« In The Loop » : derrière la porte de verre.

Souvenez-vous de 2002. Le 21 avril, la déroute du PS, la victoire miraculeuse de Chirac, les attentats à Djerba, Karachi, Bali, l’opération Anaconda en Afghanistan, et surtout, surtout, les bruits de bottes autour de l’Irak.

Le hasard des affectations m’a conduit à suivre de près, de très près même, les préparatifs anglo-américains puis la guerre elle-meme, et ce que j’ai vu m’a plutôt donner envie de rire – ou de pleurer, selon qu’on croie ou pas à la grandeur de l’administration française.

Personne ne veut s’en souvenir, mais jusqu’en novembre 2002 la France, malgré ses réserves, se préparait à intervenir en Irak au sein de la coalition conduite par les Etats-Unis. Les services de renseignement dressaient des listes de cibles à traiter, d’objectifs à atteindre, l’armée recensait dans la douleur les moyens qu’elle pouvait mettre à disposition du grand dessein de l’Administration Bush.

Tous pourtant, ceux qui s’opposaient à cette guerre comme ceux qui y étaient favorables, nous savions qu’il n’y avait pas le début d’une preuve liant le régime de Saddam Hussein à Al Qaïda. Tous, nous savions aussi que les programmes non conventionnels de l’armée irakienne avaient, depuis longtemps, été abandonnés. Mais, contrairement à ce que voudrait nous faire croire la légende dorée du chiraquisme et du villepinisme, nous étions prêts à y aller. Bien sûr, et comme toujours, nous étions à la recherche d’une forme de blanc-seing juridique, une résolution des Nations unies nous déchargeant de cette terrible responsabilité. Pour les plus curieux, il faut lire Plan d’attaque, de Bob Woodward.

Jusqu’en novembre 2002, donc, nous comptions et recomptions nos moyens. Il n’était plus question d’envoyer dans le Golfe un corps expéditionnaire bricolé, comme en 1990 lorsque la division Daguet avait réussi, au prix d’un miracle typiquement gaulois, à rassembler des hommes et des moyens pour en faire une force crédible, évidemment en déshabillant la moitié des unités opérationnelles de l’Armée de Terre.

En novembre 2002, le format retenu était celui d’une brigade de forces spéciales constituée à partir du Commandement des Opérations Spéciales (COS), officiellement en raison de l’extrême – et réel – savoir-faire de ces unités, en réalité parce que la France était parfaitement incapable de projeter si loin une dizaine de milliers d’hommes avec leurs matériels. Je garde le souvenir de quelques généraux – surtout un, en fait – qui n’étaient pas les derniers à vanter la disponibilité de leurs troupes mais pâlissaient dès qu’on parlait de combat, de pertes, de missions dangereuses :

– Mais ce sont de vraies balles ! comme s’écriait Steve Martin (au centre) dans Three Amigos (1986, John Landis).

Bref, au soulagement général tomba fin 2002 l’ordre tant attendu : la France n’irait pas en Irak, ne participerait pas à ce déni de droit international, ne se commettrait pas avec l’Empire. Oubliée, l’intervention, illégale, au Kosovo. Oubliées, les dizaines d’opérations en Afrique pour maintenir au pouvoir des tyrans sanguinaires mais tellement sympathiques.  La France restait du côté du faible.

Tiens, ça me rappelle qu’un de mes amis, vétéran du contre-espionnage (vous savez, cet art ancestral qui consiste à détecter les espions qui volent nos secrets, écoutent nos conversations et influencent notre diplomatie), me confia, un soir de spleen alcoolisé, qu’il y avait, quelque part près du pouvoir, un agent russe qui avait tordu le bras de la France et nous avait conduits à rejoindre la coalition des pacifistes, au premier des rangs desquels la prude et vertueuse Russie, ennemie de la violence, adversaire de la force, adepte du compromis.

Bien sûr, je n’en crois rien. Pensez donc, des espions en France, l’amie du monde entier, et des espions russes de surcroît… N’importe quoi, et ce n’est pas parce que le FBI vient encore de cueillir 10 clandestins qu’il faut en conclure que le FSB poursuit la politique du défunt KGB. Au contraire, bien au contraire. De même, le fait que certains de nos ambassadeurs et hommes politiques aient profité des largesses de Saddam Hussein n’a bien sûr pas compté dans notre décision…

Tout ça pour dire qu’Antonio Ianucci, déjà auteur de la série de la BBC The Thick Of It,

consacrée à la vie au sein du gouvernement britannique, a utilisé cette remarquable matière première pour réaliser en 2009 In The Loop, une hilarante plongée au coeur du pouvoir londonien alors qu’une mystérieuse intervention militaire se prépare au Moyen-Orient.

Caméra à l’épaule, un peu comme un Peter Greengrass qui s’essaierait à la comédie, Iannucci suit à la trace ses personnages et dresse le portrait peu reluisant d’une bande d’incapables et d’intrigants menés à la baguette par le directeur de la communication du Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté, Malcolm Tucker, authentique psychopathe à intégrer au panthéon des pires malades mentaux de l’histoire du cinéma.

Evidemment, Malcolm Tucker sait s’entourer d’hommes de sa trempe, et il travaille ainsi avec un autre dingue de compétition, Jamie McDonald, affectueusement qualifié de crossest man in Scotland. Tout un programme…

Les opposants à la guerre contre l’Irak en 2003 se sont bien sûr réjouis de cette satire, grinçante, remarquablement jouée, parfaitement écrite. Faut-il préciser que la vie quotidienne dans les couloirs du Quai d’Orsay, du Foreign Office ou du Département d’Etat n’était pas risible à ce point ? Le trait est grossi par les auteurs, mais je dois confesser avoir retrouvé quelques souvenirs personnels dans ce film, des missions montées à l’improviste pour aller négocier on ne sait trop quoi aux réunions improbables, en passant par les soirées pourries dans un Hilton à regarder le plateau du room service tout en gérant le jet lag. Et je préfère ne pas m’étendre sur les réunions multilatérales à New-York ou Bruxelles, je pourrais devenir franchement ironique.

