Que la guerre est facile vue de Paris

« La meilleure arme contre la démocratie ? 5 minutes avec un électeur lambda », disait le grand Winston Churchill. A la lecture des commentaires des internautes sur l’affaire de nos otages en Somalie, force est de constater que le Premier ministre britannique avait fait preuve d’une cruelle lucidité en lançant cette plaisanterie.

Capturés le 14 juillet derniers dans l’hôtel le plus protégé de Mogadiscio, les deux agents de la DGSE ont immédiatement provoqué l’hilarité de leurs concitoyens, à peine remis sans doute des beuveries du bal des pompiers. Rares ont été les voix pour attirer l’attention des Français sur les risques insensés que couraient nos deux compatriotes dans les mains des groupes islamistes radicaux somaliens. Il a en revanche été fait largement mention d’une rumeur, infondée, selon laquelle les deux militaires se faisaient passer pour des journalistes. Il n’en était rien, comme l’a admis le gérant de l’hôtel et comme n’ont cessé de l’affirmer les autorités françaises.

Si les stratèges de comptoir abandonnaient la lecture de certains quotidiens sportifs, ils réaliseraient – peut-être – que les services secrets français sont un des moyens les plus sûrs que la République utilise pour rayonner et surtout pour se préparer au pire. Parfois qualifié de « Service d’Assistance » par les militaires de la DGSE, le Service Action (SA) regroupe en réalité la fine fleur de la chevalerie et procède en permanence à des missions de soutien, de reconnaissance, et s’entraîne à intervenir dans des régions que les internautes, si prolixes, ne placent même pas sur une carte, et dans des conditions qui n’ont rien à voir avec les aventures des bidasses de la 7e compagnie.

Mais si le Français a raison de ne pas aimer la guerre, surtout après le nombre sidérant de défaites subies ces derniers siècles et les tueries homériques du 20e siècle, il a tort de pratiquer un antimilitarisme teinté d’omniscience, ce trait de caractère gaulois qui fait de la France la patrie de Thierry Meyssan. Les remarques lues aujourd’hui sur nos deux agents sont en effet d’une étourdissante bêtise et révèlent l’ambivalence de nos concitoyens vis-à-vis de la chose militaire. Avides de gloire mais frustrés après tant de roustes, ils en sont réduits à idolâtrer des chauffeurs de taxi marseillais et à refaire les guerres devant un pastis. Surtout, ils n’ont pas de mots assez durs pour fustiger leurs alliés, américains et britanniques, et ils ne cachent pas longtemps leur fascination pour la Wehrmacht. Car le Français, beau parleur, a le discours d’un Empire avec les moyens d’une principauté d’opérette.

Que des militaires aient pu être capturés en soutenant le moribond régime somalien contre les jihadistes ou les pirates, voilà qui nourrit l’ironie de nos vétérans du dimanche. Que l’un d’entre eux se soit échappé, et c’est le délire, curieux mélange de gloire cocardière et de scepticisme ignare.

En réalité, les choses devraient être simples. L’internaute du Monde, du Figaro ou de Libération devrait admettre, une fois pour toutes, qu’il ne sait pas tout parce qu’il ne peut/doit pas tout savoir. Il devrait également accepter, comme votre serviteur, qu’il n’a pas son mot à dire pour des operations SECRETES, et que s’il a le droit de s’interroger, il devrait REFLECHIR avant de commenter des articles écrits à la va-vite. Internet devait tuer l’écrit. On n’a jamais autant écrit. Mais on n’a jamais écrit autant de c…

Quand le Canard Enchaîné sort de son champ de compétences.

« Hebdomadaire satirique paraissant le mercredi », le Canard Enchaîné est sans doute la dernière preuve que nous vivons dans une démocratie et pas dans une république bananière.

Pourtant, de temps à autres, probablement aveuglés par des certitudes idéologiques et une ignorance assez crasse des questions de défense, les journalistes du respecté palmipède se laissent aller à des déclarations hâtives. Ainsi, dans l’édition du jour, un certain P. L – sans doute Patrice Lestrohan – avance sans autre preuve que son propre parti-pris une affirmation plus que discutable sur le bilan de la CIA contre les dirigeants d’Al Qaïda.

Nul ne contestera l’échec du renseignement américain à l’occasion du 11 septembre 2001 – même s’il convient de blâmer d’abord le FBI, et s’il faut rester prudent dès que l’on parle de faillite du renseignement, surtout en France… J’y reviendrai.

