Négatif, Ghostrider, il y a du monde dans la boucle.

Dans quelques siècles, quand les historiens tenteront d’identifier le film le plus représentatif des années ’80 du 20e siècle, ils pourront placer Top Gun en tête de liste. Difficile aujourd’hui d’imaginer, en effet, plus clinquant, plus tape-à-l’œil, plus creux et malgré tout, par-delà nos scrupules d’hommes et femmes de goût, plus séduisant.

dis donc, étranger, ici, on n’aime pas tellement les voleurs de chevaux.

Au plus fort du reaganisme triomphant, alors que James Braddock et John Rambo viennent d’infliger une tannée à ces salauds de Viet-Congs, voilà qu’Hollywood nous la fait high-tech avec la complicité active de la Navy, alors engagée dans sa fameuse campagne de recrutement « It’s not just a job, it’s an adventure » – on aperçoit d’ailleurs l’affiche dans les vestiaires de ces messieurs. Il faut dire que l’US Air Force a refusé de participer à l’aventure, sans doute en raison de ses bien connues exigences culturelles.

Papier ciseaux caillou

Par où commencer ? Le casting ?

Un casting de classe, avec une foule de jeunes acteurs promis à un brillant avenir, et quelques vétérans :

– Tom Cruise, bien sûr, le petit scientologue qui monte (il vient alors de tourner dans un épouvantable navet, Risky business (1983, Paul Brickman), mais aussi avec Ridley Scott dans Legend (1985), et Francis Ford Coppola dans Outsiders (1983) ;

– Kelly McGillis, vue avec Harrison Ford dans Witness (1985, Peter Weir) et Jodie Foster dans Les accusées  (1988, Jonathan Caplan) ;

– Val Kilmer, qu’on ne présente plus (on peut quand même citer Les Doors, d’Oliver Stone (1991), Cœur de Tonnerre, de Michael Apted (1992), Heat, de Michael Mann (1995) ou Spartan, déjà évoqué ici) ;

– Tom Skerritt, inoubliable Dallas dans Alien (1979, Ridley Scott) ;

– Michael Ironside, une vraie sale gueule, vu entre autres dans la série culte V (1984), Total Recall (1990, Paul Verhoeven), ou Starship troopers (1997, du même) ;

– Anthony Edwards, le sympathique Dr. Greene de l’interminable série Urgences (1994) ;

– Tim Robbins, à la carrière exemplaire – malgré Top Gun : The Player (1992, Robert Altman), Le grand saut (1992, les frères Coen), Mystic River (2003, Clint Eastwood), entre autres – et je ne parle pas des films qu’il a réalisés : Bob Roberts (1992) ou Dead Man Walking (1995) ;

– Meg Ryan, la seule et unique Sally (Quand Harry rencontre Sally, 1989, Rob Reiner) à la carrière par ailleurs assez terne.

Alors le scénario ?

Un équipage de F-14, plutôt casse-cou, est envoyé en stage à l’école de chasse de Top Gun, après un accrochage dans l’Océan Indien contre un mystérieux pays hostile (sans doute des Arabes musulmans et communistes, voire, pire, des Iraniens, bref, des gars dangereux). Le copilote meurt dans un accident, son pilote déprime mais retrouve du poil de la bête et donne une leçon à ces salauds de l’Océan Indien. Evidemment, on est loin de l’Oscar du meilleur scénario, et même John Milius aurait fait mieux (d’ailleurs, quand j’y pense, il a effectivement fait mieux).

Bon, donc pas le scénario.
Alors quoi ?

Alors les avions. Le seul intérêt du film réside dans ses scènes aéronautiques, filmées sur l’USS Enterprise et sur les bases de Fallon (Nevada, www.cnic.navy.mil/Fallon, la version pour l’aéronavale de Nellis AFB, http://www.nellis.af.mil), et Miramar (Californie, http://www.miramar.usmc.mil, une Naval Air Station de la Navy cédée depuis aux Marines et qui abritait la fameuse Navy Fighter Weapons School).

