impactant les services de renseignement impériaux, nous affaiblit aussi. Après tout, s’il fallait compter sur les seules sources des services intérieurs français pour déjouer des attentats, hein, comment dire…

Oui, bon Dieu, faisons le jeu des Russes en contribuant à dégrader l’image du renseignement en France, alimentons les fantasmes, nourrissons les incompréhensions, relayons à l’infini les erreurs ou les approximations. Comme depuis des mois, ceux qui tentent de lire cette succession d’affaires sont insultés, qualifiés de petits télégraphistes au service de l’Empire, de cyniques de bas étage. Comme d’habitude, les défenseurs de la vraie foi ont le droit de calomnier et poussent de petits cris perçants dès qu’on a le front de ne pas être en accord avec leur indignation. Une fois de plus, la démocratie, c’est de ne pas contester la vulgate. Fuck la vulgate, au fait.

Mais ça ne marche pas, les grands mouvements de manche, les pitoyables tentatives de tweet clash venues d’apprentis idéologues ou de commentateurs à peine alphabétisés, plus souvent trolls au front bas que véritables analystes capables d’articuler deux idées pour en faire ce qui pourrait passer, vu de loin, pour un raisonnement. Et si ça ne marche pas, c’est tout simplement parce que tous ces gens ne comprennent rien au renseignement, à ses logiques, à ses buts, à ses méthodes et à ses évolutions techniques. La littérature existe pourtant, mais quand on appartient à cette génération qui croit que la science est infuse, que le monde est simple, que la technicité est dépassée, que la compétence est du snobisme et le travail la marque d’un esprit laborieux, forcément, on ne lit pas. Les chtis à la NSA.

Comme le souligne Joshua Foust dans une incisive réaction, la France n’est pas la dernière, pourtant, à pratiquer le renseignement technique (qui n’est qu’une forme de renseignement, faut-il une nouvelle fois le rappeler ?). Tous les pays soucieux de préserver leur souveraineté et de défendre leurs intérêts (stratégiques, militaires, politiques, économiques, diplomatiques, scientifiques) écoutent le monde et tentent d’éviter que le monde ne les écoute. Nos donneurs de leçon, professionnels de la posture, pensent sans doute que le développement des moyens de chiffrement, héritiers des codes manuels, est une activité sans réel but. Ils imaginent probablement que la présence de téléphones chiffrés dans les ambassades ne relève que d’une logique esthétique, et il est sans doute inutile de leur rappeler l’existence des différentes conventions protégeant les communications diplomatiques, secrètes parce que pouvant intéresser d’autres, secrètes parce que leur divulgation pourrait nous nuire.

La croyance dans un monde totalement ouvert, transparent, est tellement utopique qu’elle s’apparente, à mes yeux, à une forme particulièrement raffinée de bêtise. Les Etats-Unis écoutent les ambassades françaises, la France écoute les ambassades américaines, et tout le monde écoute tout le monde, tout le monde regarde tout le monde. Quelle est la teneur des télégrammes envoyés à Washington par les diplomates américains sortant d’un entretien au Quai ? Comment nous jugent-ils ? Que préconisent-ils ? Que vont-ils faire à présent ? Le savoir est un soutien précieux à nos décideurs, oui, même ceux actuellement en poste.

Le renseignement n’est pas un métier de naïfs ou d’adolescents exaltés. Il s’agit d’une activité qui, pratiquée en commun par des services alliés, parfois jusque sur le terrain, ne les verra jamais devenir de tels amis au point que tous leurs secrets deviendront communs. Associés contre Al Qaïda et les groupes jihadistes, Français et Américains sont en désaccord sur le Hezbollah ou le Hamas. Alliés contre le programme nucléaire iranien, ils tentent de se voler des technologies, des contrats dans le domaine de l’énergie, de l’aéronautique, de l’automobile. Ne pas le comprendre, refuser de l’admettre, est plus qu’une erreur, une véritable faute, et elle ne peut provoquer que mon plus souverain mépris pour tout ceux qui se lamentent, dans les rédactions, dans les ministères, dans les partis politiques, au café du coin, et sur Twitter.

L’espionnage massif de la NSA ne me choque pas, car il fait partie du paysage mondial depuis des années, des décennies, et il a été dénoncé par des rapports du Parlement européen depuis plus de dix ans, mais personne ne les a manifestement lus. Il ne diffère pas, dans sa logique, de ce que les grandes nations SIGINT font, seules ou ensemble. Il n’est ni pire ni meilleur dans ses pratiques de ce que nous faisons, de ce que font les Russes, les Chinois, les Israéliens, les Indiens. Il ne me choque pas car il est logique, et il est donc normal. Il n’a rien de surprenant, et le condamner, à ce stade, ne sert à rien. De même, discuter de sa légalité est sans objet, puisque la mission de services comme la NSA ou le GCHQ ou la DGSE est justement de s’affranchir de la loi hors de leurs territoires nationaux respectifs.  On pourrait, éventuellement, se pencher sur la moralité, mais le débat à venir me lasse déjà. Pour un service de renseignement, voire pour un gouvernement, la morale qui doit primer n’est-elle pas la défense des intérêts que j’ai listés plus haut ? A ce titre, intercepter « 70 millions de données par an » dans un pays qui envoie 50 milliards de SMS dans le même temps n’est rien comme le rappelait justement Nicolas Caproni.

Puisque tout le monde écoute tout le monde, la seule chose à faire est de se protéger, et les lamentations n’ont jamais empêché les interceptions de communication. Vraie candeur ou fausse naïveté, calcul intérieur, populisme, démagogie, l’impression qui se dégage de ces derniers jours est celle d’une confusion générale, gracieusement alimentée par les idiots utiles qui se reconnaîtront.