Nul ne discutera non plus le caractère abject de certaines des pratiques de la CIA à l’encontre de ses prisonniers. La torture est indigne d’une démocratie – j’y reviendrai prochainement – et n’est de toute façon d’aucune utilité contre des prisonniers déconnectés de leurs réseaux. Dans d’autres circonstances…

Mais, hélas pour les amateurs plus ou moins éclairés du Canard, le bilan de la CIA contre les responsables d’Al Qaïda est bon, très bon même. Passée la stupeur devant l’ampleur de la catastrophe de septembre 2001, l’agence a su retrouver les méthodes du renseignement humain (HUMINT) et surtout est passée à l’action. L’élimination lors des premiers raids aériens sur l’Afghanistan de Mohamed Atef, alias Abou Hafs al Masri, l’adjoint d’Oussama Ben Laden, ou celle de Juma Namangani, émir du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO) ont montré la rapidité avec laquelle la CIA avait su tranformer en actions concrètes les renseignements recueillis par la NSA ou transmis par ses alliés. Les arrestations successives d’Abou Zoubeida ou de Khaled Sheikh Mohamed, comme les morts successives des émirs d’Al Qaïda en Irak, en Arabie saoudite ou au Pakistan, comme les disparitions prématurées de certains opérationnels au Yémen, aux Philippines ou en Somalie, ont largement fait la preuve de la santé retrouvée de la CIA. Les raids réguliers dans les zones tribales pakistanaises font peser sur l’état-major d’Al Qaïda comme sur les Talibans une pression à peine supportable. Même Oussama Ben Laden, malgré d’infinies précautions, semble avoir succombé aux coups vengeurs de l’Empire, soit directement grâce à impact direct de Hellfire, soit indirectement, la vieille carcasse du terroriste n’ayant pas résisté à cette fuite incessante.

L’agence va désormais devoir s’expliquer sur son obéissance aveugle aux ordres des hystériques conduits par Cheney. Mais il faudra bien veiller à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain…

La CIA et les « exécutions extra-judiciaires » : soit on fait la guerre, soit on ne la fait pas.

Je le dis tout net, tuer des terroristes lors d’opérations militaires en Algérie, dans le Sahel, en Somalie, dans le Golfe, en Irak ou en Afghanistan ne me pose pas de problème moral particulier. La tristesse liée à la mort d’un être humain est largement compensée par la satisfaction du devoir accompli, mais le membre d’un groupe terroriste tué ou capturé alors qu’il combat au sein d’une guérilla doit être considéré comme un combattant relevant des différentes conventions de Genève relatives au droit de la guerre, et non comme un « non-être juridique », selon les principes de l’Administration Bush.

Deux solutions s’offrent face à des groupes terroristes assez puissants pour contester la souveraineté d’Etats sur leurs territoires, comme au nord du Nigeria, en Somalie ou au Pakistan : la judiciarisation ou l’élimination. Pour ma part, j’ai choisi le pragmatisme.

La judiciarisation est la solution la plus acceptable, aussi bien moralement que politiquement. Je reste ainsi persuadé que les unités américaines présentes en Afghanistan en octobre 2001 auraient mieux fait de remettre leurs prisonniers au FBI, compétent dans le monde entier pour les questions de terrorisme, plutôt que de les confier aux agents de la DIA, le service de renseignement du Pentagone, que l’on sait incapable de mener une enquête sérieuse et encore moins un interrogatoire digne de ce nom. La remise des prisonniers à la justice américaine aurait permis d’éviter la création des fameuses prisons secrètes de la CIA – dont l’utilité fut, hélas, réelle, mais dans de bien difficiles conditions – et surtout l’apparition de ce cancer diplomatique qu’est le camp X-Ray de Guantanamo.

La judiciarisation n’est pas hélas pas toujours si simple ni si pratique. Souvenons-nous de Djamel Beghal, arrêté à Dubaï en juillet 2001, détenu illégalement et torturé par les services émiratis, avant d’être remis à la justice française dans de troubles circonstances… Ah, qui n’a pas rêvé devant un Transall sans cocarde se posant sur une base militaire du Golfe avec à son bord des membres de la DST. La justice emprunte parfois des voies bien tortueuses.

L’action clandestine, aux ordres du pouvoir politique, peut parfois avoir du bon. Dans certains cas, je suis au regret de dire aux belles âmes que l’élimination d’un terroriste par un groupe des forces spéciales ou par un service de renseignement peut avoir de bons côtés. Elégamment qualifiées par les Israéliens d’assassinats ciblés – mais je ne parviens pas comprendre ce que pourrait être un « assassinat non ciblé », ces opérations doivent être comprises comme des « retraits », comparables à ceux pratiqués par les « blade runners » sur les « répliquants » dans le roman de Philip K. Dick. Il s’agit de traiter une menace, de la gérer au mieux, et si possible d’éviter les dommages collatéraux.

La question de ces « retraits » est un défi moral et administratif majeur dans nos démocraties démobilisées par 60 années de paix et sclérosées par la « course aux honneurs », qui décourage l’initiative et favorise les hiérarchies sans énergie. Car quoi que l’on pense des donneurs d’ordre et de leurs ordres, il faut leur reconnaître le courage, si rare, surtout dans notre pays et dans certains de ses services, d’assumer leur commandement et d’en faire usage. Aux Etats-Unis, les moyens financiers colossaux et un réel sens du secret permettent parfois aux directeurs un peu nerveux de déléguer à d’autres le soin d’accomplir leurs missions.

La presse américaine a ainsi récemment récemment que la CIA avait, en 2004, confié à des prestataires extérieurs le soin de traquer et d’éliminer des émirs d’Al Qaïda. Et l’on apprend aujourd’hui que ces mystérieux prestataires n’étaient autres que les poètes de Blackwater, aimable société militaire privée (SMP, mais en France on dit « mercenaires », en tout cas pour l’instant), connue pour son goût du massacre de civils irakiens et la qualité plus que moyenne de ses employés.