Tourné avec le Learjet qui manquera si cruellement au réalisateur de Iron Eagle, Top Gun marque une étape importante dans l’histoire du cinéma aéronautique. On y voit des chasseurs – et quels chasseurs : Grumman F-14A Tomcat et McDonnell Douglas A-4F Skyhawk – s’y livrer à des dogfights enragés au-dessus de la Sierra Nevada. Les images sont superbes, et elles doivent beaucoup à C.J « Heater » Heatley III, un pilote de la Navy diplômé en journalisme (profil LinkedIn : http://www.linkedin.com/pub/c-j-%22heater%22-heatley-iii/11/4b4/b19) et auteur de splendides recueils de photographies, parmi lesquels on peut citer The cutting edge (en français : Les ailes d’or, chez Atlas) et Forged in steel: US Marine Corps Aviation (D’acier et de feu, Atlas).

Evidemment, pour les besoins du film, de nombreuses inexactitudes ont été introduites : les insignes d’escadron portés par les F-14 sont tous fantaisistes ou issus d’autres unités, tandis que les fameux Mig-28 rencontrés au début et à la fin sont des Northrop F-5E (monoplace) et F (biplace) peints en noir et affublés d’étoiles rouges. Pour mémoire :

– les Mig portent toujours des numéros impairs (à la notable exception du Mig-30, version syrienne du Mig-29 Fulcrum)

– les F-5 de la Navy – désormais appelés F-5N – étaient employés pour simuler les Mig-19 Farmer et -21 Fishbed lors de Dyssymetric Air Combat Training inspirés des exercices de l’Air Force à Nellis AFB. La livrée noire a néanmoins été conservée sur certains chasseurs de Top Gun et fait forte impression sur le public lors des JPO.

F-5F Tiger II

– les A-4F (monoplace) et TA-4F (biplace), dont les canons avaient été démontés et qui, dotés du même réacteur que les Skyhawk des Blue Angels, étaient censés simuler le Mig-17 Fresco.

– en revanche, la vrille plate est en effet mortelle sur le F-14, et le manuel de vol ordonne même l’éjection immédiate. Il est quasiment impossible de récupérer d’une telle vrille en raison de la dépression qui se crée sous l’appareil entre les deux moteurs.

Médiocrement écrit, médiocrement joué, médiocrement réalisé, Top Gun n’est qu’un immense clip à la gloire de l’aéronavale américaine. La musique, mauvaise comme il se doit, y est omniprésente. Kenny Loggins, habitué des bandes originales de navets, y livre un Danger zone formaté pour la FM…

… mais la palme du comique revient à Harold Faltermeyer, l’homme qui composa le thème du Beverly Hills Cop (« Axel F »). Il balance ici un hymne pompier dans lequel le piano de Richard Clayderman s’associe à la guitare de Steve Stevens, le guitariste ébouriffé de Billy Idol. Question ridicule, on est en effet « plus haut avec les meilleurs des meilleurs »…

Alors que le nombre de volontaires pour l’aéronavale grimpe en flèche après la sortie du film, Pepsi s’inspire du film et diffuse une publicité réjouissante :

Pendant ce temps, Quentin Tarantino se livre à une analyse décapante du film et conclut qu’il incarne la quintessence de la fiction gay, une conclusion hilarante – mais logique quand on pense au match de volley sur la plage – et on se prend à rêver de la présence d’un pilote de chasse au sein des Village People.

