« Is there a time to walk for cover/A time for kiss and tell/Is there a time for different colors /Different names you find it hard to spell » (« Miss Sarajevo », The Passengers)

Le 26 février s'est ouvert devant le TPIY de La Haye le procès du général serbe Tolimir. Ce délcieux militaire est jugé pour génocide après le massacre, en juillet 1995, de plusieurs milliers de musulmans bosniaques dans la ville de Sebrenica. Inutile de préciser que le général Tolimir plaide non-coupable.

Il est permis de s'étonner du silence de certains alors que se juge donc aux Pays-Bas un crime incomparablement plus grave que ceux commis en Palestine par les deux camps. Perpétré au coeur de l'Europe, ce massacre constitue la preuve, à mes yeux irréfutable, de l'échec des Nations unies en tant qu'organisation internationale de sécurité collective et la faillite, une fois de plus tragique, de la gestion par l'Europe de sa propre paix.

Ces massacres, comme tous ceux commis durant cette épouvantable guerre - mais ne le sont-elles pas toutes ? - ont entraîné, comme d'habitude, le retour au front des Etats-Unis et alimenté la réflexion néoconservatrice. J'ajoute que la guerre civile en ex-Yougoslavie a vu, et c'est un peu oublié ces temps-ci, l'Amérique porter secours à une population musulmane tandis que les Etats européens accordaient, presque par automatisme, leur confiance à leurs anciens alliés, croates pour les Allemands, serbes pour la France. Il faut d'ailleurs saluer ici la fermeté du Président Chirac au lendemain de son élection, en mai 1995. Sa volonté de ne plus subir avait singulièrement tranché avec l'attentisme coupable de son prédécesseur. 

La mobilisation des artistes pour telle ou telle cause m'a toujours semblé suspecte, et j'ai souvent envisagé ces démarches comme la manifestation d'egos surdimensionnés et la volonté de faire un peu de pub. Pourtant, en 1995, l'enregistrement par U2 et Luciano Pavarotti de "Miss Sarajevo" a été un véritable choc artistique et moral.

Comme humble hommage aux victimes de cette guerre et rappel de notre échec collectif à sauver des milliers de Bosniaques, je me permets de poster ici cette chanson.

Les historiens jugeront peut-être que nous sommes partis combattre en Afghanistan, ou ailleurs, pour ne plus porter sur nos visages le rouge de la honte et de la capitulation devant la barbarie.

Vous reprendrez bien quelques navets ?

Les années 80 ont été de belles années.D'abord, ce furent celles de mon adolescence, studieuse, rangée. Ce furent celles de la défaite de l'URSSS, celles d'un monde qui paraissait simple tant nous ne portions aucune attention au sud de la planète et à ses désespoirs. Ce furent celles de l'argent roi, de la pop clinquante, de la mode ridicule, concours de coiffure pour tout le monde, celles de The Cure et Depeche Mode, celles de la seconde partie du règne de Freddie Mercury, celles de Philip Glass. Ce furent de belles années pour le cinéma : Salavador, Platoon, Le retour du Jedi, Angel Heart, Mississippi burning, Nomads, Nocturne Indien, L'étoffe des héros, Amadeus, etc. Mais bon, dans le cinéma, il y a sans doute eu quelques déchets...Tenez, vous m'êtes sympathique, je vous dis tout : il y a eu deux gigantesques navets militaristes. D'abord, L'aube rouge, de John Milius (l'homme qui inspira aux frères Coen le personnage de Walter dans The big Lebowski...), avec la future fine fleur des séries B hollywoodiennes (cf. http://finnish.imdb.com/title/tt0087985/).

Pour ceux qui ont envie d'imaginer ce qu'aurait pu être une guerre en Europe au début des années 80, je conseille plutôt la lecture de "Tempête rouge", de Tom Clancy. Passons. Il y eut aussi Aigle de fer (en fait, il y en eut 4, le dernier étant tourné en 1995), un des plus mauvais films d'aviation de l'histoire.

Et pourtant, il partait bien, ce projet. Tourné en Israël avec le soutien de la Heyl Ha'Avir (qui prêta ses F-16 et ses Kfir et qui put en échange s'offrir un musée), le film souffrit de plusieurs handicaps majeurs : produit par le tandem infernal Golan-Globus, il ne disposait pas de ce qu'on appelle couramment un scénario. Joué par des nigauds, dont le phénoménal Jason Gedrick, il ne pouvait que provoquer l'hilarité. Dépourvu des moyens aériens initialement prévus (le C-130 de prises de vue ayant été raflé par les producteurs de "Top Gun"), il sentait bon le bricolage. Tourné par un très mauvais cinéaste, Sidney J. Furie, il n'était que l'accumulation des situations les plus éculées. Seul bon point, il disposait d'une chanson de Queen, One vision qui figure sur l'album A kind of magic. Si vous tendez l'oreille, vous entendrez d'ailleurs vers la fin la détonation sourde d'une postcombustion enclenchée. Rien de tel qu'une bonne odeur de kérosène pour oublier de tels navets.

Occupation et rock

Loin des consensuels concerts de charité et des concours de candeur, il arrive que le rock mette brutalement son énergie au service de causes nobles. En 2008, les Guns N’Roses ont sorti un album attendu depuis des années, « Chinese democracy », dont le titre éponyme a été illustré, avant l’offensive israélienne à Gaza, par un clip édifiant : 

En 1993, Rage Against The Machine avait publié un album remarquable dont un titre, "Freedom", fut illustré par un clip évoquant l'affaire Leonard Peltier (je vous renvoie d'ailleurs au lien de ce blog vers le site de l'AIM).

Hélas, les musiciens de RATM n'ont pas toujours su faire d'autant de discernement et ont, dans le clip de "Bomtrack", apporté un soutien plus que discutable aux terroristes du Sentier Lumineux.

Il sera poutant beaucoup pardonné aux rockers, surtout grâce aux Clash...