Comme mus par un réflexe pavlovien, la presse et un grand nombre d’observateurs se déchaînent devant cette nouvelle preuve des dérives de la Présidence Bush. Mais que critique-t-on précisément ? Le recours à des mercenaires pour des missions relevant de la seule autorité de l’Etat, ou le fait que la CIA ait décidé d’éliminer clandestinement des responsables terroristes ?

La semaine dernière, le point le plus critiqué était le fait que les services américains avaient lancé un programme d’élimination, comme si le fait de vouloir abattre ces ennemis était répréhensible. Tous les services du monde font cela, pour la simple et bonne raison qu’ils ont été conçus pour cette mission. En France, les préparatifs de ces opérations sont bien connus dans le milieu militaire sous le sigle (ah ! les sigles militaires français…) de RFA : Reconnaissance à Fins d’Action (RFA). Ils sont régulièrement pratiqués, sans jamais aller au bout, jusqu’au jour où… Il y a, dans ces exclamations choquées, la preuve d’une candeur presque criminelle et un parti-pris moralisateur bien éloigné des réalités du monde.

En fait, le véritable scandale, dans cette affaire, ne réside pas dans le fait que la CIA ait voulu tuer des terroristes, mais bien dans le fait qu’elle ait « externalisé cette prestation », comme on externalise une cantine scolaire. En confiant à des « amateurs » le soin d’identifier puis d’éliminer des ennemis, la CIA a délibérément fui ses responsabilités, plus par crainte de l’échec que par désapprobation morale. Elle a surtout pris un risque politique majeur, et on ne peut que se féliciter que les quelques millions de dollars donnés par l’agence de Langley n’ait abouti à aucune action. Nul doute en effet que les employés de Blackwater auraient laissé derrière eux autant d’indices qu’une bande de scouts, et je ne parle même pas des éventuels échecs, bavures, etc.

Soyons donc clairs sur un point fondamental : quand on fait la guerre, ou du moins quand on a la prétention de la faire, il faut la faire soi-même. Il ne s’agit pas de confiance dans ses capacités, il s’agit d’honneur et de responsabilité. Confier à des nostalgiques des « Oies sauvages » de telles missions n’est ni plus ni moins que de la lâcheté.

 

NB : En réponse à une question du Docteur Ayman al Z, de Peswhawar (Pakistan), je me permets d’éclaircir encore ma position. Soit nous vous arrêtons et nous vous jugeons de façon impartiale, soit votre arrestation est impossible pour des raisons techniques et nous vous éliminons. La peine de mort ne pouvant être requise contre vous, nous vous offrons le risque d’une condamnation à la prison à vie en échange d’une occasion de vous expliquer sur la motivation de vos actes. Sinon, un groupe de soldats d’élite et un drone régleront la question de façon plus définitive. Dans les deux cas, il ne s’agit pas tant de rendre la justice que de gérer une menace.

Etrange défaite et étrange victoire

Je délaisse Al Qaïda pour vous signaler la réédition, prévue à la fin du mois de septembre, de l’étude d’Ernest R. May « Strange victory: Hitler’s conquest of France ».

Il s’agit d’un ouvrage indispensable, qui explique l’inexplicable, ce que Sir Basil Liddell Hart décrit dans son « Histoire de la Seconde guerre mondiale » comme la plus spectaculaire victoire militaire de l’ère moderne.

Et il ne vous aura pas échappé que May emprunte son titre à Marc Bloch, dont « L’étrange défaite » reste un chef d’oeuvre fondamental que chaque Français devrait avoir lu, et qui devrait figurer dans toute bibliothèque d’officier. Pour les admirateurs, je ne peux que conseiller ce site : http://www.marcbloch.fr/sommaire.html.

Afghanistan : les guerres de l’Empire

Un soldat français est mort hier en Afghanistan, et deux de ses camarades ont été blessés, lors de combats contre ceux que l'on appelle pudiquement les "insurgés", mais qui sont en réalité des Talibans auxquels se mêlent quelques jihadistes. Ces pertes, prélevées dans les rangs du 3e RIMa, incarnent tristement la réalité d'une guerre que les Français ne comprennent pas, par ignorance et aveuglement. Très révélateurs sont à cet égard les commentaires que l'on trouve sur les sites Internet du Monde et de Libération. On n'y entend parler que de guerre coloniale, de politique servile à l'égard des Etats-Unis, de combattants trop jeunes, etc.

Il n'est que temps de rétablir quelques vérités et d'asséner quelques coups aux dogmes que les Français, Munichois dans l'âme, ne cessent de véhiculer dans le vaste monde.

Chaque siècle a son centre de gravité géographique. Après la guerre civile européenne (1914-1945) entraînée par le conflit franco-prussien de 1870-1871, qui a mis l'Europe au centre du monde avant de sceller son déclin au profit des Etats-Unis, le Vieux Continent si cher à Dominique de Villepin dominait outrageusement les débats internationaux, ignorant le reste du monde ou au contraire le conquérant.

