We were soldiers : récit d’un échec militaire, chronique d’un naufrage cinématographique.

Soyons clairs : on peut essayer de filmer des space-operas après Star Wars, mais c’est plus compliqué. Il en va de même pour les films sur la mafia après les chefs d’oeuvre de Coppola ou de Scorsese, les thrillers après David Fincher (The Game, Seven, Panic Room, Zodiac), Bryan Singer (The usual suspects) ou Michael Mann (Man hunter, Heat, Collateral).

Dans le cinéma de guerre, il existe ainsi quelques films qui sont autant d’étapes : Apocalypse now (Coppola), Platoon (Oliver Stone), Saving private Ryan (Spielberg), A thin red line (Terence Mallick), Black Hawk down (Ridley Scott). Mais il faut croire que certains cinéastes ne vont jamais au cinéma. C’est le cas de Randall Wallace, auteur en 2002 de We were soldiers, consacré à la bataille de Ia Drang, en 1965.  

Wallace, déjà auteur du scénario du film de Michael Bay Pearl Harbor et de la fresque de Mel Gibson Brave heart, est une sorte de sous-John Milius, obsédé par les notions de patriotisme, de sacrifice, et pour tout dire un militariste forcené.

Mais alors que Ridley Scott dans Black Hawk down, concentrait son film sur le récit d’un fiasco militaire en Somalie, et que Coppola dans Gardens of Stone évoquait le Vietnam vu de Washington, Wallace ne tranche pas et tente de tout traiter : la bataille de Ia Drang, les origines du conflit, la vie des familles à l’arrière, la naissance de la doctrine de l’assaut héliporté, etc.

Le résultat est évident : un fiasco intégral, prévisible dès la première scène, qui voit un détachement de l’armée française taillé en pièces en Indochine (les officiers portent des képis blancs, les paras de la Légion des béréts rouges ornés d’un insigne de l’infanterie, on sonne la retraite au clairon : du grand n’importe quoi).

Le reste du film est à l’avenant. Porté par un Mel Gibson omniprésent (le colonel Moore, auteur du livre qui inspire le film) plus messianique que jamais, le récit accumule les clichés et se rapproche parfois du calamiteux Green berets de John Wayne. Tourné aux Etats-Unis dans des paysages n’ayant rien de commun avec le site de la bataille, il ne parvient pas à reconstituer l’atmosphère si particulière des combats de cette guerre. Plus grave, le déroulement de la bataille est proprement incompréhensible, et la seule scène à sauver est celle où le colonel vietnamien constate, attristé, que les Américains, s’estimant victorieux, ne vont pas quitter le pays. Pour le reste, mieux vaut oublier ce film, ne serait-ce que pour ne pas avoir à contempler le visage refait de Madeleine Stowe, dont le chirurgien esthétique a sans doute fait ses classes sur la RC.4.

« Secret Défense » : palme du rire

Les écrans français ont récemment été envahis par un ambitieux polar français censé décrire, dans un touchant élan citoyen, les activités des services de renseignement engagés dans une lutte, évidemment sans merci, contre l’hydre jihadiste. Hélas, une fois de plus, le cinéma hexagonal, en tentant de copier les productions américaines, se couvre d’un durable ridicule. N’est pas Paul Greengrass qui veut, et il y a fort à parier que Secret défense ne marquera pas autant les esprits que les aventures de Jason Bourne.

Ne cachons pas plus longtemps que ce film de Philippe Haïm a provoqué dans la communauté nationale de la lutte anti terroriste un mélange rarement atteint de stupeur et de consternation. Magistrats, policiers, espions, tous ont ri à la seule lecture du scénario, et ceux qui ont eu l’insigne honneur de fréquenter les casernes du Boulevard Mortier n’ont pu que mesurer l’ampleur de la catastrophe cinématographique censée glorifier leur métier.

En réalité, tout dans ce film sonne faux, du chef terroriste en costume impeccable (rendez-nous Abou Koutada !) au chef du contre-terrorisme de la DGSE, tout en muscle et sans cervelle. Quant à l’opération d’infiltration au coeur du récit, on a peine à croire que quiconque ait pu envisager qu’une femme puisse infiltrer un réseau jihadiste. La simple lecture des ouvrages de Peter Bergen (http://www.peterbergen.com/bergen/) aurait pourtant dû renseigner le réalisateur. Mais celui-ci, pourtant vertement mis en garde par les plus hautes instances de la DGSE, s’est obstiné dans son délire, probablement aidé dans ce naufrage par certains de ses acteurs.

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Il n’aura en effet échappé à personne qu’au moins deux des seconds rôles du film sont des habitués des plateaux de télévision, sur lesquels ils mettent en avant leur imaginaire expérience du renseignement. Sans citer de noms, il est tout de même possible de préciser ici qu’un de ces apprentis comédiens se présente comme un vétéran du renseignement français alors qu’il n’a en réalité passé que quelques mois au SGDN (http://www.sgdn.gouv.fr/) pendant son service militaire et qu’il ne faisait dans cette vénérable institution que des photocopies. Quant à la « linguiste », il convient de préciser qu’elle a eu maille à partir avec le Ministère des Affaires Etrangères pour des raisons qu’elle se fera sans doute un devoir de préciser à l’occasion.

Mais broutilles que ces détails. L’important est ailleurs – tout comme la vérité, dit-on. 10 ans après le remarquable Couvre feu d’Edward Zwick  qui avait déjà tout prévu, et une série de films intelligents (Le Royaume, de Peter Berg ; Syriana, de Stephen Gaghan), le cinéma français a encore une guerre de retard.

Il ne reste plus qu’à revoir Les Patriotes, d’Eric Rochant pour se faire idée de ce qu’est le renseignement.

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