Bref, Top Gun est surtout l’occasion de revoir deux films plus sérieux, bien que très différents. D’abord, Nimitz ou le retour vers l’enfer/The final countdwon (1980, Don Taylor, qui réalisera également en 1981 un assez mauvais téléfilm sur les manoeuvres à Nellis appelé Red Flag: The Ultimate Game), une aimable serie B de SF tournée sur l’USS Nimitz avec Kirk Douglas, Martin Sheen, James Farantino et Ron O’Neal, l’inoubliable sultan de Johore de Franck, chasseur de fauves/Bring Em Back Alive (1982)

et surtout L’étoffe des héros/The Right Stuff, de Philip Kaufman (1983) d’après Tom Wolfe, avec la fine fleur des acteurs du moment (Ed Harris, Fred Ward, Scott Glenn, Sam Shepard, Jeff Goldblum, Lance Henriksen, etc.)

Je ne peux que vous conseiller le superbe ouvrage de Donna Brackeen Top Gun Miramar (Atlas), que l’on trouve chez quelques soldeurs ou sur Internet, et je vous laisse sur cette image, rare, d’un pilote faisant l’imbécile près, très près, de l’USS Stennis.

Reconnaissons cependant – même si c’est vivement déconseillé par tous les manuels, que la scène d’ouverture reste indépassable :

L’Afghanistan a désormais sa « Section Anderson »

Le 2 juillet dernier est sorti dans quelques salles américaines le documentaire de Tim Hetherington et Sebastian Jünger Restrepo, tiré du récit de ce dernier, War. Ce film, qui a remporté le grand prix du jury au festival de Sundance, est d’ores et déjà considéré comme un monument par les critiques qui l’ont vu, et je ne peux que vous conseiller la visite de son site Internet www.restrepothemovie.com.

La comparaison avec le film de Pierre Schoendoerffer, La section Anderson (1967, oscar du meilleur film étranger en 1968) vient naturellement à l’esprit tant les démarches et les guerres filmées sont proches. Il faut désormais attendre l’hypothétique sortie du film en France, ou plus probablement son édition en DVD dans les mois qui viennent, pour se faire une idée.

Abou Daoud : les bourreaux meurent aussi.

Mohamed Daoud Oudeh, connu sous le nom du guerre d’Abou Daoud, est mort à Damas le 3 juillet. Ce turbulent « résistan » palestinien était connu pour son rôle majeur dans la terrible affaire de Munich, les 5 et 6 septembre 1972, alors que les Jeux olympiques se déroulaient dans la capitale bavaroise.Pour ceux qui ignorent tout de cette opération, aux répercussions majeures, je ne peux que conseiller le documentaire de Kevin MacDonald, Un jour en septembre (1999), qui expose l’affaire clairement.

https://dailymotion.com/video/x9dt6e_un-jour-en-septembre-bande-annonce_shortfilms

Cette opération entraînera une riposte du Mossad, que Steven Spielberg, avec ses qualités et ses défauts, a relaté dans  Munich (2005, avec Eric Bana, Daniel Craig, Mathieu Kassovitz, Mickaël Lonsdale, Mathieu Amalric) tiré du récit de George Jonas, Vengeance.

L’échec total des forces allemandes à la fin de la prise d’otages, le 6 septembre 1972, aboutira à la création du GSGS 9, une des unités d’intervention les plus réputées du monde. J’ajoute, pour finir, deux faits à méditer :

– la France, qui arrête en 1977 Abou Daoud, refuse de le remettre à la RFA ou à Israël en prétextant des obstacles juridiques et préfère le laisser s’envoler vers l’Algérie, qu’il quitte évidemment libre. Inutile d’en dire davantage.

– la Syrie est décidément une terre aimée des grands humanistes. Avant Abou Daoud y sont ainsi morts Imad Moughnieh, le chef de l’Organisation de la Sécurité Extérieure (OSE) du Hezbollah libanais, responsable des attentats de 1983 contre les contingents américains et français à Beyrouth, et Alois Brunner, ancien chef du camp de Drancy.

La Syrie moderne est donc bien loin de se montrer à la hauteur de ce qu’elle fut lorsqu’elle était la capitale du califat omeyyade, mais c’est une autre histoire. N’empêche, ils doivent avoir de la gueule, les cimetières, à Damas.

Le fil vert sur le bouton vert, le fil rouge sur le bouton rouge.