On pourrait, à l’occasion, se pencher sur la campagne de transparence qui, tout en se concentrant sur la communauté américaine du renseignement, touche en réalité depuis des années l’ensemble des services occidentaux, fragilisés par les fuites massives orchestrées par Wikileaks, durement touchés par la trahison de Snowden, et alors que de persistantes idioties sont écrites sur les drones afin de dénigrer une évolution militaire mondiale présentée comme seulement occidentale. Mais à quoi bon essayer d’expliquer ? L’expérience prouve que quand on s’adresse à un gouffre on n’entend jamais que le son de sa propre voix.

Un peu de tenue, baby.

En 1987, Bob Woodward, un journaliste (les gars du Monde, merci de chercher ce mot étrange dans le dictionnaire), publie un de ses livres les plus passionnants, sobrement intitulé CIA/Guerres secrètes. 1981-1987 chez Fayard. On y lit, page 19, ce paragraphe :

National Security Agency (NSA) : Agence de la sécurité nationale. Le plus grand et le plus secret des services de renseignement. Intercepte les communications du monde entier, effectue des opérations d’écoute à l’étranger par l’intermédiaire d’antennes d’écoute, de satellites et d’autres moyens techniques sophistiqués. La NSA déchiffre les codes militaires et diplomatiques des nations étrangères et a également pour tâche de protéger les communications, les systèmes cryptographiques et les codes des Etats-Unis.

Ces lignes ont 26 ans. 26 PUTAIN D’ANNEES. Autant dire que pour les révélations, les gars, va quand même falloir repasser. Demain, vous nous annoncerez quoi ? Que cette année Noël tombe un 25 décembre ? Oui, l’Empire espionne, nous espionne, et espionne les autres. Et oui, nous espionnons l’Empire, et nos alliés. On en titube.

Qu’a donc dit M. Fabius à l’ambassadeur des Etats-Unis, lorsqu’il l’a convoqué aujourd’hui ? Merci pour les écoutes téléphoniques que vous nous avez fournies sans discuter sur la Somalie quand deux de nos espions ont été capturés en 2009 ? Merci pour les localisations de Thuraya au Mali quand nous avons déclenché une guerre que nous pensions d’ailleurs avoir gagnée mais qui n’est pas finie ? Merci pour les frappes de drones au Pakistan et au Yémen contre les émirs d’Al Qaïda, de l’UJI et du TTP qui montent des projets d’attentat contre nous et que nous sommes infoutus de voir ? Oui, merci. On imagine sans peine que l’ambassadeur impérial a dû trembler sous les remontrances d’un pays qui voit sa conduite dictée par une adolescente de quinze ans.

J’avais déjà dit ma honte au mois de juin quand cette supposée affaire est sortie, et je m’étais permis, ici, de rappeler quelques vérités au sujet du renseignement. M. Urvoas, le supposé Monsieur Renseignement du Parti socialiste, occupé à moraliser une activité à laquelle il n’entend manifestement rien ou à obtenir des souvenirs un peu mythos de la part des chefs de service, montre son vrai visage d’idéologue du pauvre dans une affligeante interview publiée ce soir par le Monde. On aimerait que ce pauvre homme laisse de côté Martine écoute son voisin, Caroline et ses amis plongent à Quelern ou la dernière saillie antiaméricaine d’Emmanuel Todd pour se pencher enfin sérieusement sur ce qui se passe hors du 6e arrondissement. Je suis certain que la chose pourrait lui être profitable, et il pourrait même, alors, enfin se demander si la France est convenablement protégée contre les activités de renseignement de ses alliés, de ses voisins, et des autres.

Les leçons de morale candide émanant d’un pays qui fait la guerre au Mali après l’avoir faite en Afghanistan puis en Libye, et qui soutient des rebelles en Syrie tout en envoyant des commandos en RCA ou en Somalie, pourraient faire sourire si elles n’émanaient pas d’un gouvernement aux abois et d’un président dont le leadership ne s’exerce sans doute pas au-delà de sa salle de bains. Les déclarations ulcérées de certains ministres ou de quelques responsables politiques en mal de déclarations vengeresses sont, plus que consternantes, littéralement terrifiantes. Ce soir, je dois confesser que nos gouvernants me font peur, tant leur amateurisme le dispute à une ignorance infinie du monde et de la volonté qu’il faut pour y maintenir le rang de notre pays. Quelqu’un devra leur dire que les discours déclamés la voix tremblante d’émotion sont passés de mode, à supposer qu’ils n’aient pas toujours été ridicules. Mais Manuel Valls n’est pas André Malraux, merci de lui glisser, à l’occasion.

Comme souvent, la France geint, trépigne, s’émeut, joue la vertu outragée, et oublie opportunément les pratiques de ses propres services de renseignement, comme elle relaie avec ravissement la parole des stratèges de jardins d’enfants. Ce refus du monde, qui pourrait être admirable s’il était lié à une vraie politique, à une authentique diplomatie, à une stratégie de puissance pensée et assumée, devient inquiétant quand il relève à la fois de l’ignorance, de la candeur, de la confusion mentale et du populisme à courte vue, le plus imbécile, le plus irresponsable, le plus dangereux.

