Autant le dire d’entrée, je suis fan d’Hubert Maury, et la lecture de Diplomatie clandestine, son dernier roman graphique paru chez Glénat en 2025, n’a fait que confirmer mon admiration.

Fidèle à la zone pakistano-afghane, qu’il connaît bien et qu’il ne cesse de traiter depuis son premier ouvrage, Le Pays des purs (2017), l’auteur livre ici un récit où se mêlent contre-terrorisme et contre-espionnage. L’intrigue, maîtrisée et passionnante, est menée très habilement et permet de saisir les enjeux tout en laissant le temps de placer quelques scènes, particulièrement bien vues, qui disent beaucoup de l’ambiance dans un poste, de la vie à la Centrale, des gars bien taiseux de la DO, et des concours d’égo entre officiers traitants montants et descendants. On y croise même une analyste déjà vue ailleurs (air entendu).
Tous ces détails, qui manquent dans bien des recueils de souvenirs bidonnés parus depuis quelques années, sont présents ici, et ils devraient montrer à certains commentateurs à quel point ils sont loin du compte. La qualité de l’intrigue donne d’ailleurs au roman une valeur quasi documentaire, quand bien des séries télévisées qu’on nous inflige sur les plates-formes, réalisées avec le soutien revendiqué des autorités, se prétendent réalistes alors qu’elles sont au mieux délirantes, au pire parfaitement idiotes.
Mais, ce qui rend le trait et la plume d’Hubert Maury si attachants, c’est leur humanité. Il est certes question de de terrorisme, de jihadistes, de Taliban, de mercenaires américains aussi chevelus que brutaux, d’espions pakistanais plus qu’ambigus, de manipulations complexes, de sources capricieuses, de billard à trois bandes, mais il est aussi question de la vie des uns et des autres, de fraternité d’armes, d’amitié et d’amour, sans aucune mièvrerie.
Pour toutes ces raisons, on pardonnera à notre cher Hubert la préface de Marc Dugain, évidemment dispensable, et on ne pourra que vous conseiller de lire Diplomatie clandestine et de l’offrir.