L'effacement de l'Europe, ou plutôt son changement de statut, la faisant passer de maîtresse du monde à l'enjeu d'une lutte entre deux systèmes, a laissé la place à une multitude de conflits nés de la décolonisation. L'Afrique a sombré, l'Amérique du Sud surnage, l'Extrême-Orient s'en sort haut la main, le Moyen-Orient se débat dans ses contradictions et les regards se tournent avec inquiétude vers l'Asie du Sud. Là convergent en effet toutes les tensions de notre monde : crises nucléaires, radicalismes religieux, nationalismes exacerbés, pauvreté extrême, etc.

Après les tentatives russes et britanniques au 19ème siècle, puis l'invasion soviétique de décembre 1979 et désormais l'intervention occidentale déclenchée en octobre 2001, l'Afghanistan demeure, plus que jamais, le centre du monde stratégique. La vitalité, ou les dérives, du débat d'idées dans l'Occident post-11 septembre placent également ce pays au coeur des polémiques. Comme aux temps de la Guerre froide s'affrontent, pour de bonnes et de mauvaises raisons, et avec de bons et de mauvais arguments, les partisans de l'intervention occidentale et ses détracteurs. Tout y passe, de l'antiaméricanisme le plus primaire au néoconservatisme le plus échevelé, tout cela teinté de radicalisme religieux, de tiers-mondisme réécrit et d'antimilitarisme imbécile - ou d'ignorance crasse de la chose militaire.

Les plus curieux pourront lire ce classique de Zbigniew Brzezinski, "Le grand échiquier", à la fois belle initiation à la géostratégie impériale et état du monde assez lucide, bien que sans doute légèrement daté.

On pourra également voir avec intérêt le film de Mike Nichols, "La guerre selon Charlie Wilson", certes un peu outré mais néanmoins éclairant. Je préfère pour ma part les livres de Peter Bergen, voire le chef d'oeuvre de Robert Littell "La Compagnie". 

Mais attaquons-nous, comme promis, aux fadaises que l'on lit ici et là :

1/ L'intervention américaine en Afghanistan est une entreprise illégale.

Déclenchée le 7 octobre 2001 par les Etats-Unis sous le nom d'opération "Enduring Freedom", l'intervention contre les Talibans est une riposte aux attentats du 11 septembre 2001 à New-York et Washington. Seuls des individus à l'intellect limité et/ou aux motivations douteuses osent encore affirmer que ces attentats sont le fruit d'un complot américano-israélien dont la finalité change régulièrement en fonction des réfutations. Cette opération est validée par les Nations unies par deux résolutions (analyse contestée par le collectif Echec à la guerre, cf. http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=49, qui oublie en passant la Résolution 1267 de 1999 établissant un lien direct entre le régime des Talibans et Al Qaïda et sanctionnant les deux entités et suggère que les Etats-Unis ne disposent d'aucune preuve contre Oussama Ben Laden, mais passons) et endossée par l'OTAN.

Cette intervention militaire, qui entraîne la chute rapide du régime talêb, conduit les factions afghanes à se réunir à Bonn en décembre 2001 sous les auspices de l'ONU. Celle-ci crée, le 20 décembre 2001, par la résolution 1386, l'International Security Assistance Force (ISAF, cf. http://www.nato.int/ISAF/topics/mandate/unscr/resolution_1386.pdf) qui ne se substitue pas à Enduring Freedom mais est censée la compléter en rétablissant un semblant d'ordre en Afghanistan (cf. http://www.nato.int/ISAF/docu/official_texts/index.html). Les troupes françaises, présentes dans le pays AVANT les attentats, puisque le commandant Massoud, assassiné le 9 septembre 2001, disposait d'un détachement de membres de la DGSE, ne participent pas aux premiers combats au sol mais interviennent dans les airs (raids) et sur mer (patrouilles en mer d'Arabie).

La décision de soutenir les Etats-Unis dès ce moment n'est nullement le fait du Président Sarkozy, alors réfugié à Neuilly, mais celle, CONJOINTE, du Président Chirac et du Premier ministre Jospin. A part quelques voix isolées à l'extrême-gauche et à l'extrême-droite et les habituels exaltés et autres nostalgiques, personne ne s'oppose à cette intervention...

2/ L'intervention occidentale est illégitime.

Tous les arguments des apprentis juristes au sujet de l'Afghanistan se heurtent à un écueil de taille : l'émirat talêb n'a jamais fait l'objet de la moindre reconnaissance internationale, et il n'est pas absurde de considérer ce régime comme le premier Etat voyou dénoncé par l'ONU. Seuls au sein de la communauté internationale, le Pakistan, les Emirats Arabes Unis et l'Arabie saoudite avaient en effet reconnu en 1996 la prise du pouvoir à Kaboul par les étudiants en religion, aussi bien pour des raisons stratégiques qu'idéologiques et religieuses. Dans ces conditions, l'intervention occidentale dans le pays est parfaitement légitime, puisqu'elle s'en prend à un régime illégal, qui plus est dénoncé pour ses innombrables exactions : exécutions publiques, soutien à Al Qaïda, destruction de trésors de l'humanité comme les Boudhas de Bamyan (avec la complicité amicale de l'armée pakistanaise, soit dit en passant).