Ignorants et candides, nos dirigeants le sont. Ils le sont, en particulier, quand ils qualifient de rafle l’expulsion légale, mais ô combien maladroite, d’une adolescente et de sa famille. A tout mélanger, tout le temps, sous le coup d’une émotion sincère mais idiote, il ne faut pas s’étonner que le pays entier se débatte dans la plus totale des confusions. Les mots ont un sens, et dans un pays dont l’ensemble de la classe politique se réclame de la lutte contre le nazisme, évoquer une rafle au sujet de la pitoyable affaire Leonarda mériterait des gifles. L’insulte aux dizaines de millions de victimes des systèmes concentrationnaires qui ont sévi au siècle passé est d’une telle violence qu’elle en coupe le souffle.

Il n’aura échappé à personne, d’ailleurs, que ce déferlement d’antiaméricanisme primaire, lamentablement primaire, dénué de la moindre pensée politique, simple manifestation de troubles obsessionnels, intervient alors que le Président, qui ressemble de plus en plus une fatale erreur de casting, s’est encore ridiculisé. Du coup, et afin de se redresser pour quelques heures, on voit une gauche qui a fait de l’antifascisme son unique programme, et qui a renoncé, en passant, à l’ensemble de ses ambitions sociopolitiques, reprendre à son compte, sans la moindre honte, les méthodes les plus éculées des fascistes qu’elle est censée combattre. En avant, donc, l’ennemi de l’étranger, l’Amérique prédatrice, l’Empire dominateur. Et personne de reprendre, en France, le fait que Snowden soit très probablement un agent retourné par les Russes, ou que Greenwald soit au journalisme objectif ce que Valérie Damidot est à l’impressionnisme. Peu importe, vociférons, déchirons nos vêtements, lamentons-nous. Au moins ça nous occupe.

Aux saillies de Mme Le Pen ou de M. Mélenchon viennent désormais s’ajouter, de la part du gouvernement, des attaques non moins démagogues, dont la tonalité rappelle opportunément que l’antiaméricanisme, à ce stade, n’est ni plus ni moins qu’un racisme. A être trop longtemps gouverné par des médiocres, un pays finit toujours par devenir médiocre. Nous y sommes. Bravo, et encore merci.

Y’a des impulsifs qui téléphonent, y’en a d’autres qui se déplacent

Le 5 octobre dernier, les forces spéciales impériales ont conduit sur les rivages africains deux raids spectaculaires contre deux responsables jihadistes. En Somalie, les petits gars de la SEAL Team 6 sont ainsi (re)venus défier sur leur terrain les Shebab, à Barawe, fief d’Ahmed Godane, pour y atteindre Abikadir Mohamed, dit Ikrima, l’homme des réseaux internationaux du mouvement, devenu après l’affaire de Nairobi (21-24 septembre 2013) une personnalité très en vue. En raison d’une très forte résistance, et alors qu’il aurait pu bénéficier d’un appui aérien rapide et sans doute décisif, le chef du détachement a choisi de renoncer afin d’éviter un carnage. On l’en remercie.

Pendant ce temps, à Tripoli et non à Vera-Cruz, un commando de la Delta Force a capturé en douceur Nazih Abdul Hamed al-Raghie dit Abou Anas Al Libi, une légende du jihad que quelques amateurs persistent à qualifier de « membre présumé d’Al Qaïda » – de même que Lucky Luciano était un membre présumé de la mafia, comme chacun sait. L’opération, exemplaire, a mis fin à une traque commencée aux lendemains des attentats fondateurs du 7 août 1998 à Nairobi et Dar-Es-Salam.

Aussitôt, comme si on annonçait enfin la venue du Sauveur, de nombreux commentateurs plus ou moins autorisés ont affirmé, d’une seule voix vibrant d’émotion, que la doctrine anti terroriste impériale venait, sans le moindre doute possible, de changer et qu’il s’agissait de la mise en application visible du discours prononcé par Barack Obama au mois de mai 2013.

Que n’entendit-on pas, en effet, dans les jours qui ont suivi ces deux opérations ? Que, par exemple, les raids de drones avaient diminué de 50% depuis mai. Que les forces spéciales se voyaient ainsi réhabilitées. Une vieille gloire dont l’occupation principale est de mentir dans le tout Paris au sujet de son bilan (et qui en vient même, ces jours-ci, à se contredire sur l’attentat de Karachi) se laissa même aller à quelques affirmations péremptoires sur Al Qaïda. Connaissant le bonhomme, on eut pu aussi bien interroger le chien de la voisine ou les entrailles d’un coyote mort – et tant pis pour ceux qui avalent les mensonges d’un vieil homme. Un professeur de langue, qui connaît depuis des mois une gloire nationale, et donc planétaire, affirma quant à lui qu’Abou Anas et Ikrima avaient conversé au téléphone et que cette manifeste faute de sécurité avait causé leur perte. Ben voyons.

Comme toujours, la réalité semble plus complexe, et au lieu d’écrire leurs articles AVANT d’avoir collecté et analysé les faits, certain(e)s pourraient faire les choses dans l’ordre, il paraît qu’on apprend ça à l’école. En premier lieu, il est ainsi possible d’affirmer qu’il n’existe aucun lien opérationnel entre les deux raids impériaux en Libye et en Somalie. Les coïncidences opérationnelles existent (souvenons-nous du raid en Somalie de la DGSE alors que débutait l’opération Serval) et on peut même penser que sans les communiqués des Shebab personne n’aurait entendu parler du raid manqué des SEALs à Barawe.

L’opération de Tripoli s’est mieux passée, et Abou Anas, qu’on nous présente comme un retraité du jihad, revenu au pays couler des jours heureux au calme (rires) pour y méditer sur l’impasse de la lutte, a été proprement intercepté, exfiltré vers un bâtiment de la Navy et finalement présenté à un tribunal fédéral, à New York, devant lequel il a évidemment plaidé non-coupable. Lui aussi a sans doute épousé une juriste.