Le maniement des explosifs est un art complexe et mystérieux pratiqué par des hommes taciturnes – « taiseux », diraient les critiques de Télérama – que l’on surnomme, dans l’armée, des nedex (pour « Neutralisation Enlèvement et Destruction d’Explosifs »). L’extrême sophistication de leurs pratiques a été immortalisée par Mais où est donc passée la 7e Compagnie ? (Robert Lamoureux, 1973), un film de guerre de qualité française.

En 2008, Kathryn Bigelow, prenant la suite d’une belle série de films consacrés à la campagne irakienne de l’Empire, a choisi de s’intéresser à une équipe de nedex de l’US Army déployée à Bagdad. 

Premier film de guerre à remporter l’oscar du meilleur film depuis Platoon (Oliver Stone, 1986), The hurt locker constitue presque un documentaire centré sur un trio de démineurs. Les personnages sont dessinés à grands traits, et la caméra s’attarde à peine sur le sergent William James, qui rappelle parfois le capitaine Willard d’Apocalypse Now. Sans véritable intrigue, le film, tourné en Jordanie pendant le Ramadan 2008, enchaîne des scènes permettant de saisir l’essentiel des défis auxquels est confrontée la contre-guérilla conduite par l’US Army en Irak, aussi bien à Bagdad que dans le désert

 

Le manque de moyens du film, loin de Blackhawk down, n’est aucunement un handicap, et rien n’a été oublié : ni les corps piégés, ni la chaleur, ni l’ennemi invisible au cœur d’une ville qui s’agite et tente de survivre, ni les insurgés qui filment alors qu’on désamorce une charge, ni le confort dans lequel vivent les soldats américains, ni les contractors, véritables auxiliaires des troupes régulières et de la CIA.

 

Sciemment, la réalisatrice évite les intrigues, tout en semant des indices : qui est donc ce mystérieux artificier irakien ? Qu’arrive-t-il au boucher de la première scène ? Quelle est l’histoire du sergent Williams ? Kathryn Bigelow n’en a cure, elle filme la vie de soldats qui, comme dans Platoon ou Hamburger Hill, comptent les jours avant la quille. La mise en scène, sobre, ne se permet que quelques truquages lors de la première explosion, et un gimmick remarquablement habile : à chaque découverte d’un IED on peut entendre un réacteur de jet. Est-il dans le ciel irakien ou dans l’imagination des soldats ? Mystère.

Les codes de l’amitié masculine ont déjà été traités par la cinéaste dans Point Break (1991), le film préféré de Brice de Nice, mais on sent que ce n’est pas le propos ici, malgré une soirée entre hommes plutôt virile. Elle nous montre la nouvelle génération des guerriers américains, toujours intéressés par la marijuana, mais ayant remplacé l’écoute des tubes de la Motown par une XBox. La question de la justesse de la guerre n’est pas évoquée, on ne parle pas d’Al Qaïda ou d’ADM, la caméra est embedded, et on n’en saura pas plus.

Froid, sans sentiment pour ses personnages, sans avis sur la guerre, Démineurs est l’anti Green Zone. Cet absence, apparente, de fond, n’empêche pas le film de vous hanter. A voir et à méditer.

« Spartan » : l’autre Jason Bourne

On ne remerciera jamais assez Doug Liman et Paul Greengrass pour leur contribution salvatrice au film d’espionnage. Il faut dire que le genre était lourdement handicapé par l’affligeante médiocrité de la série des James Bond et autres pantalonnades hollywoodiennes.  

En 2004, David Mamet, le grand dramaturge et cinéaste américain, a donc profité du coup de balai donné par le premier épisode des aventures de Jason Bourne, « La mémoire dans la peau » (2002), pour réaliser « Spartan ». On y découvre un Val Kilmer en inquiétant ancien membre des Marines, sorte d’atout ultime à dégainer lors des situations inextricables. Chargé d’une mission ô combien délicate, il se révèle aussi dangereux de Bourne, moins spectaculaire sans doute, et surtout plus sobre que Jack Bauer (je ne faisais pas référence à la vie mouvementée de Kiefer Sutherland !). 