Considérant donc que ce régime n'avait aucune existence légale et qu'il représentait une menace aussi bien pour sa population que pour de nombreux Etats, la Coalition engagée dans le pays, aux côtés des Etats-Unis dans Enduring Freedom comme au sein de l'ISAF, fait ce que les Européens n'ont pas su faire dans les années '30 contre le IIIe Reich naissant.

3/ Aucune menace ne provient d'Afghanistan

Les esprits purs qui dénoncent cette intervention affirment également qu'aucune menace terroriste ne provient d'Afghanistan. Je laisse de côté les théories conspirationnistes qui relèvent de la psychiatrie pour me concentrer sur quelques faits pour le moins troublants, mais sans doute ignorés, ou "oubliés", de nos stratèges en chambre.

- Dès 1997, la justice française diffuse une commission rogatoire internationale (CRI) consacrée aux "volontaires afghans", c'est-à-dire aux islamistes radicaux ayant reçu dans le pays un entraînement paramilitaire ET un endoctrinement jihadiste. Souvenons-nous que les enquêteurs de la DST ayant travaillé sur l'attentat de Port-Royal (3 décembre 1996 à Paris) ont remonté la trace de la lettre reçue à l'Elysée et exigeant la conversion du Président Chirac à l'islam. Et cette piste nous conduit tout droit aux camps pakistanais abritant les jihadistes arabes alliés aux Talibans. Faut-il y voir un complot ?

- En 1998, les services de renseignement français obtiennent de haute lutte de leurs homologues pakistanais les factures détaillées du téléphone utilisé par Abou Zoubeida, le responsable des filières de volontaires d'Al Qaïda. L'étude de ces listings permettra de découvrir 1/ que le réseau téléphonique des Talibans est entièrement pris en charge par l'Etat pakistanais 2/ surtout que les appels d'Abou Zoubeida concernent le gotha de l'islamisme radical mondial. Pas un terroriste un tant soit peu sérieux qui ne soit appelé par Abou Zoubeida. Et inversement, les perquisitions et arrestations effectuées en Europe, au Canada, au Moyen-Orient, en Afrique de l'Est ou en Asie du Sud-Est révèlent que le numéro de téléphone de notre ami est connu de tous les terroristes. "Il n'y a pas de menace en Afghanistan", comme l'aurait dit un colonel que j'ai bien connu ? Difficile d'expliquer alors pourquoi les jihadistes arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à attaquer l'ambassade américaine à Amman, la cathédrale de Strasbourg, ou les stades de la coupe du monde de football en France en 1998 gardaient le numéro d'Abou Zoubeida au fond de leur portefeuille. Sans doute pour parler du temps... Tous ces individus ont reçu dans les camps afghans un entraînement et un endoctrinement solides dispensés par de grands opérationnels d'Al Qaïda et par les idéologues du Londonistan. Alors, pas de menace ?

Mais il y a plus grave encore. Les "Afghans arabes", comme on les appelle dans les services, ont profondément déstabilisé l'Algérie ou l'Egypte dans les années '90 en y important leur volonté de mener le jihad mondial et d'y instaurer des régimes islamistes radicaux. Faut-il penser, comme François Burgat, que nous aurions dû laisser leur chance à ces expériences ? Ou faut-il, comme votre serviteur, considérer qu'il faut soutenir les Etats confrontés à une telle menace - mais en leur demandant des comptes, ce que la France ne fait jamais.

Les attentats du 11 septembre ont été planifiés en Afghanistan, quoi qu'en disent certains gourous pédophiles et ufologues ou des pacifistes qui tueraient pour leur auto-radio. Mais ils ne sont pas les seuls. Le projet de Richard Reid contre le vol American Airlines 63 du 22 décembre 2001, l'attentat contre la synagogue de la Ghriba le 11 avril 2002 à Djerba ou les attentats du 7 juillet 2005 à Londres ont été organisés depuis le sud de l'Afghanistan et les zones tribales pakistanaises.

4/ Les talibans ont été créés par la CIA.

Là, il faut reconnaître un point important et je vous invite à lire avec attention les lignes qui vont suivre. Non seulement les Talibans ont été créés par la CIA, mais des travaux récents indiquent même que le Prophète serait en réalité un agent de la CIA projeté dans le passé grâce aux machines extra-terrestres stockées dans la zone 51, au nord de Nellis AFB (Nevada). Une autre hypothèse indique que le Prophète serait un agent byzantin, mais la vidéo du 7e siècle promise par Thierry Meyssan n'est pas visible sur un lecteur DVD zone 2. 

Soyons sérieux. S'il est exact - et nullement caché - que les Etats-Unis ont apporté leur soutien au projet ARS/EAU/Pakistan de financer la résistance afghane en jouant sur l'islam, il est tout autant avéré que les Etats-Unis, comme la France ou le Royaume-Uni qui étaient dans le coup, ont été abusés par ces trois Etats musulmans radicaux qui ont profité de l'argent occidental pour financer le développement de l'islam radical à leur profit, essentiellement contre l'influence iranienne. Mais justement, d'où provient cet islam radical ? La CIA a-t-elle créé la Confrérie des Frères Musulmans en 1928 en Egypte ? Ou alors l'école de pensée déobandie ? La CIA a-t-elle inspiré le grand juriste al Mawardi (10e siècle) qui écrit que le 6e devoir incombant à l'imam est la conduite du jihad, "contre ceux qui refusent d'embrasser la religion musulmane" et "afin de permettre à l'islam de l'emporter sur les autres religions" ?