Pouvez-vous vous dispenser de regarder In The Loop, évidemment en VO ? Malcolm Tucker a la réponse…

Abou Daoud : les bourreaux meurent aussi.

Mohamed Daoud Oudeh, connu sous le nom du guerre d’Abou Daoud, est mort à Damas le 3 juillet. Ce turbulent « résistan » palestinien était connu pour son rôle majeur dans la terrible affaire de Munich, les 5 et 6 septembre 1972, alors que les Jeux olympiques se déroulaient dans la capitale bavaroise.Pour ceux qui ignorent tout de cette opération, aux répercussions majeures, je ne peux que conseiller le documentaire de Kevin MacDonald, Un jour en septembre (1999), qui expose l’affaire clairement.

https://dailymotion.com/video/x9dt6e_un-jour-en-septembre-bande-annonce_shortfilms

Cette opération entraînera une riposte du Mossad, que Steven Spielberg, avec ses qualités et ses défauts, a relaté dans  Munich (2005, avec Eric Bana, Daniel Craig, Mathieu Kassovitz, Mickaël Lonsdale, Mathieu Amalric) tiré du récit de George Jonas, Vengeance.

L’échec total des forces allemandes à la fin de la prise d’otages, le 6 septembre 1972, aboutira à la création du GSGS 9, une des unités d’intervention les plus réputées du monde. J’ajoute, pour finir, deux faits à méditer :

– la France, qui arrête en 1977 Abou Daoud, refuse de le remettre à la RFA ou à Israël en prétextant des obstacles juridiques et préfère le laisser s’envoler vers l’Algérie, qu’il quitte évidemment libre. Inutile d’en dire davantage.

– la Syrie est décidément une terre aimée des grands humanistes. Avant Abou Daoud y sont ainsi morts Imad Moughnieh, le chef de l’Organisation de la Sécurité Extérieure (OSE) du Hezbollah libanais, responsable des attentats de 1983 contre les contingents américains et français à Beyrouth, et Alois Brunner, ancien chef du camp de Drancy.

La Syrie moderne est donc bien loin de se montrer à la hauteur de ce qu’elle fut lorsqu’elle était la capitale du califat omeyyade, mais c’est une autre histoire. N’empêche, ils doivent avoir de la gueule, les cimetières, à Damas.

Qui peut dire quand tout a commencé ?

Qui peut dire quand tout cela a VRAIMENT commencé ? Certainement pas un matin de septembre 2001 à New-York, ni même à Nairobi ou Dar-es-Salam en 1998.

Alors, à Brooklyn en 1993 ? Ou bien à Koweït City le 2 août 1990 ? À Kaboul en décembre 1979 ? Ou au Caire en octobre 1981 ? Peut-être en 1967 en Palestine et dans le Sinaï ? Ou alors dans la nuit du 14 au 15 mai 1948 en Israël ? Le 11 avril 1929 en Egypte ? Le 10 août 1920 à Sèvres ?

Peut-on arbitrairement établir qu’un phénomène historique a débuté un jour précis, comme il est communément admis que la chute de Rome, le 4 septembre 476, a marqué la fin de l’Antiquité, ou que le 14 octobre 1492, lorsque Christophe Colomb découvrit l’Amérique, fut la fin du Moyen-âge  ?

Nos dirigeants et nos concitoyens sont naturellement attirés, à l’heure de la surconsommation médiatique, et de la simplification excessive des événements mondiaux qui l’accompagne, par les explications tranchées, les raisonnements simples, les réponses immédiatement assimilables. Chaque semaine, dans les dernières pages de nos hebdomadaires, des observateurs plus ou moins inspirés nous livrent leurs réflexions sur le monde, sans parfois s’encombrer de rigueur ou d’humilité.

Entre raccourcis, caricatures et dénis d’évidence, force est de constater que notre perception de la menace jihadiste est fortement biaisée et ne nous incite pas à une véritable mobilisation.

Pourtant, même les autorités gouvernementales françaises et leur administrations spécialisées ont admis, au prix d’une douloureuse, tardive, et incomplète prise de conscience, que le terrorisme contemporain était un défi majeur : « Ancrée dans une génération encore jeune, la menace présentée par le terrorisme mondial devrait être durable. Elle a acquis une dimension stratégique. La France est l’une de ses cibles. »

Mais, paradoxalement, et sans doute d’abord pour s’opposer de façon enfantine à la désastreuse rhétorique de l’Administration Bush, la France refuse obstinément de parler de guerre (cf. sur ce point précis l’article de Jefferey F. Addicott : www.ict.org.il/Articles/tabid/66/Articlsid/474/currentpage/1/Default.aspx). Comment alors qualifier cette lutte quotidienne ?

En 2005, le Centre d’Analyse et de Prévision (CAP) du Quai d’Orsay écrivait que « la lutte contre Al Qaïda emprunte à la guerre, tout en étant plus qu’une guerre, et autre chose qu’une guerre ». Les réticences françaises sont aisément compréhensibles : le terrorisme, qui est avant tout un modus operandi, un moyen d’action choisi parmi d’autres, relève du droit pénal. A la justice et aux services de police, la prévention et/ou la répression du terrorisme, aux forces armées la lutte contre la guérilla, la contre-insurrection. Mais quand les terroristes se font guérilleros, quand les guérilleros se font terroristes, qui doit-on envoyer en première ligne ? Et si on fait des prisonniers, quel doit être leur sort ?

Jusqu’en 2001, les manifestations – les militaires préféreront « points d’application » – de la menace permettaient un partage du fardeau : on arrêtait (souvent) en Europe ceux qu’on n’avait pu éliminer (très souvent) en Afghanistan ou en Afrique. Là encore, la France tenait un discours public très moralisateur (respect du droit, importance des Nations unies, etc.) mais se réjouissait en secret de la volonté, parfois brouillonne, de l’Empire de frapper les ennemis sans s’arrêter à des objections juridiques. D’ailleurs, l’arrestation de Djamel Beghal, en juillet 2001 à Dubaï, malgré des motifs juridiques plutôt minces (cf. www.guardian.co.uk/world/2001/sep/30/terrorism.afghanistan6) ne nous émut pas plus que ça, et le rapatriement de ce turbulent jeune homme, à bord d’un avion de transport militaire dépourvu de ses cocardes tricolores, ne fut pas un véritable cas de conscience pour le gouvernement socialiste du moment – le même qui autorisa les missions de fonctionnaires d’élite à Guantanamo (Cf. www.lefigaro.fr/actualite/2006/12/29/01001-20061229ARTFIG90005-la_dst_et_la_dgse_entendues_sur_leurs_visites_a_guantanamo.php).