Mais comme toujours chez Mamet, l’important n’est pas dans l’action – il n’y en a d’ailleurs pas tant que ça – mais dans l’intrigue et dans le double-jeu des personnages.

Dramaturge reconnu, scénariste de talent (“Les Incorruptibles”, de Brian De Palma, en 1987, c’est lui), David Mamet aime à bâtir des intrigues complexes à l’aide de personnages ambigus, loin des clichés mille fois vus. Cette approche lui a permis de réaliser un polar méconnu en France, « Homicide » (1991),

puis “Glengarry Glen Ross” (1992) à la distribution exceptionnelle (cf. http://www.imdb.com/title/tt0104348/),

et surtout « La Prisonnière espagnole », un des films les plus remarquables qui soit sur l’art de la manipulation et qui devrait être montré à bien des fonctionnaires « spécialisés » français. 

 

« Spartan », loin de disposer des moyens de la série des Bourne ou de « Spy Game » (Tony Scott, 2001), nous montre une opération spéciale sobre montée dans la précipitation, comme souvent… Rien que pour ça, il faut voir ce film.

« Alive day mémories: home from Iraq »

La capacité de l'Empire à regarder son passé ne cesse de m'impressionner. Pour un esprit européen, il s'agit probablement de voyeurisme, mais j'y vois, pour ma part, une démarche relevant de l'auto-exorcisme.

En 1987, Bill Couturié avait débauché quelques uns des plus grands noms du cinéma pour lire, dans le remarquable film "Dear America: Letters from Vietnam", des lettres d'anciens combattants (cf. http://finnish.imdb.com/title/tt0092851/). 

 

 

 

En 2007, James Gandolfini, l'immense Tony Soprano, se lance à son tour dans le documentaire guerrier en interviewant 10 vétérans de l'intervention en Irak.

 

Loin d'être une approbation des buts de guerre, et surtout des motifs avancés par l'Administration Bush, le film, qui est produit par HBO et très sobrement présenté par Gandolfini, nous place face à des anciens combattants, dont plusieurs sont revenus d'Irak sévèrement blessés. Leurs récits sont émouvants et en disent long sur le sacrifice consenti. Nous sommes loin des lourdes charges antimilitaristes de quelques staliniens attardés ou des délires guerriers d'apprentis commandos.

A voir, à revoir, et à méditer.

 

 

Opération Phantom Fury

Le 7 novembre 2004 débuta la seconde bataille de Fallouja. Connue sous les noms d’opération Phantom Fury et Al Fajr (http://en.wikipedia.org/wiki/Second_Battle_of_Fallujah), cet affrontement a opposé un ensemble de forces américaines et irakiennes à des insurgés soutenus par des jihadistes étrangers. La bataille, qui constitue une victoire de la Coalition, est également considérée dans la mouvance jihadiste comme un fait d’armes comparable à la bataille de Jaji en Afghanistan. Le colonel Dick Camp, ancien de l’USMC, en a livré sa vision dans « Operation Phantom Fury, the assault and capture of Fallujah, Iraq ».

Ce reportage de CNN donne quant à lui un aperçu de la bataille, dont on trouvera une présentation acceptable sur Wikipedia (Cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Second_Battle_of_Fallujah) :

Aucune personne sensée ne s'étonnera donc en apprenant que cet affrontement a été une épouvantable boucherie, des soldats américains surarmés - et bien plus combatifs que ne pourrait le supposer le démographe omniscient Emmanuel Todd) contre des insurgés fanatisés. Par bien des aspects, ce combat a probablement ressemblé à aux scènes finales d'"Aliens", de James Cameron. Parmi les soldats de l'US Army se trouvait David Bellavia, un sergent qui a choisi de raconter dans toute sa crudité et sa violence cette bataille. Son récit, "Fallouja !", vient de paraître et sa lecture est très instructive.