Il faut donc revoir quelques fondamentaux et poser les choses avec froideur. Oui, la guerre en Afghanistan est une guerre impériale. Il s'agit pour l'Empire de porter le combat chez l'ennemi et donc de ne pas l'attendre sur nos fragiles remparts. Nous sommes là face à une classique stratégie romaine consistant à dépasser le limes pour soumettre des barbares sans conquérir leur territoire. C'est ce que l'Occident fait dans les Balkans depuis près de 20 ans, et pour encore 20 ans. En Afghanistan, il faut évidemment abandonner le projet idiot de vouloir imposer à des populations que nous ne comprenons pas nos modes de vie et de gouvernement, mais il faut par ailleurs poursuivre nos actions de combat. A ce sujet, les parlementaires britanniques ne s'y sont pas trompés, en critiquant vertement l'engagement de l'ISAF et l'absence totale de début de mise en oeuvre du projet officiel de "nation building". Paradoxalement, les opérations purement militaires d'Enduring Freedom pourraient bien être les plus productives, à la fois en éliminant des adversaires et en clarifiant la situation par une accélération de la crise régionale. N'oublions pas que la crise religieuse et ethnique qui secoue l'Afghanistan ET le Pakistan est un héritage direct de la partition de l'Empire britannique des Indes en 1947 et qu'elle couve, de façon plus ou moins spectaculaire, depuis cette date. Après tout, le Pakistan est avant un tout un Etat confessionnnel et il est naturel qu'il soit touché par la profonde crise que connaît l'islam.

Alors, oui, bien que cela soit d'une infinie tristesse, il faut continuer à se battre en Afghanistan, à y tuer des Talibans et des jihadistes tout en tentant, tant bien que mal, d'y appliquer les doctrines classiques de la contre-guérilla. Et il convient surtout de rendre hommage à nos soldats - et se rappeler, contrairement à ce que pensent certains internautes, que les combattants sont TOUJOURS jeunes. Mourir à 22 ans est évidemment une tragédie, mais je vois mal un retraité courir de rocher en rocher avec son Famas, et j'en connais même qui ne sauraient pas le faire à 30 ans...

J'ajoute pour finir qu'hier le Monde a également annoncé la mort au Pakistan de six chrétiens accusés d'avoir profané le Coran, mais les Français semblent trouver cela parfaitement normal. Sans doute une de ces aimables coutumes orientales que Kippling évoquait dans ses nouvelles...

Robert Redeker et le Prophète

Profitons des vacances pour revenir sur une affaire déjà ancienne : les menaces de mort proférées par les islamistes radicaux à l’encontre du philosophe français Robert Redeker.

Le 19 septembre 2006, Redeker publie dans Le Figaro un article intitulé : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ». Révélant une méconnaissance crasse de l’histoire musulmane, Redeker, au lieu de s’en tenir à son sujet – d’une toujours brûlante actualité – se laisse entraîner à des écarts de langage à la fois inutiles et dangereux.

Une phrase, surtout, pose problème : « Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. »

Aveuglé par l’ignorance et sans doute par un parti-pris idéologique et religieux, Redeker réécrit les premiers temps de l’histoire musulmane et se trompe donc de cible. Au lieu de s’en prendre aux adeptes de l’islam le plus radical et le plus intolérant, Redeker attaque son prophète. On voit mal un adversaire du christianisme attaquer le Christ, alors qu’il y aurait par ailleurs tant à dire sur les dérives que l’Eglise a connues au fil des siècles.

Mais revenons aux propos de Redeker sur le prophète :

– « Chef de guerre impitoyable » : Chef de guerre, Mahomet/Muhammed l’est certainement, mais rien n’indique qu’il ait été sans pitié. A la tête d’unê troupe de fidèles, il doit en effet mener des durs combats contre ses adversaires. Cela fait-il de lui un chef sanguinaire ? Non. Est-il moins brutal que certains des personnages de l’Ancien Testament ? Non.

– « Pillard » : Le prophète, comme le rapporte Nikita Elisséeff dans son ouvrage de référence « L’Orient musulman au Moyen-Âge. 633-1260 », s’est en effet livré à des razzias contre des caravanes. Je me permets de citer Elisséeff, peu suspect d’islamophobie :

« La situation matérielle des Emigrants est difficile à Médine. Les Emigrants n’avaient pas de terre à travailler et ils ne pouvaient pas aller se louer comme ouvriers chez les juifs : il n’y avait qu’une issue, les razzias et le butin. C’étaient des opérations de pur brigandage qui n’avaient rien de la guerre sainte. On décide d’attaquer les caravanes de La Mecque et les nomades, pour avoir quelques revenus et pour gêner l’économie de la grande cité. » On en donc loin, là aussi, d’un brigand.