Après tout, le devoir moral d’un Etat n’est-il pas de défendre ses citoyens coûte que coûte ? En novembre 2002, l’élimination – je me refuse à parler d’assassinat – au Yémen du membre d’Al Qaïda responsable de l’attentat contre l’USS Cole souleva dans certains bureaux du Ministère de la Défense un enthousiasme teinté d’envie. Alors que nous nous refusions toujours à frapper au Niger les terroristes qui y sévissaient sous nos yeux depuis des années, la CIA nous montrait ce qu’une volonté politique soutenue par des moyens peut donner.

Sans présager de l’issue de la profonde crise qui déchire le monde musulman, et donc sans renoncer à accompagner l’émergence d’un islam apaisé compatible avec l’idée que nous nous faisons de la modernité (égalité entre les hommes et le femmes, laïcité, prédominance du temporel sur le spirituel, confinement du religieux à la sphère privée, démocratie, accès libre à l’éducation, etc.), il nous appartient pour l’heure de nous défendre, de répondre aux attentats, voire de les anticiper selon le principe de la frappe préventive.

Les interrogations morales de la France à ce sujet – on aimerait voir notre pays tout aussi attentif à la morale et au droit en Tunisie, en Russie ou Gabon – ne révèlent, finalement, que la volonté obstinée d’être l’élève le plus apprécié de la classe, quel que soit le prix de cette ambition. Le refus têtu de la violence, en soi défendable, est ainsi rendu intenable face à la réalité du monde. Notre condamnation de la simple idée de guerre nous conduit à tenir des raisonnements d’une grande naïveté. En 2005, François Heisbourg affirmait ainsi à l’occasion d’une conférence que les Etats-Unis étaient « comme ivres de leur propre puissance » et n’envisageaient plus le règlement des crises que par la seule force.

Cette analyse est révélatrice de l’incompréhension dont les intellectuels et les dirigeants français font souvent preuve, à la fois face au phénomène mondial de l’islamisme radical et face aux réactions américaines, aux conséquences également mondiales. Heureusement que nous avons Olivier Roy, dont les écrits sur le sujet sont lumineux.

Des Etats, dont il est d’usage de rire, à Paris, comme l’Australie (Cf. http://www.dfat.gov.au/publications/terrorism) ou Singapour, sont bien plus lucides – ou courageux – sans pour autant tomber dans des excès racistes, voire, pour reprendre un terme inventé en 1979 par les révolutionnaires iraniens, islamophobes. Sylvain Gouguenheim a d’ailleurs défini le terme de façon lumineuse :

« C’est un concept utilisé sans avoir été soumis à un examen critique. Au sens propre, il désigne la peur de l’islam, qu’il assimile à une phobie, donc à une réaction maladive, dépourvue de fondement rationnel : l’islamophobe est un déséquilibré. L’accusation discrédite d’emblée celui contre qui elle est lancée et permet de biaiser à l’avance ou d’esquiver le débat sur le contenu des thèses incriminées. Elle suggère également que les critiques sont le produit d’arrière-pensées racistes. L’islamophobe passe donc pour un malade mental et un individu infréquentable. A partir de là, plus aucune discussion n’est possible. » (Lire, n°378, p. 79). En vérité, il semble bien que ce phénomène cristallise à nouveau, dans notre pays comme ailleurs, les tensions politiques et surtout communautaires d’un Occident en proie au(x) doute(s).

Il est cependant bien trop tôt pour qualifier ce phénomène. Certains observateurs notent, en particulier au Maghreb, les signes d’une « modernisation » des comportements qui pourrait confirmer les vieilles croyances positivistes. Pour ceux-là, les tensions religieuses ne seraient donc que le signe des sursauts de défense des religieux face aux laïcs, la démonstration que la raison l’emporte sur les ténèbres des croyances dévoyées (Cf. parmi d’autres : http://www.miraclesducoran.com/index.php). Pour d’autres, dont le pessimisme est parfois l’alibi d’un européano-centrisme, ces tensions ne sont que la manifestation la plus visible et la plus immédiate d’un conflit religieux, ethnique, politique et économique qui va imprimer sa marque sur ce siècle. Les sombres prédictions de Samuel Huntington – que d’aucuns s’acharnent à présenter comme des souhaits et que beaucoup n’ont pas lues – sembleraient donc, pour un temps au moins, prendre corps.

Je n’ai, pour ma part, pas tranché. Ma confiance dans le progrès, mon enthousiasme naïf me disent que cette crise, douloureuse, longue, s’achèvera par le triomphe de la raison sur l’intégrisme, sur les intégrismes. Mais mon pessimisme, né d’une déjà longue fréquentation de la violence et de la mort, me dit au contraire que rien ne garantit notre – « notre » car il faut bien choisir son camp – victoire. La conclusion heureuse que je souhaite pour nous ne serait-elle que la répétition du 20ème siècle qui a vu la chute, difficile, de deux totalitarismes sanglants ? Ne s’agirait-il pas de la transposition à l’échelle du monde, d’un optimisme européen ô combien indécent comparé aux tragédies vécues par les Amérindiens, les Tibétains, les Juifs d’Europe, les habitants du Caucase russe, les populations africaines de la région des Grands lacs (3 millions de morts depuis 1998, dans l’indifférence) ou du Darfour ? Pour reprendre l’équation en termes enfantins, la « victoire des gentils sur les méchants » est-elle une donnée historique immuable ?

Quelle que soit la réponse à cette question, il faut continuer la lutte, sans haine, mais avec détermination, en ayant défini ce que nous défendons, ce que nous combattons, et ce que nous sommes prêts à sacrifier pour la victoire, si elle s’avère possible.

On nous prie d’annoncer le décès de Mustafa Abou Yazid, dit Saïd Al Masri.