Autant le raid de Barawe s’inscrit, sans la moindre ambiguïté, dans la campagne anti terroriste mondiale menée depuis 2001, autant la capture d’Abou Anas n’a rien à voir. Notre homme était, en effet, recherché par le FBI, compétent pour tout attentat commis aux Etats-Unis ou contre les Etats-Unis à l’étranger, et sa remise par les forces spéciales au Département de la Justice était prévisible. Elle relève d’une doctrine judiciaire impériale immuable, qui voit coopérer le FBI et les forces armées dès lors qu’il s’agit de se rendre maître d’un fâcheux en fuite. Les exemples ne manquent pas, et certaines affaires sont spectaculaires, comme celle de l’Achille Lauro – qui n’est pas un cirque à la mode ou un chanteur de variété italienne. Le FBI dispose ainsi d’une cellule concentrée sur la Corne de l’Afrique, et il bénéficie pour ce faire du soutien de l’ensemble de la communauté du renseignement, dont la mystérieuse NSA, par exemple. Dans certains cas, même, le hasard fait bien les choses, comme l’a prouvé la fin sans gloire de Fazul, mort à la suite d’une erreur de lecture de carte. Il ne faut pas sécher les cours de topo, ça sert toujours.

Pour ceux que la pratique dérange, je rappelle, en passant, que la France n’a pas toujours fait mieux, mais avec des moyens plus modestes. Le sympathique Illich Ramirez Sanchez, ravi à l’affection des siens au Soudan par la DST, en 1994, n’a pas vraiment été arrêté selon les meilleurs standards internationaux, et Djamel Beghal, intercepté à Dubaï au mois de juillet 2001 puis transféré en France le 30 septembre suivant à bord d’un avion de transport sans cocarde (oh, c’est mal), n’a pas vu tous ses droits scrupuleusement respectés. Je me comprends, et si je dis ça, c’est pour aider. L’opération de Tripoli n’a donc rien de révolutionnaire, et on ne peut que saluer sa réalisation, modèle du genre. Tant pis pour ceux qui pensent le contraire.

Posons à présent la question qui tue, ou qui vous blesse méchamment : les raids de Barawe et de Tripoli réhabilitent-ils les forces spéciales ? Je ne suis évidemment pas une référence, mais je n’avais pas compris que les forces spéciales impériales avaient besoin d’être réhabilitées. Après tout, Oussama Ben Laden ne s’est pas ouvert les veines dans un bain parfumé, il n’est pas mort affalé contre Bon Scott dans une Renault 5, n’est-ce pas ? Son élimination, au mois de mai 2011, a été un modèle du genre, et a confirmé que l’investissement américain dans le domaine, qui ne s’est jamais relâché depuis, disons, la Seconde Guerre mondiale, avait donné un outil unique dans l’Histoire. L’amiral McRaven, de passage en France en 2012, avait même déclaré que le Special Operations Command (USSOCOM) menait en Afghanistan et au Pakistan plusieurs centaines d’opérations par an. Pourquoi devrait-on réhabiliter un fer de lance qui remporte des succès et qui dont les exploits, réels ou supposés, sont régulièrement portés à l’écran ?

Tout le monde ne s’est pas posé la question en ces termes, et Le Figaro, plus prompt à gloser sur la Somalie que sur Corbeil-Essonnes, n’a pas hésité à faire sa une, dès le 7 octobre, sur la nouvelle doctrine anti terroriste d’Obama. Le fait est que cela soit sous la plume d’Isabelle Lasserre, co-auteur d’un récit bâclé de Serval, aurait dû inciter à la prudence. Après tout, on ne confond pas non plus M. Pokora avec Marlon Brando, et les avis à l’emporte-pièce sont surtout là pour faire bavarder à la cantine.

Le président américain, de toute façon, n’a jamais indiqué qu’il mettrait en oeuvre une nouvelle doctrine, et une lecture un tant soit peu rigoureuse du discours de mai dernier concluait à un simple infléchissement des pratiques de l’Empire contre Al Qaïda et ses alliés. Ni les drones ni les assassinats n’y étaient mis de côté, et tout juste pouvait-on percevoir une volonté non pas de moins, mais de mieux flinguer. Hélas, si les faits ne s’imposent pas à certains journalistes ou commentateurs, ils s’imposent en revanche aux décideurs politiques et militaires – même français, c’est dire.

La découverte d’une menace terroriste au Yémen, à la fin du mois de juillet, vit les raids de drones contre Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) s’intensifier, jusqu’à ne plus faire du discours de mai qu’un lointain souvenir. Grâce au travail des journalistes du Bureau of Investigative Journalism ou du Long War Journal (deux sites dont la fréquentation est indispensable), on dispose pourtant de données précises qui ne laissent que peu de place au doute sur la réalité des frappes, et leur réalisation en fonction des besoins.

Ainsi, au lieu de délirer sur les drones, on pourrait sans doute se demander pourquoi les frappes semblent diminuer. Infléchissement de la doctrine, ou manque de cibles ? Après avoir éliminé systématiquement, depuis des années, les émirs d’Al Qaïda qui mettaient le nez dehors ou passaient des commandes de sushis en ligne, l’heure n’est-elle pas venue de ne rien changer et de gérer la menace avec la même brutalité, en tant que de besoin ? Il m’apparaît inutile de rappeler à quel point la question des drones est accessoire et que le point essentiel réside dans la réalisation d’actions violentes clandestines partout où cela est nécessaire. Drones, frappes classiques, commandos, peu importe, et l’infographie du Monde sur ce point démontre à quel point il vaut mieux, puisque c’est décidé, descendre un nuisible avec un Reaper plutôt qu’avec un Lancer.

