Ce roman, pourtant récompensé par le Grand prix de l’Académie du renseignement – mention fiction en 2025, n’a sans doute pas eu l’audience qu’il méritait. Il s’agit pourtant d’un des plus remarquables récits d’espionnage écrits en français depuis des lustres, le genre de livre qu’on n’a du mal à abandonner et qui évite autant le spectaculaire idiot que les mièvreries.

Le Petit caporal, paru chez La Manufacture de livres, est signé Yann Zolets, le pseudonyme d’un auteur qui, de toute évidence, maîtrise tous les aspects du métier qu’il décrit. Il est question, ici, d’espionnage, de contre-espionnage, de taupes, d’illégaux, de traîtres, de manipulations et d’une guerre pas si froide contre une Russie au nationalisme enragé et dont les services se livrent une concurrence féroce et hors-de-contrôle.
Comme tout bon auteur de thriller d’espionnage, Zolets sait multiplier les points de vue – on pense souvent à Tom Clancy – tout en décrivant à merveille les mécaniques de recrutement et de manipulation. Digne hériter de Robert Littell, il sait rendre passionnant et intelligible le récit d’une opération complexe de renseignement sans occulter les tensions administratives, les querelles de personnes et les logiques stratégiques, un peu comme sut le faire Frederic Forsyth il y a 40 ans.
Roman, Le Petit Caporal est aussi un manuel dans lequel on parle de baïonnette (je n’avais pas lu ce terme technique depuis 20 ans), d’approche, de comptes rendus (une démarche essentielle qui n’est pas comprise par tout le monde – je me comprends –), de recrutement, de compromission, de pions qu’on sacrifie, de fichiers, d’archives et de détails. On y parle aussi de la DRSD, un service essentiel trop peu connu du public ou des différences de culture entre la SE et la SI et des querelles stériles qui les opposent parfois. On y apprend plus sur le contre-espionnage, ses logiques et ses règles dans ce roman que dans la plupart des textes scientifiques produits en France sur le sujet ou, par exemple, dans n’importe quel texte produit par le CF2R.
Le Petit caporal est donc une indéniable réussite, qu’il faut offrir et faire circuler, en attendant le prochain roman de son auteur.