Le 21 mai dernier, un drone Predator – ou était-ce un Reaper ?de l’Empire a précipité le rappel à Dieu de Mustafa Abou Yazid, également connu sous le nom de Saïd Al Masri, ou Saïd l’Egyptien.

Né le 17 décembre 1955 en Egypte, Mustafa Abou Yazid avait été un cadre fondateur du Jihad Islamique Egyptien (JIE pour les initiés), avant d’intégrer l’équipe dirigeante d’Al Qaïda. Chargé des questions financières – qui ont toujours été rigoureusement gérées au sein de l’organisation comme l’ont montré les archives saisies en Afghanistan en décembre 2001 – il n’a jamais été un grand opérationnel et ne possédait pas l’aura et le charisme de son compatriote Mohamed Atef.

Jihadiste convaincu, il avait cependant manifesté auprès d’Oussama Ben Laden ses doutes au sujet du bienfondé des attentats du 11 septembre, tant il redoutait l’ampleur de la riposte américaine. Force est de reconnaître 1/ qu’il n’avait pas tort 2/ qu’il ne fut pas écouté.

Présenté par Al Qaïda elle-même, dans un communiqué publié cette nuit, comme le chef de l’organisation en Afghanistan, il était en charge des relations avec les Taliban depuis 2007.

Sa mort, qui ne devrait hélas pas avoir de conséquences opérationnelles directes, en dit long sur les capacités américaines, alors que le New York Times a révélé il y a quelques jours que le général Petraeus, chef du CentCom, a autorisé la conduite d’opérations clandestines dans sa zone d’action contre les membre d’Al Qaïda. L’intégration par la CIA, dans un but opérationnel, des renseignements humains et techniques a désormais atteint un niveau inégalé dans l’histoire militaire et promet de nouvelles frappes spectaculaires. A défaut de pouvoir gagner seule la guerre, cette puissance a au moins le mérite de sermer la mort dans le camp adverse, et ça n’est déjà pas mal.

Mais alors, Abou Zoubeida, il en était, ou pas ?

La presse canadienne a récemment rapporté que le citoyen algérien Mohamed Harkat, soupçonné depuis des années par les services occidentaux d’être lié à Al Qaïda, ne pouvait être coupable puisque son principal accusateur, le Palestinien Abou Zoubeida, détenu par les Etats-Unis depuis son arrestation au Pakistan en février 2002, n’avait aucun lien avec l’organisation terroriste. Forcément, ça change tout, du moins si l’on en croit les articles du Vancouver Sun (www.vancouversun.com/news/topic.html?t=Person&q=Mohamed+Harkat).

Mais, si on y réflechit un peu, qu’en est-il vraiment ? Je ne vais pas m’attarder sur le cas de Mohamed Harkat, dont le parcours peut en effet sembler suspect (http://en.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Harkat) aux yeux des gars de ma partie – comme dirait Charles Lepicard/Bernard Blier dans « Le cave se rebiffe », mais plutôt me pencher sur Abou Zoubeida, le légendaire Palestinien de Peshawar.

On commence à parler de lui dans les milieux autorisés après l’arrestation mouvementée de Farid Melouk le 5 mars 98 à Bruxelles. Algérien, sympathisant du GIA, Melouk, soupçonnés par certains d’être l’auteur de l’attentat de Port-Royal (3 décembre 96), est intercepté en Belgique grâce aux services de police français qui sentent monter les menaces à quelques mois de la Coupe du monde de football. Lors de son arrestation, notre ami est trouvé en possession d’explosifs, de détonateurs semblables à ceux fabriqués dans les camps afghans, de cassettes audio du GIA et du GSPC, et surtout d’un carnet d’adresses et de numéros de téléphone. Comme lors de chaque arrestation, les enquêteurs découvrent que tous les islamistes radicaux – à l’époque on ne disait pas encore « jihadistes » – se connaissaient ou avaient des connaissances communes, sortes de points de convergence dans une mouvance qui manquait singulièrement de lisibilité pour les vieux routiers du contre-espionnage. Et parmi ces points de convergence apparaissait de plus en plus régulièrement Abou Zoubeida, un Palestien installé à Peshawar et qui semblaient passer ces jours et ces nuits au téléphone avec tous les terroristes radicaux sunnites de la planète.

L’omniprésence d’Abou Zoubeida va se confirmer tout au long des mois dans les analyses des services de renseignement mobilisés par la lutte contre Al Qaïda et ses alliés. Son rôle est en effet central : organisateur des filières de volontaires arabes vers les camps afghans, il se charge aussi de leur retour en Europe ou au Moyen-Orient et entretient ainsi des liens étroits avec de nombreuses cellules connectés à Al Qaïda. On trouve sa trace à Londres, à Stockholm, à Madrid, à Francfort, à Milan, à Montréal, à Amman, et le fait est que ce travail d’hôtelier un peu viril l’a mis en relation avec un grand nombre de projets terroristes.

A l’époque, disons-le clairement, à part les analystes et les enquêteurs, tout le monde se moque bien d’Al Qaïda. Quant à savoir si Abou Zoubeida est à jour de ses cotisations, la question ne se pose même pas tant elle est accessoire. Pour les spécialistes, la seule préoccupation est de comprendre ce que prépare cet homme afin de prévenir les menaces, tant il est évident que l’ISI pakistanaise ne le laissera pas, sauf cataclysme, être neutralisé par les Occidentaux. Mais justement, un cataclysme, il s’en produit un le 11 septembre 2001…

Il faudra un jour que je revienne sur le choix américain de traiter les terroristes capturés en – faux – prisonniers de guerre plutôt qu’en justiciables, mais une des conséquences les plus notables est que l’appartenance à Al Qaïda devient un argument pour la conduite de cette « long war ». Comme d’habitude, il y a autant d’avis sur la place publique que d’intérêts à défendre, et les seuls à ne pas parler sont ceux qui traquent l’organisation depuis près de 10 ans.