Changer de façon de tuer son ennemi, du moment qu’on a toujours choisi de le tuer, n’est qu’une évolution tactique, et non un changement de doctrine. Le dernier raid connu de drone a d’ailleurs eu lieu le de 29 septembre, il n’y a pas si longtemps. Attendons un peu, alors, avant d’énoncer des conclusions théâtrales, et continuons de relever les signaux, comme le retour des F-15E du 366th Fighter Wing à la maison après un détachement à Djibouti d’où ils devaient semer la mort au Yémen ou en Somalie – mais comme ce sont des chasseurs pilotés, c’est moins grave.

La rigueur intellectuelle la plus élémentaire devrait ainsi interdire de tirer des conclusions définitives des actions observées en quelques jours. En titrant une de ses dépêches Avec les raids, Obama renoue avec un usage limité du recours à la force, les gars de l’AFP ont, eux aussi, bien montré qu’ils se débattaient en pleine confusion mentale. A quel moment, en effet, les Etats-Unis ont-ils fait usage d’un usage illimité de la force contre Al Qaïda hors d’Afghanistan ou d’Irak, deux zones de guerre ?

Même la capture récente d’un leader du TTP (ici) par l’Empire ne doit pas être surinterprétée. Le contexte politique pakistanais mérite, en effet, qu’on envisage d’abord cette opération comme un petit coup de pouce politique donné à un allié. Et j’ajoute que pour certains le fait de laisser un ennemi en vie mais soumis à la torture semble bien plus satisfaisant que de le sécher proprement. Question de philosophie, j’imagine.

Sans plus attendre, les esprits les plus acérés se lancent même dans de complexes prévisions, vantant ici les bénéfices d’une coopération anti terroriste renforcée entre l’Empire et ses alliés, et annonçant une baisse régulière des frappes de drones. Est-il besoin de ricaner, alors que la coopération entre les agences américaines et leurs homologues atteint déjà une ampleur inédite, et qu’il existe même des cellules communes où se mêlent renseignements, y compris techniques (frisson), et analystes ? Faut-il préciser que ce métier nécessite un haut degré de confiance, et que la volonté de coopérer se heurte immanquablement aux faiblesses du partenaire local, yéménite, philippin, nigérien, ouzbèque ? L’affaire du camp Chapman a été, à cet égard, un sérieux avertissement. Doit-on, dès lors, comme un mauvais ministre ou un pitoyable technocrate, se féliciter d’un nombre élevé de coopérations plutôt que de l’efficacité maximale d’une poignée d’entre elles, bien conçues et bien menées ?

Pour faire simple, s’agit-il de combattre une menace pour la réduire ou de donner des gages de morale ?

My chemical romance

Exceptionnellement, le café stratégique du jeudi se tiendra, en ce début de saison, un mercredi, preuve s’il en est de l’extrême souplesse d’AGS. Cette entorse à la règle nous permettra d’accueillir, le 9 octobre, Olivier Lepick qui nous fera l’honneur de nous entretenir d’armes chimiques et des conséquences de la crise syrienne dans ce domaine, ô combien attachant.

Ivan le fou entre le quart et moins-le-quart

La mort prématurée de Tom Clancy, à 66 ans, met fin à la carrière exceptionnelle d’un écrivain qui, toute sa vie, aura été passionné par la chose militaire et aura eu à cœur de transmettre au public ses immenses connaissances en matière de défense.

Plus qu’un romancier, plus qu’un écrivain, Tom Clancy était, avant tout, un authentique conteur, un scénariste capable de décrire une guerre en Europe, la conduite d’opérations secrètes anticartels en Colombie ou la traque d’un SNLE soviétique à travers l’Atlantique Nord. Son style, lapidaire, descriptif, presque sec, ne s’embarrassait pas de raffinements littéraires ou de considérations psychologiques et se concentrait sur l’essentiel, sur l’action. Il était à ce titre, l’exact opposé d’un Jack Higgins qui se concentrait avant tout sur les tourments de ses personnages, tueurs à gages, mercenaires, aventuriers.

Les livres de Clancy, couramment qualifiés de romans d’espionnage, étaient, en réalité, des romans sur le renseignement, le pouvoir, les opérations clandestines et tout ce que les puissances gèrent loin des caméras. On y côtoyait des membres des forces spéciales, des analystes de la CIA ou des conseillers de l’ombre, dans le cadre d’intrigues linéaires prétextes à d’incroyables scènes d’action ou de grandioses batailles.

Son premier roman, devenu proprement mythique, The Hunt for Red October, paru en 1984, stupéfia les observateurs par sa précision technique et sa connaissance tactique. Premier ouvrage de fiction édité par la Naval Institute Press, le livre valut même à son auteur d’enseigner à Annapolis, l’école navale impériale, et devint instantanément à la fois un classique du genre et un nouveau standard du roman militaire.

En pleine seconde Guerre froide, Tom Clancy met ainsi en scène l’affrontement de deux superpuissances aux capacités inédites dans toute l’histoire. La poursuite d’un sous-marin nucléaire par la flotte soviétique, alors que la Navy tente de s’en emparer, permet de décrire la puissance et la complexité des moyens des deux adversaires et immerge le lecteur dans le monde inconnu du renseignement militaire contemporain. Entre les satellites, les avions de patrouille maritime, les porte-avions et les sous-marins d’attaque et leurs équipements, c’est toute la complexité de la guerre navale moderne qui est ainsi dévoilée aux néophytes. Les combattants sont devenus des techniciens, et à leurs compétences, à la complexité à peine concevable pour le lecteur, s’ajoutent le courage et le patriotisme.