– « Massacreur de juifs » : Initialement allié des juifs de la Péninsule (rappelons-nous que la prière se fait initialement en direction de Jérusalem, et que l’Ancien Testament est souvent cité dans le Coran), le Prophète entre en lutte avec les tribus juives, comme d’ailleurs avec les chrétiens. Des combats ont lieu, mais ils sont tout autant, sinon plus, motivés par la lutte politique en cours que par un quelconque antisémitisme ou antijudaïsme. Faire ainsi un raccourci de 1400 ans entre les premières années de l’islam et les exactions des salafistes est une injure et une erreur.

– « Polygame » : Force est de reconnaître que sur ce point Redeker a raison. Mais la polygamie, qui dans la région ne naît pas avec l’Islam, est toujours pratiquée. Condamnable – et condamnée – dans nos sociétés occidentales comme dans les pays musulmans modernes, cette pratique doit être replacée dans son contexte social. Accuser le Prophète de polygamie est un simplement un anachronisme, indigne d’un scientifique.

Menacé par des islamistes radicaux pour ses propos, Redeker a reçu un soutien des intellectuels français, non pour la qualité de ses travaux (!) mais pour le principe. Chacun doit en effet être libre de critiquer une religion, mais deux facteurs demeurent indispensables pour se livrer à cet exercice :

– la rigueur intellectuelle

– le respect minimum des croyances

Evidemment, les esprits chagrins me diront que les propos de Redeker, pour imbéciles et insultants qu’ils aient été, ne sont rien en regard des attaques continuelles auxquelles se livrent les islamistes radicaux contre le judaïsme, le christianisme, l’hindouisme et plus généralement tout ce qui n’est pas musulman. Mais là, justement, réside notre force : à l’obscurantisme répond l’honnêteté et le respect – qui ne saurait être confondu avec de la faiblesse. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce n’est pas mon genre…

Moines de Tibéhirine : qui sont les témoins ?

Comme les rediffusions de « La grande vadrouille » occupent régulièrement les écrans de la télévision française, l’affaire des moines de Tibéhirine revient régulièrement à la une de notre presse, à l’occasion de révélations toujours plus fracassantes et toujours plus tardives d’individus prétendant savoir.

Mais il leur manque une qualité essentielle : qu’ont-ils vu ? qu’ont-ils entendu ? étaient-ils avec les agents de la DST à Alger ? Ceux de la DSGE à Londres avec le Mi-5 à tenter d’obtenir des rédacteurs d’Al Ansar des informations sur les auteurs du rapt ? Ou alors étaient-ils membres du COS, prêts à intervenir en hélicoptère dans les maquis de Médéa pour exfiltrer les moines ?

Non. Voilà nos témoins :

  1. Le général Buchwalter, ancien Attaché de défense, déjà auteur il y a quelques mois d’une interview anonyme dans un quotidien italien dans laquelle il exposait la même thèse. 2 remarques s’imposent d’emblée : le général ne semble pas envisager qu’il puisse être manipulé – et on retrouve là la délicieuse candeur teintée d’arrogance de certains officiers français, seuls découvreures/détenteurs de la vérité. Et de plus, le jour où la Direction du Renseignement Militaire (DRM), gestionnaire de nos AD, se montrera capable de gérer des sources humaines, la terre aura sans doute changé de sens de rotation.

  2. Le père Armand Veilleux, procureur général de la congrégation de l’ordre des Cistrerciens en 1996, qui dans une longue interview au Figaro Magazine (!), aligne avec la certitude de ceux qui ont la foi une liste d’idioties à faire pâlir. N’ayant évidemment rien vu lui-même, il cite Abdelkader Tigha, un ancien des services algériens dont la DGSE n’a pas voulu comme source tant l’homme paraissait suspect, exalté et prêt à tout pour faire passer ses thèses. Dans le même article, le père Veilleux, que l’on espère plus à l’aise en théologie qu’en recueil de renseignements, affirme avec aplomb que « les deux services [français et algériens] travaillaient toujours ensemble. (…). Si ce vrai-faux enlèvement est une répétition  de celui des années précédentes, cela signifie que, comme celui des années précédentes, il aurait été planifié par les services algériens et français ». On croit rêver ! 2 questions pourtant : de quels services français parle-t-on ? Sans doute pas de la DGSE qui a toujours entretenu avec les services algériens des relations extrêmement difficiles et tendues. Et quelles sont les preuves avancées pour oser affirmer, acte d’une rare gravité, que les services de la République sont impliqués dans la mort de 7 citoyens français ? Le vieillesse est donc également un naufrage chez les religieux…

  3. Les mêmes approximations sont véhiculées par Mohamed Samraoui dans « Chronique des années de sang », délire dans lequel on apprend que Djamel Zitouni, émir du GIA, se promenait dans les couloirs des services à Alger avec son badge autour du cou.