Des bellicistes qui affirment que tout ce qui est terroriste est directement imputable à Al Qaïda aux conspirationnistes qui affirment qu’Al Qaïda est un montage de la CIA pour dominer le monde, en passant par les sceptiques – qui ne savent pas qui croire, les journalistes – qui se donnent rarement la peine de comprendre parce que ça prend trop de temps au JT, et les experts surgis de toute part qui parlent d’autant plus qu’ils n’ont rien à dire, soyons clair, l’affaire est en effet confuse. Et le pire reste à venir.

En soustrayant les terroristes au FBI et en les confiant à la DIA – et un peu à la CIA, ce cher Donald Rumsfeld a empêché toute utilisation juidiciaire des renseignements obtenus à Guantanamo, à Bagram, ou dans d’autres accueillants centres de détention. Ainsi, tous les jihadistes – à présent, on peut le dire – conduits enfin devant les tribunaux bénéficient des failles dans les dossiers de l’accusation.

– Où et comment avez-vous obtenu ces aveux, Monsieur le Procureur ?

– A bord d’un porte-avions de la Navy, en mer d’Arabie, avec une perceuse, votre Honneur

– Je vois. Et l’interrogatoire du défendeur a-t-il eu lieu en présence d’un avocat ?

– Pas d’un avocat vivant, votre Honneur.

On le voit, on progresse. Arrêté lors d’une opération de la CIA au Pakistan, Abou Zoubeida, sérieusement blessé, est mis au secret et subit une série d’interrogatoires dont on sait à présent qu’ils n’ont pas fait honneur au code de procédure pénale américain. Drogues, des dizaines de waterboarding, rien ne lui est épargné et il devient une source infinie de renseignements pour la CIA, puis pour plusieurs Etats proches des Etats-Unis. Plus d’une centaine de rapports, m’a-t-on dit, sont ainsi rédigés par les experts de Langley puis transmis aux alliés. Très appréciées, ces milliers de pages fourmillent d’enseignements, et surtout d’un point qui nous intéresse au premier chef, s’agissant des développements de l’affaire Harkat : Abou Zoubeida n’a jamais été membre d’Al Qaïda.

Il ne dit pas ça pour se couvrir, tant le reste de ses déclarations en dit long sur son implication dans le jihad, mais il le rapporte comme un fait à connaître : il n’est pas membre d’Al Qaïda et il n’a pas prêté allégeance à Oussama Ben Laden – qu’il connaît, évidemment. De même, il précise que les camps d’entraînement en Afghanistan ne sont pas tous financés par Al Qaïda. Certains sont gérés par des groupes cachemiris pakistanais, d’autres par les Taliban. Tout ce petit monde se fréquente, s’aide, coopère, mais si le jihad mondial est en ligne de mire, il faut se souvenir que d’autres jihads, plus localisés, mobilisent des moyens : Cachemire, on l’a vu, mais aussi Philippines, Malaisie, Ouzbékistan, Xinjiang, Algérie, Somalie. Cette complexité de la scène jihadiste afghane n’est toujours pas comprise par de nombreux observateurs, et les défenseurs de Mohamed Harkat jouent sur cette incompréhension : Harkat a peut-être rencontré Abou Zoubeida, mais puisqu’Abou Zoubeida n’est pas membre d’Al Qaïda, tout s’arrange…

Tout s’arrange donc en droit, et l’impossiblilité pour les Etats-Unis et leurs alliés de judiciariser les interrogatoires de la CIA, et donc de les intégrer à une procédure impartiale, ruine des procès, fait le jeu des pacifistes, des conspirationnistes, des islamistes. Je ne dirai jamais assez à quel point les élucubrations de l’Administration Bush ont fait du tort à la lutte contre Al Qaïda. Plutôt que d’inventer des concepts juridiques bancaux, mieux valait – c’est la voie choisie par l’Administration Obama – poursuivre ce qui se pratiquait depuis le milieu des années 90s : si on peut arrêter et juger un terroriste, faisons le, car un procès mené dans le respect du droit permet aux autorités d’exposer la menace telle qu’elles la perçoivent, et aux radicaux d’apparaître sous leur vrai jour. Et si on ne peut se saisir légalement d’un suspect, et que celui-ci représente une REELLE menace, il appartient au pouvoir politique d’assumer ses devoirs et de le faire élminer par les services de l’Etat qui ont cette mission.

Mais revenons, pour finir, à Mohamed Harkat (www.justiceforharkat.com/news.php)  Il faut bien reconnaître que son parcours éveille des doutes dans l’esprit des contre-terroristes, mais il faut lui reconnaître le bénéfice du doute, et le droit à l’erreur. Son cas pose la question de l’ « après » dans les affaires de jihadisme : un terroriste islamiste peut-il renoncer à la violence ? Doit-il porter toute sa vie le poids du doute ? La question se pose de plus en plus régulièrement alors que s’achèvent certaines peines de prison prononcées à l’occasion des attentats de 1995, et elle n’a pas de réponse.

Au coeur du djihad

Je vais être franc, il me semble que nous écrivons tous beaucoup trop sur le jihadisme, ce phénomène encore jeune sur lequel nous ne disposons que de peu de sources. Ma démarche d’historien pourrait me conduire à faire mienne cette maxime d’un de mes professeurs de la Sorbonne qui affirmait en cours qu’on « ne fait de l’Histoire que quand les témoins sont morts »…

Evidemment, cette approche est plutôt radicale, et elle a été combattue par toute une génération de brillants universitaires. Ceux qui écrivent sur le jihadisme, comme ceux qui écrivaient sur le KGB il y a 30 ans ou qui tentent encore, comme les journalistes du Monde, de comprendre les mécanismes du génocide rwandais, s’exposent donc à des erreurs, à des approximations, à des désavoeux. L’absence d’archives et de sources fiables handicape les chercheurs, et chaque témoignage doit donc être accueilli comme une bénédiction divine.

C’est sans doute ainsi qu’il faut considérer le récit d’Omar Nasiri, « Au coeur du djihad », publié en France en 2006. Dans cet ouvrage, un homme prétendant avoir été un « espion infiltré dans les filières d’Al Qaïda » y relate sa vie dans les réseaux du GIA en Europe, son départ en Afghanistan dans les camps d’entraînement jihadistes puis son retour à Londres.