En 1990, John McTiernan, devenu en trois films un des plus grands spécialistes hollywoodiens du film d’action (Nomads en 1986, Predator en 1987, Die Hard en 1988), adapte The Hunt for Red October. Doté de moyens colossaux, porté par une distribution rarement vue depuis les grandes fresques sur la Seconde Guerre mondiale des années ’60 ou ’70 (Sean Connery, Alec Baldwin, Scott Glenn, Sam Neill, James Earl Jones, Tim Curry, Courtney B. Vance, Fred Dalton Thompson), le film est un monument du genre, un classique, toujours aussi efficace plus de vingt ans après sa sortie.

 

Le film, au-delà de ses qualités, illustre également une des composantes principales des récits de Clancy. Les adversaires y sont, ainsi, toujours des professionnels quasiment irréprochables, et l’issue de leur affrontement dépend plus de l’habileté du vainqueur que des erreurs du perdant. « Pas de faute directe », dirait-on pendant un match de tennis.

Ce respect pour les professionnels de la guerre et du renseignement, inévitable de la part d’un homme qui voulait rejoindre l’armée impériale mais en a été empêché par son physique, est encore plus évident dans le chef d’oeuvre qu’est Red Storm Rising, publié en 1986. Ecrit avec la complicité de Larry Bond, le génial concepteur du jeu de plateau Harpoon, Red Storm Rising est la description, fascinante, d’un affrontement en Europe entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie.

 

Nombreux sont ceux qui ont découvert dans ce livre, devenu témoignage d’un conflit qui n’a finalement pas eu lieu, l’incroyable intensité du choc entre deux blocs surarmés. Malgré une édition française terriblement médiocre, (certains passages ayant été manifestement traduits par des experts de la trempe de Pierre Bergé ou Xavier Cantat), le livre reste incroyablement captivant, et je confesse sans honte le relire régulièrement, par pure gourmandise, tout comme d’autres (ici).

Comme dans The Hunt for Red October, les combattants américains et soviétiques qui s’affrontent, qui en Islande, qui en Allemagne, qui sur mer ou dans les cieux de l’Atlantique, sont de grands professionnels, plutôt attachants, accomplissant leur mission avec rigueur. Tom Clancy, comme bon nombre des ses pairs, y exprime toute sa confiance dans l’institution militaire, seule capable de défendre l’Etat et la nation. A Moscou, les généraux font leur métier alors que les politiques conspirent et conduisent le monde à sa ruine. Et à Washington, il n’y a manifestement que le Pentagone. Dans ses livres suivants, Clancy ridiculisera d’ailleurs le président américain et décrira des technocrates cyniques, englués dans des intrigues qu’ils ne maîtrisent pas. Seuls ceux qui ont connu le feu, seuls ceux qui maitrisent leurs outils ont donc la légitimité pour décider des conflits, et les considérations politiques ne pèsent pas lourd. A bien des égards, Clancy est resté un adolescent qui connaît par coeur les caractéristiques du Kirov ou du M1 Abrams, et ce savoir encyclopédique doit permettre de vaincre.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé qu’un des points communs les plus intéressants entre les deux premiers romans de Tom Clancy était, en effet, l’importance accordée au renseignement et à son analyse. Dans ses deux premiers livres, en effet, c’est grâce à des analystes patients et rigoureux, attentifs aux détails et opiniâtres, que les Etats-Unis parviennent à dominer leurs ennemis. Il en sera toujours de même par la suite, mais les forces spéciales deviendront progressivement tout aussi indispensables. Espions et commandos, analystes et raids secrets, la chose, avouons-le, ne manque pas de charme…

Devenu, plus que tout autre, le personnage récurrent de Tom Clancy par excellence, Jack Ryan incarne cet analyste modèle – et il constitue sans nul doute le double de l’auteur. Ancien officier des marines réformé à la suite du crash de son hélicoptère, universitaire reconnu, spécialiste de la marine soviétique, le Dr Ryan est la quintessence des valeurs américaines. Père de famille rangé mais connaissant le terrain, respectueux mais capable de s’opposer à ses chefs afin de faire connaître son point de vue dans le seul but de faire avancer le système, homme de principes, courageux, intellectuellement structuré mais aucunement dogmatique, cultivé mais pas arrogant, Jack Ryan s’impose dès le premier roman de Clancy comme un être d’exception. Sans jamais apparaître dans Red Storm Rising, on retrouve même ses qualités dans plusieurs des personnages du roman.

Avec une telle stature, il était naturel qu’il devienne un héros de cinéma, et c’est donc Alec Baldwin, étoile montante à Hollywood, qui lui donne chair en 1990. La jeunesse et la fougue de Baldwin, illustrées dans la fameuse scène au NSC au cours de laquelle Ryan remet sèchement à sa place un général (ici), font merveille à l’écran. Voir l’audace l’emporter sur les certitudes est toujours agréable, à défaut d’être crédible.

Deux ans plus tard, c’est à un cinéaste déjà expérimenté, Philip Noyce, qui vient de remporter un joli succès avec un thriller éprouvant, Calme Blanc(1989, avec Nicole Kidman, Sam Neill et Billy Zane) qu’est confiée l’adaptation suivante des aventures de Jack Ryan. Celui, plus âgé, est désormais joué par Harrison Ford, dans un film plaisant, classique et réalisé au cordeau, Patriot games (1992), dans lequel James Earl Jones retrouve le rôle de James Greer.

Patriot games est le troisième livre de Tom Clancy. Publié en 1987, le roman introduit un nouveau personnage récurrent de l’univers de Ryan, Robby Jackson – ici joué par Samuel L. Jackson.