Aucun de ces auteurs ou témoins n’a jamais rien vu de l’affaire des moines. La thèse de la manipulation, qui sert évidemment des intérêts politiques – comme le dit le juge Bruguière dans l’interview infra – illustre surtout l’incroyable suffisance de ceux qui osent parler d’un tel sujet tout en ignorant tout de la vie secrète des Etats. Il existe des témoins, il existe des archives – bien tenues d’ailleurs – et il existe des explications, mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre. Dans son article du Point daté du 9 juillet dernier, Mireille Duteil aurait mieux fait d’utiliser le conditionnel. De la part d’une journaliste française, l’excès d’affirmations nuit toujours à la crédibilité du propos, dans un pays où rien de ce qui s’écrit n’a pas été validé et relu 10 fois…

Infra : le texte de l’entretien de Jean-Louis Bruguière avec Christophe Barbier, de l’Express :

L’ex-magistrat antiterroriste Jean-Louis Bruguière est attaqué sur la manière dont il a instruit l’affaire des moines tués en 1996 en Algérie. Il répond à l’avocat des proches des victimes.

L’avocat des proches des moines de Tibéhirine, Me Patrick Baudouin, critique violemment, en particulier sur le site Mediapart, la façon dont vous avez instruit ce dossier. Vous auriez refusé d’entendre le général Buchwalter, qui affirme que les religieux ont été victimes d’une bavure de l’armée algérienne. Que répondez-vous ?

Je ne voulais pas évoquer cette affaire encore à l’instruction, mais ne peux me taire devant les propos mensongers et injurieux de Me Baudouin. Il affirme, par exemple, qu’il m’avait fourni le nom du général Buchwalter: c’est entièrement faux. L’avocat des parties civiles m’avait adressé une longue liste de personnes à entendre, allant d’Alain Juppé à un spécialiste belge du terrorisme. Le responsable de la DGSE et l’attaché militaire de l’ambassade de France en Algérie figuraient sur la liste, mais sans leurs noms. Le second, à l’époque, n’a jamais évoqué une participation de l’armée algérienne comme il le fait aujourd’hui. Je rappelle que le général Buchwalter pouvait à tout moment me contacter, je l’aurais entendu sur-le-champ. Il a tout de même mis treize ans pour se manifester auprès de la justice. J’ai entendu à l’époque le général Rondot, mais sa déposition n’a pas, selon toute vraisemblance, plu à Me Baudouin, qui a ses bons et ses mauvais généraux!

Comme l’affirme Me Baudouin, avez-vous délibérément orienté l’enquête pour écarter la responsabilité des autorités algériennes?

Encore une formule inacceptable et mensongère! En réalité, depuis le début, cet avocat veut démontrer que les services algériens sont impliqués dans ces meurtres avec la participation de la France; la droite, alors au pouvoir, étant évidemment complice… Me Baudouin ne défend pas l’intérêt des victimes en se faisant de la publicité avec une polémique purement idéologique.

Qu’avez-vous fait ?

Il fallait étayer ce dossier. J’ai entendu le père Veilleux, le supérieur des moines. Ensuite, je me suis rendu en Algérie pour recueillir des éléments d’enquête. Cela n’a pas été facile, car Alger a refusé en 2005 une première commission rogatoire internationale, et j’ai dû batailler pour m’y rendre l’année suivante. J’ai ainsi récupéré notamment les communiqués du Groupe islamique armé (GIA), qui reconnaissait avoir enlevé et assassiné les moines. A mon retour, j’ai entendu les quatre personnes au plus près des événements. D’abord l’ambassadeur de France à Alger, Michel Lévêque, ce qui a aussi été difficile, car le diplomate à la retraite ne voulait pas se déplacer. Il a fallu que j’insiste pour qu’il change d’avis. J’ai aussi entendu Hubert Colin de Verdière, le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Hervé de Charette. J’ai ensuite reçu le général Rondot, parti à Alger pour le compte de la DST, et enfin Jacques Dewatre, le responsable de la DGSE. Me Baudouin a visiblement à peine regardé ces procès-verbaux, au point qu’aujourd’hui il parle du « général Dewatre », alors qu’il était préfet!

Dans son interview, Me Baudouin déclare que vous étiez à l’époque « intouchable », que vous faisiez « régner l’omerta » au palais de justice de Paris et que vous auriez fait « des pieds et des mains » pour obtenir ce dossier auprès de la chancellerie…

Autre déclaration délibérément calomnieuse et outrancière. L’omerta fait référence à la mafia italienne. De plus, cet avocat, pour les besoins de sa démonstration selon laquelle j’étais à la solde du pouvoir, va jusqu’à commettre une erreur de procédure qu’aucun avocat, même débutant, ne pourrait faire: ce n’est pas le ministère de la Justice qui attribue des dossiers aux juges d’instruction, mais le président du tribunal et, en l’espèce, celui de Paris. Me Baudouin n’a jamais déposé de requête en suspicion légitime pour obtenir un changement de juge, ce qui était son droit le plus absolu. Il aurait voulu choisir son juge, le service enquêteur et les faits qui vont dans le sens de sa démonstration politique. Ce n’est pas ainsi qu’on défend les intérêts des victimes ni ceux de la justice. Contrairement à ce que tente de faire croire Me Baudouin, je n’ai jamais été de parti pris et toujours ouvert au dialogue. Me Baudouin est un imposteur qui tente d’abuser de la crédulité de l’opinion publique.