Disons le tout de suite, un tel récit est unique et constitue une mine d’or. Bien sûr, l’auteur s’y présente sous un jour avantageux, mais sa description des réseaux islamistes maghrébins en Belgique ou au Royaume-Uni et sa vision des camps afghans ou pakistanais est remarquable. On pourra simplement remarquer qu’en France un espion est un fonctionnaire rémunéré, et qu’une source humaine est qualifiée dans les rapports d’agent (cf. à ce titre « L’agent secret » de Joseph Conrad).

Evidemment, plusieurs observateurs ont profité de la publication de ce livre pour livrer leur propre vision de la mouvance jihadiste. En Algérie, un certain Adel Taos, journaliste au quotidien Liberté, s’est laissé aller aux pires penchants de certains plumitifs et a affirmé, à la lecture d' »Au coeur du djihad », que la DGSE « aurait couvert un trafic d’armes et d’explosifs au profit du GIA ». Ce raccourci a permis à notre journaliste d’impliquer la France dans la tragédie algérienne, voire de la considérer comme la complice des terroristes. M. Taos n’avait sans doute du renseignement qu’une connaissance lointaine, et il ne pouvait envisager qu’un service qui avait infiltré un groupe terroriste n’en était pas nécessairement le commanditaire. Il oubliait par ailleurs de préciser que les maigres cargaisons d’armes dont parle Nasiri n’avaient pas pesé lourd dans la guerre civile, surtout comparées aux stocks dont les terroristes s’étaient emparés facilement en Algérie dès 1992. Enfin, affirmer sans rire en 2006 que la France n’a pas aidé l’Algérie contre les terroristes islamistes relève de la plus pure mauvaise foi. Les services du Ministère français de l’Intérieur n’ont pas cessé de soutenir leurs homologues algériens, et la France a même livré, discrètement du matériel « à double usage » à l’Armée Nationale Populaire. Mais à quoi bon ?

Il faut par ailleurs saluer ici la performance de Claude Moniquet qui, en novembre 2006, osait écrire un article sobrement intitulé « Omar Nasiri, ou les dessous d’une manipulation antifrançaise » et dans lequel on pouvait lire « Nous sommes en mesure d’être catégoriques, [Nasiri] n’a jamais été un agent français ». (J’ai choisi ici de conserver le pseudonyme de Nasiri plutôt que sa véritable identité, que M. Moniquet livre aux quatre vents, le pauvre garçon a déjà assez d’ennuis)

Pas de chance, M. Moniquet, Omar Nasiri a bien été un agent français, et il a fait à peu près tout ce qu’il raconte. En l’espèce, Claude Moniquet s’est montré aussi imprudent qu’un lieutenant-colonel de la DAS (Délégations aux Affaires Stratégiques) qui avait affirmé doctement que jamais les services français n’auraient recruté un délinquant…

Mais loin de ces polémiques, il faut lire « Au coeur du djihad », puiser dans ses pages des détails fascinants sur le Londonistan, les camps afghans, les filières de volontaires, les méthodes des services.

A lire.

New model jihad

Essayons de prendre de la hauteur.

Echec opérationnel, l’attentat raté du 25 décembre contre le vol 253 de Northwest Airlines a d’abord été perçu par les observateurs comme la preuve de la volonté intacte des réseaux jihadistes de frapper. L’efficacité des systèmes de sécurité et l’activisme des services en Europe comme au Moyen-Orient et en Asie du Sud n’auraient donc pas désarmé les terroristes ? Quelle surprise !

Cette opération, qui n’a échoué qu’en raison d’un problème technique et non d’une quelconque intervention extérieure, a vu un homme seul, porteur d’explosifs conditionnés de façon inédite, déjouer les contrôles d’un grand aéroport occidental et parvenir à bord d’un vol transatlantique le jour de Noël.

Le rappel est sévère pour les services de sécurité comme pour les opérateurs privés, alors que les mesures de surveillance et de protection avaient été considérablement renforcées depuis le 11 septembre 2001, jusqu’à inquiéter les défenseurs des droits de l’Homme – qui sont certes facilement émus. Ainsi, au choc initial provoqué par cette opération s’ajoute désormais la mise en place de nouvelles mesures techniques (scanners corporels, « contrôles au faciès ») et diplomatiques (création de listes de « pays à risques », un fascinant concept que l’Empire parvient à défendre mais que nos ambassadeurs vendent avec le talent d’un commissaire soviétique à la Production).

Ces mesures, déjà porteuses de nombreuses difficultés, confirment la victoire des terroristes, qui poussent les Etats démocratiques à toujours plus d’exceptions au nom de la sécurité, alors que leur efficacité, déjà discutable, ne fait que décroître avec le temps. Perçue comme un aveu d’impuissance par plusieurs observateurs, la revendication de l’opération par Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), puis par Al Qaïda elle-même, a illustré la satisfaction du groupe yéménite et de ses inspirateurs. Il est en effet le premier groupe jihadiste régional à frapper loin de ses bases. Plus encore, dans son communiqué de revendication de l’attentat sur le vol Amsterdam/Détroit, AQPA célèbre une « seconde » victoire opérationnelle sur les services occidentaux par la mise à jour des failles sécuritaires, la première étant l’attentat manqué contre le vice ministre de l’Intérieur saoudien, le prince Mohammad Bin Nayef, le 23 août 2009 à Djeddah.

Il convient cependant de noter que les opérations suicides de jihadistes contre des avions ont rarement réussi. A l’exception notable du 11 septembre, aucun projet terroriste contre de telles cibles n’est allé à son terme. En décembre 2001, Richard Reid, déjà, avait été maîtrisé par des passagers.

En août 2006, les terroristes afghans qui tentaient de détruire des appareils avec des explosifs liquides avaient été interpellés. La répétition des attentats de New-York reste de toute façon hors de portée, et le restera probablement tant que les terroristes tenteront de contourner les dispositifs de sécurité. La prochaine étape de leurs tentatives devrait donc voir les groupes jihadistes recruter des personnels des aéroports ou des compagnies aériennes. C’est en tout cas la prévision que font certains analystes des services de sécurité, mais entre les délires d’un certain aristocrate vendéen et les postures politiquement correctes de nos gouvernants, la voie est étroite.