Le romancier a alors quitté les intrigues militaires pour s’aventurer dans les affaires de terrorisme et de renseignement. Ce faisant, il a aussi perdu de son originalité, même si ses connaissances techniques et politiques donnent à l’ensemble une allure que n’atteignent pas ses concurrents. Jack Higgins et Robert Ludlum, à la même époque, en sont déjà à se répéter et à sombrer lentement dans l’autoparodie.

Jack Ryan, dans ce deuxième chapitre de ses aventures au cinéma, se voit un peu plus physiquement impliqué, plus près du terrain, plus loin des archives. Sa famille est visée, il se bat à plusieurs reprises, manque même mourir, et endosse les habits si classiques de l’Américain moyen forcé d’agir pour les siens. Heureusement, Harrison Ford nous refait le coup de l’index, et le tour est joué.

On ne le sait pas encore, mais Tom Clancy, avec le personnage de Ryan, va progressivement perdre pied. Emporté par son élan, sans doute grisé par le succès de son double, il commence à créer autour de lui un univers de personnages secondaires tandis qu’il le fait gravir les échelons. Sans doute une telle évolution était-elle inévitable, mais Tom Clancy, attaché à son personnage/double, en fait trop et perd de vue ce qui faisait le charme de ses premiers textes. Le terme, épouvantablement laid, de techno thriller, devient dès lors adapté.

Laissant de côté Le Cardinal du Kremlin, publié en 1988, première véritable tentative de construire un récit d’espionnage, le cinéma américain, profitant de l’intérêt du public pour le narcotrafic colombien (Pablo Escobar, déjà parvenu au rang de légende, sera assassiné en 1993), porte à l’écran, en 1994, un nouvel épisode des aventures de Jack Ryan. Une nouvelle fois à la manoeuvre, Philip Noyce – sur un scénario en partie écrit par John Milius – adapte cette fois Clear and present danger (un roman de 1989).

Le résultat est en tous points remarquable. Là encore, il ne manque pas un chargeur ou un bouton de treillis, et la distribution (James Earl Jones, Donald Moffat, Willem Dafoe, Miguel Sandoval, Joaquim de Almeida, Benjamin Bratt, Raymond Cruz) fait du film une série de B de grand prestige. Certaines scènes sont particulièrement réussies (l’embuscade à Bogota, le raid aérien, les échanges entre le chef du cartel et son mystérieux conseiller) et on voit le Dr Ryan, devenu un des directeurs adjoints de la CIA, étudier des dossiers dans son bureau – et tendre un index vengeur. Harrison Ford campe d’ailleurs un Ryan sombre, tendu, détestant le pouvoir et les intrigues de couloir et ne rêvant que de redevenir analyste. Le pauvre ne sait pas ce qui l’attend…

Développant à chaque nouvel opus l’univers de Ryan, Tom Clancy crée par ailleurs dans Clear and present Danger le personnage de Domingo Ding Chavez. Ce membre des forces spéciales va connaître une carrière exceptionnelle, dans des romans comme dans les jeux vidéos.

Dès 1987, Clancy a accepté qu’Octobre Rouge serve de trame à un jeu. Le passage de l’écrit à l’écran, y compris d’ordinateur, était logique et l’influence de l’univers de Clancy ne se démentira jamais, malgré quelques ratés. On trouve, bien sûr, des wargames ou des simulations tirés des romans, mais c’est dans le domaine du jeu d’action (FPS, TPS) que les récits de Tom Clancy vont donner toute leur mesure.

En 1998, Rainbow Six, une unité d’élite internationale, est ainsi créée à la fois sous forme d’une série de romans et d’un jeu vidéo qui deviendra une franchise à succès (17 épisodes). L’idée même que le jeu video puisse participer au développement d’un univers romanesque, même fruste, est d’ailleurs fascinante, et largement exploitée par George Lucas dans le cadre de Star Wars. La comparaison entre Lucas et Clancy, malgré les différences, bien connues (ampleur des univers, supports, talents, etc.) ne semble pas totalement déplacée tant il paraît évident que Tom Clancy a cherché à développer un monde parallèle dans lequel ses personnages évoluent, prennent de l’importance et accomplissent des exploits chaque fois plus spectaculaires.

  

Hélas pour Clancy, et malgré son imagination, son absence d’ambition littéraire le conduit à bien des errements. Enchaînant les crises les plus dramatiques (terrorisme nucléaire, guerre entre la Russie et la Chine, etc.), se laissant parfois aller aux plus échevelés des délires géopolitiques, il hisse Jack Ryan jusqu’ à la présidence des Etats-Unis, entouré des personnages récurrents apparus au fil des ans (dont son fils). Parti de la carrière d’un analyste confronté au tumulte du monde, Clancy a fini par créer une saga dans laquelle les aspects militaires ont définitivement pris le dessus. La série Op-center, malgré son abondance de détails, est, à mes yeux, parfaitement illisible, et à peine digne d’être vendue dans les gares. Elle a pourtant inspiré nombre d’auteurs soucieux de bien différencier un F-15A d’un F-15C et que la chute d’un étui sur le ciment met en émoi.

En 2002, The Sum of all Fears, la quatrième apparition de Jack Ryan au cinéma, sous la direction cette fois de Phil Alden Robinson, est une très mauvaise surprise. Ryan y a rajeuni de dix ans, son épouse de quinze, et les acteurs (Morgan Freeman, Ben Affleck dans ses pires années et Ciaran Hinds) ne parviennent pas à sauver le film.