On me pardonnera de préférer le titre original, « House to house », qui décrit bien l’âpreté d’une lutte que les officiels américains comparent à la (re)prise de Hué en 1968 et qui, par certains traits, rappelle Stalingrad. Bellavia, qui après avoir fait du théâtre, a rejoint l’US Army, n’est pas un enfant de choeur et sa description des combats est précise, sans fausse pudeur. Fait intéressant, Bellavia évoque franchement l’emploi de phosphore blanc par les troupes US, dans un environnement dépourvu de civils, et répond à sa manière à la polémique née du documentaire italien Fallujah: the hidden massacre. Ce film est d’ailleurs téléchargeable à l’adresse suivante :

http://www.democracynow.org/2005/11/8/u_s_broadcast_exclusive_fallujah_the

Pour ceux qui pensent que la guerre est joyeuse, des témoignages brutaux et indispensables - ne serait-ce que pour la découverte du concept, fascinant, de Bâtiment Explosif Improvisé...

XIII : incompréhensible compilation

Les Français adorent les feuilletons, songez à Dumas, Balzac, Sue, etc. Mais cet amour des sagas, cette soif de rebondissements les conduisent parfois à porter au pinacle des œuvres surévaluées. C’est le cas de la série XIII, de Jean Van Hamme et William Vance (cf. http://www.treize.com/).

Comme vous peut-être, j’ai adoré les premiers albums et je dois avouer avoir passé une après-midi de révisions (en DEUG ? en licence ? je ne sais plus) à dévorer la première partie de la saga. Mais après Rouge total (1988), 5e épisode de la série, j’ai vraiment cru que la messe était dite. Pas du tout. La saga continue, elle a même atteint le tome 19, mais à quel prix ?

Sans doute grisés par le succès, peut-être attachés à leur personnage, tentés par la promesse de gains conséquents, les auteurs ont transformé ce qui n’était déjà qu’une compilation de faits historiques en un salmigondis indigeste où le meilleur des enquêteurs ne peut que se perdre.

Regardons les choses de plus près. Un homme est retrouvé inconscient en mer, porteur d’un mystérieux signe, ça ne vous rappelle rien ? Moi, ça me rappelle La mémoire dans la peau (The Bourne identity) de Robert Ludlum, publié en… 1980.

Ludlum, pour ce roman – le premier de la trilogie – s’était inspiré d’une superbe manœuvre d’intoxication du Reich conduite par les services britanniques sous le nom d’opération Mincemeat (cf. dans un français laborieux : http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Mincemeat).

 Les auteurs de XIII ne sont même pas remontés à cette opération et ont fait démarrer leur intrigue d’une façon assez semblable. Et ils y ont ajouté l’affaire Kennedy. Soyons honnête : ça marchait très bien pendant les 5 premiers albums, mais c’est après que ça se gâte. Les personnages sont caricaturaux (jusque dans leur physique) et on se perd dans les innombrables identités d’un homme qui, en toute logique, aurait dû devenir fou un paquet de fois après toutes les révélations sur son passé. Les soubresauts de l’enquête de Ross Tanner sont initialement intéressants, puis préoccupants, et deviennent finalement comiques tant ils enlèvent à chaque péripétie un semblant de crédibilité à l’histoire. Pour des auteurs désireux de recréer la réalité, l’échec est de taille.

Mais une bonne idée n’est jamais gâchée, et en 2002 Doug Liman adapte au cinéma The Bourne identity (avec Matt Damon, Chris Cooper et Brian Cox).

On est loin du téléfilm avec Richard Chamberlain… En 2004, le flambeau est repris par Paul Greengrass, un fin connaisseur de l’espionnage puisqu’il est le co-auteur, en 1988, du classique de la littérature consacrée au renseignement Spy Catcher, dans lequel Peter Wright y expose sa version de la guerre froide.