L’évolution stratégique de doctrine d’Al Qaïda avait été vue dès les attentats de Bombay, en novembre 2008, et ne fait désormais plus de doute, malgré les articles de quelques uns. Emir de facto du mouvement terroriste depuis la disparition d’Oussama Ben Laden, Ayman Al Zawahiry, fidèle à son passé de jihadiste égyptien, a toujours clairement encouragé les initiatives régionales des alliés d’Al Qaïda. Pour lui, la conduite d’opérations localisées et la multiplication de jihads régionaux ne contredisent pas les ambitions globales d’Al Qaïda, mais contribuent, au contraire, à les compléter. Souvenons-nous, et je m’adresse ici aux vétérans du contre-terrorisme, ceux qui, il y a 15 ans, luttaient déjà contre les barbus quand d’autres rédigeaient de poussifs livres blancs, souvenons-nous, disais-je, de l’Armée Islamique de l’Ogaden, d’Al Ittihad Al Islami, de l’Armée Islamique d’Aden-Abyan, du KMM, de la Jemaah Islamiyah, du Lashkar-e-Tayyeba, d’Abou Sayyaf, et de dizaines d’autres. A cette époque, le jihad global porté par Al Qaïda supportait parfaitement l’existence de jihads locaux,

Sérieusement handicapée par la pression militaire américaine en Afghanistan et dans les zones tribales pakistanaises, l’organisation a donc choisi de revenir à sa posture des années ’90 en soutenant des organisations locales. Cette association du global et du local, baptisée « glocal » dans les services de renseignement, et que Jean-Luc Marret a contribué à populariser, trouve sa parfaite illustration en AQPA.

Mais AQPA est allée plus loin encore. Capable de frapper des cibles sensibles (« high value targets ») dans sa zone naturelle d’action, elle se révèle également capable de projeter des terroristes en Europe pour frapper des intérêts américains. La menace en Europe ne provient plus seulement de groupes déjà présents sur le continent (AQ) ou dans sa périphérie (AQMI), mais de groupes censés être actifs dans d’autres régions du monde. L’Union du Jihad Islamique (UJI), une organisation ouzbèke, a ainsi déjà tenté de fapper en Allemagne, mais ses tentatives ont été déjouées.

En multipliant les angles d’attaque, Al Qaïda apporte une réponse inquiétante aux multiples opérations des services occidentaux contre elle et ses alliés. Le récent attentat en Afghanistan d’un membre des services jordaniens contre un centre de la CIA illustre ainsi cette évolution majeure : la menace jihadiste gagne en complexité, et ses membres correspondent au modèle de l’insurgé innovant cher à Jean-Marc Balencie et Arnaud de la Grange.

Espérons que ceux qui nous défendent contre elle en ont conscience. Il est permis d’en douter.

Quelques mots sur OBL

Interviewé par la chaîne ABC, le Secrétaire américain à la Défense Robert Gates a déclaré, le 5 décembre dernier, ne pas avoir reçu de renseignements fiables sur Oussama Ben Laden depuis des années. « Si nous savions où il se trouve, nous serions allés le chercher », a-t-il ajouté.

Le général James Jones, conseiller du Président à la Sécurité Nationale, a pour sa part indiqué le 6 décembre que le fondateur d’Al Qaïda « séjournait encore régulièrement en Afghanistan », et qu’il « résidait au nord-Waziristân ».Ces déclarations interviennent après la publication d’un rapport de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, « Tora Bora revisited », pointant les erreurs commises par l’Administration Bush en décembre 2001 lors de la traque du chef terroriste.Le renforcement de la présence militaire en Afghanistan, récemment décidée par le Président Obama, vise officiellement à défaire Al Qaïda. La traque du fondateur du groupe est donc redevenue naturellement un sujet d’intérêt pour l’opinion publique américaine.

Recherché par les, autorités américaines, qui en offrent 50 millions de dollars, Oussama Ben Laden a été traqué en Afghanistan par une unité ad hoc successivement connue sous les noms de Task Force 121, Task Force 145 et Task Force 626 et qui agirait actuellement sous l’appellation de Task Force 77. L’objectif de cette unité était de le capturer ou de l’éliminer. En août 2009, John Brennan, le conseiller présidentiel pour le contre-terrorisme, a déclaré lors d’une conférence qu’il espérait pouvoir un jour présenter Oussama Ben Laden à la justice.

Les déclarations de Brennan et de Jones tranchent avec les analyses de plusieurs services occidentaux selon lesquels le chef terroriste serait mort depuis plusieurs années. A cet égard, les propos de Brennan et de Jones tranchent également avec la réponse prudente de Robert Gates. Plusieurs indices sérieux incitent en effet à penser que Ben Laden est mort depuis plusieurs années :

La dernière vidéo d’Oussama Ben Laden date de septembre 2007, et n’a pas été authentifiée en raison des retouches manifestes effectuées sur les images du Saoudien.

–  En septembre 2006, le quotidien régional L’Est Républicain a publié une note de la DGSE dans laquelle il était dit que les services de renseignement saoudiens détenaient la preuve de la mort du terroriste. Plusieurs services évoquent même l’existence d’une sépulture dans les zones tribales pakistanaises.

En janvier et septembre 2009, des communiqués attribués à Ben Laden ont été diffusés, mais aucun n’a été authentifié.

Depuis plusieurs années, toutes les vidéos authentifiées d’Al Qaïda ont mis en scène l’adjoint de Ben Laden, l’Egyptien Ayman Al Zawahiry. Si ce-dernier, qui fait l’objet d’une traque comparable à celle subie par Ben Laden, parvient à enregistrer des vidéos, pourquoi son chef ne le peut-il pas ? De surcroît, la stratégie actuelle d’Al Qaïda porte nettement la marque de Zawahiry.

D’ailleurs, en avril 2009, le Président pakistanais Zardari a déclaré que ses services de renseignement étaient convaincus de la mort de Ben Laden, mais sans disposer de preuve.

Enfin, les propos d’un prisonnier afghan affirmant en 2009 que Ben Laden vivait au Pakistan n’ont jamais pu être recoupés, et les surveillances téléphoniques n’ont pas saisi d’allusions au « cheikh ».