Le choc est rude, et on sent bien là une rupture dans l’oeuvre de Tom Clancy, passé du statut de romancier à celui d’entrepreneur, gérant ses droits, investissant dans le jeu vidéo, laissant des franchises se développer. L’auteur à succès est devenu un homme d’affaires, délégant à d’autres le soin d’écrire, autorisant des suites de jeux vidéos. La machine semble hors de contrôle, et malgré quelques bonnes idées, comme la série des Net Force Explorers (évoquée ici par Yannick Harrel), on sent bien que la machine tourne à vide. Si les jeux vidéos sont souvent très bons (Rainbow Six, Ghot Recon, Splinter Cell), il arrive que des titres médiocres (Endwar, H.A.W.X) sortent également, et donnent le sentiment d’une imagination à bout de souffle vivant sur son passé, et faisant fructifier un nom.

De tout ce que j’ai lu de Tom Clancy, depuis trente ans, je retiens donc la virtuosité narrative des raids de l’aéronavale soviétique contre le groupe de l’USS Nimitz, et les intuitions des grosses têtes de la CIA ou de la NSA (frisson) découvrant que l’URSS mobilise. Plutôt que de voir le personnage de Ryan trahi par le film qui s’annonce, Jack Ryan: Shadow Recruit, de Kenneth Branag (avec Chris Pine, Keira Knightley, et Kevin Costner),

je préfère penser que Mokhtar Belmokhtar, avant d’attaquer In Amenas, le 16 janvier dernier, avait lu attentivement le début de Red Storm Rising, peut-être dans une guest house de Peshawar. Et peut-être a-t-il trouvé, par la suite, que l’index vengeur de Harrison Ford ne manquait décidément pas d’allure.

Quoi qu’il en soit, Tom Clancy laisse derrière lui une oeuvre riche, monomaniaque, faite de fulgurances géniales et de délires lassants. Il est, par ailleurs, sans doute responsable, à travers ses romans et ses jeux, du goût de plus en plus prononcé du public pour les forces spéciales. Mais pour les hommes de l’ombre, il est surtout celui qui a permis à un analyste de donner sa carte de visite au chef d’un cartel de colombien. Et ça, ça n’a pas de prix.

Nous, c’est le goût.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ça a été une délivrance, un authentique soulagement, comme si on avait enlevé un poids de mes épaules, après des années de questionnements fébriles, d’interrogations anxieuses, et de larmes rapidement ravalées dans les toilettes des aéroports les plus improbables, ou des bases les plus secrètes.

A l’issue d’un long et manifestement laborieux processus de consultation interne, notre principal service de renseignement extérieur a, en effet, rendu publique, dans un document de synthèse dont la gestation a été relatée par Jean Guisnel dans les colonnes du Point, une énumération de ses valeurs, plaisamment rassemblées au sein d’un système baptisé LEDA.

La chose n’est pas commune, et si les valeurs ainsi dévoilées au grand jour sont toutes d’une haute tenue morale, il est permis de se demander pour quelle raison il a ainsi été décidé de procéder à une telle protestation de moralité, de droiture et d’engagement républicain.

Pourquoi, en réalité, éprouve-t-on, soudainement, l’irrépressible besoin de sortir de l’ombre pour assurer le vaste monde de toutes ses qualités ? Quelqu’un a-t-il exprimé des doutes ? A-t-on, en haut lieu, qualifié l’honorable maison de repaire de tapins, d’antre de dépravation ? Mystère.

La page présentant ces valeurs débute par ce paragraphe :

Pour forger son identité, donner un sens à son action, mobiliser l’ensemble du personnel et disposer d’un outil de management, la DGSE s’est lancée dans une démarche de détermination de ses propres valeurs.

Le questionnement est donc interne, intérieur même, et on apprend que ce service, héritier direct d’un demi-siècle d’action clandestine et de renseignement, doit forger son identité. S’il s’agit de s’étouffer ici, on se demande si ce doit être de rire ou d’indignation alors même que la Boîte a une réelle identité, faite de mauvais esprit gaulois, de loyauté républicaine, d’incompétence managériale et d’acharnement à remplir les missions, même sans moyens, même sans chefs – ou malgré eux.

Loyauté. Discrétion. Exigence. Adaptabilité. LEDA. Faut avouer que ça en jette, mieux, par exemple, que Foutoir. Bordel. Incompétence pour le FBI. Les valeurs du Service sont téléchargeables ici et elles ne sont pas sans rappeler le crédo qu’imposa en son temps, si mes souvenirs sont bons, l’amiral Turner à la CIA sous la forme d’une série d’affirmations quand même moins ridicules.

En 2005, Porter Goss, alors directeur de la CIA s’adressa à son service en avançant à son tour, quatre ans après le 11 septembre, quelques remarques fermes abandonnant derrière elles le concours d’auréoles, dont celle-ci : The CIA credo is that the US must always have the place of primacy among our interests. C’est un peu brutal, mais ça peut être efficace.

En 2013, après une consultation interne à peu près aussi spontanée que l’élection du Secrétaire général du Parti, la Boîte s’est donc dotée d’une série de valeurs qui, en plus d’être d’une confondante naïveté, sont contredites par le quotidien de l’administration qu’elles sont censées incarner. Ce décalage, reconnaissons-le, n’est pourtant pas si surprenant. Saviez-vous que Léda, reine de Sparte, fut violée par ruse par Zeus, déguisé pour l’occasion en cygne ? Et que parmi les enfants de Léda figurait Hélène, la chère Hélène de Troie à l’origine de bien des tourments ? Une sacrée référence pour un service de renseignement, dont on attend qu’il évente les ruses et qu’il nettoie le cirque…