Paul Greengrass, qui a réalisé en 2002 le remarquable Bloody Sunday, donne au film d’espionnage une claque salutaire et renvoie James Bond à la préhistoire. Les producteurs de la franchise ne s’y tromperont d’ailleurs pas, et Casino Royale doit bien plus aux aventures de Jason Bourne qu’aux 40 années de gadgets idiots et de jolies filles pas moins idiotes de 007. Evidemment, à bien y regarder, entre The Bourne Supremacy et Live and let die, le choix est vite fait !

Greengrass conclut la trilogie en 2007 par le tonitruant The Bourne ultimatum. Il a, entre temps, réalisé Flight 93, un film étonnant sur les attentats du 11 septembre.

Gagnés à leur tour par le cinéma, les créateurs de XIII se sont risqués en 2008 à Hollywood, qui a produit une minisérie télévisée, XIII: The conspiracy, disponible en janvier 2010 en DVD en France. La simple bande-annonce vous permet de mesurer l’impact de Liman et de Greengrass sur l’univers décidément très influençable de XIII.

Mais nous n’allons pas nous quitter fâchés. Je vous laisse avec Extreme ways de Moby, le morceau fétiche de la trilogie Bourne.

Vous reprendrez bien quelques navets ?

Les années 80 ont été de belles années.D'abord, ce furent celles de mon adolescence, studieuse, rangée. Ce furent celles de la défaite de l'URSSS, celles d'un monde qui paraissait simple tant nous ne portions aucune attention au sud de la planète et à ses désespoirs. Ce furent celles de l'argent roi, de la pop clinquante, de la mode ridicule, concours de coiffure pour tout le monde, celles de The Cure et Depeche Mode, celles de la seconde partie du règne de Freddie Mercury, celles de Philip Glass. Ce furent de belles années pour le cinéma : Salavador, Platoon, Le retour du Jedi, Angel Heart, Mississippi burning, Nomads, Nocturne Indien, L'étoffe des héros, Amadeus, etc. Mais bon, dans le cinéma, il y a sans doute eu quelques déchets...Tenez, vous m'êtes sympathique, je vous dis tout : il y a eu deux gigantesques navets militaristes. D'abord, L'aube rouge, de John Milius (l'homme qui inspira aux frères Coen le personnage de Walter dans The big Lebowski...), avec la future fine fleur des séries B hollywoodiennes (cf. http://finnish.imdb.com/title/tt0087985/).

Pour ceux qui ont envie d'imaginer ce qu'aurait pu être une guerre en Europe au début des années 80, je conseille plutôt la lecture de "Tempête rouge", de Tom Clancy. Passons. Il y eut aussi Aigle de fer (en fait, il y en eut 4, le dernier étant tourné en 1995), un des plus mauvais films d'aviation de l'histoire.

Et pourtant, il partait bien, ce projet. Tourné en Israël avec le soutien de la Heyl Ha'Avir (qui prêta ses F-16 et ses Kfir et qui put en échange s'offrir un musée), le film souffrit de plusieurs handicaps majeurs : produit par le tandem infernal Golan-Globus, il ne disposait pas de ce qu'on appelle couramment un scénario. Joué par des nigauds, dont le phénoménal Jason Gedrick, il ne pouvait que provoquer l'hilarité. Dépourvu des moyens aériens initialement prévus (le C-130 de prises de vue ayant été raflé par les producteurs de "Top Gun"), il sentait bon le bricolage. Tourné par un très mauvais cinéaste, Sidney J. Furie, il n'était que l'accumulation des situations les plus éculées. Seul bon point, il disposait d'une chanson de Queen, One vision qui figure sur l'album A kind of magic. Si vous tendez l'oreille, vous entendrez d'ailleurs vers la fin la détonation sourde d'une postcombustion enclenchée. Rien de tel qu'une bonne odeur de kérosène pour oublier de tels navets.