Il est donc permis de s’interroger sur les propos contradictoires de Gates, Brennan et Jones.

S’agit-il, pour le général Jones, d’une volonté de justifier à toute force la stratégie présidentielle en Afghanistan ? S’agissait-il, en août 2009, de déclarations de principe de la part de John Brennan ?

Robert Gates fait-il preuve, de son côté d’une trop grande franchise ?

La confirmation de la mort d’Oussama Ben Laden est en effet redoutée par de nombreux services comme le probable déclencheur d’actions terroristes menées par des groupes du « 3e cercle » et des « loups solitaires ».

Quoi qu’il en soit, bien rares sont les adversaires vivants de l’Empire à propos desquels aucun renseignement n’est disponible…

Opération Phantom Fury

Le 7 novembre 2004 débuta la seconde bataille de Fallouja. Connue sous les noms d’opération Phantom Fury et Al Fajr (http://en.wikipedia.org/wiki/Second_Battle_of_Fallujah), cet affrontement a opposé un ensemble de forces américaines et irakiennes à des insurgés soutenus par des jihadistes étrangers. La bataille, qui constitue une victoire de la Coalition, est également considérée dans la mouvance jihadiste comme un fait d’armes comparable à la bataille de Jaji en Afghanistan. Le colonel Dick Camp, ancien de l’USMC, en a livré sa vision dans « Operation Phantom Fury, the assault and capture of Fallujah, Iraq ».

Ce reportage de CNN donne quant à lui un aperçu de la bataille, dont on trouvera une présentation acceptable sur Wikipedia (Cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Second_Battle_of_Fallujah) :

Aucune personne sensée ne s'étonnera donc en apprenant que cet affrontement a été une épouvantable boucherie, des soldats américains surarmés - et bien plus combatifs que ne pourrait le supposer le démographe omniscient Emmanuel Todd) contre des insurgés fanatisés. Par bien des aspects, ce combat a probablement ressemblé à aux scènes finales d'"Aliens", de James Cameron. Parmi les soldats de l'US Army se trouvait David Bellavia, un sergent qui a choisi de raconter dans toute sa crudité et sa violence cette bataille. Son récit, "Fallouja !", vient de paraître et sa lecture est très instructive.

On me pardonnera de préférer le titre original, « House to house », qui décrit bien l’âpreté d’une lutte que les officiels américains comparent à la (re)prise de Hué en 1968 et qui, par certains traits, rappelle Stalingrad. Bellavia, qui après avoir fait du théâtre, a rejoint l’US Army, n’est pas un enfant de choeur et sa description des combats est précise, sans fausse pudeur. Fait intéressant, Bellavia évoque franchement l’emploi de phosphore blanc par les troupes US, dans un environnement dépourvu de civils, et répond à sa manière à la polémique née du documentaire italien Fallujah: the hidden massacre. Ce film est d’ailleurs téléchargeable à l’adresse suivante :

http://www.democracynow.org/2005/11/8/u_s_broadcast_exclusive_fallujah_the

Pour ceux qui pensent que la guerre est joyeuse, des témoignages brutaux et indispensables - ne serait-ce que pour la découverte du concept, fascinant, de Bâtiment Explosif Improvisé...

Al Qaïda : le retour aux fondamentaux

Le 27 avril 2009, le Président pakistanais Asif Zardari a confié lors d’une interview que les responsables de l’ISI, les services de renseignement militaires, estimaient qu’Oussama Ben Laden était mort.

Cette déclaration, qui pourrait conduire à la divulgation de nouveaux renseignements sur la situation du fondateur d’Al Qaïda, intervient alors que le jihadisme accomplit une nouvelle mutation. A la toute puissance opérationnelle et médiatique d’Al Qaïda se substituent en effet depuis plusieurs mois des jihads régionaux connectés entre eux. Cette évolution, qui marque la fin d’une époque, est porteuse de nouvelles menaces.

1. Al Qaïda : la source de toute chose

–  La Base : le soutien au jihad

Issue du Bureau des Services de Peshawar (Maktab ul-Khadamat), un organisme conçu dans les années ’80 pour alimenter le jihad afghan en volontaires, Al Qaïda (La Base) fut pensée par son créateur, Oussama Ben Laden, comme une structure de soutien aux vétérans de cette guerre.Réfugié au Soudan, Oussama Ben Laden y rencontra de nombreux responsables terroristes islamistes et y tissa des relations qui s’avéreront précieuses par la suite. Certains, comme les membres du GIA algérien, refusèrent cependant de lier leur combat à celui d’Al Qaïda. Jusqu’en février 1998, Al Qaïda resta donc une organisation de soutien au jihad, sans activité opérationnelle directe. Le mouvement apportait une aide d’autant plus précieuse qu’il s’était implanté en 1996 dans l’Afghanistan des Talibans, dans lequel il dispensait entraînement paramilitaire et formation à la clandestinité. Il faut rappeler ici que les tous les camps d’entraînement terroristes en Afghanistan n’étaient pas gérés par Al Qaïda, certaines structures étant réservées à d’autres mouvements.Mais, le 23 février 1998, Oussama Ben Laden diffusa le communiqué annonçant la création du Front Islamique Mondial pour le Jihad contre les Juifs et les Croisés. L’arrestation en Albanie de trois jihadistes égyptiens grâce à la CIA et leur expulsion vers l’Egypte confirma Oussama Ben Laden dans sa volonté de frapper les Etats-Unis en Afrique.

– Al Qaïda en première ligne

Les attentats contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar-es-Salam, commis presque simultanément le 7 août 1998, furent l’aboutissement d’une longue période de préparation et constituèrent le véritable « coming out » d’Al Qaïda. Revendiquées par l’Armée Islamique de Libération des Lieux Saints (AILLS), une organisation prête-nom, ces attaques montrèrent au monde les capacités d’Al Qaïda, ses modes opératoires, les cibles qu’elle allait privilégier et son mépris pour la vie des populations civiles.

Complot terroriste associant des cellules implantées dans deux capitales, un réseau logistique couvrant l’Afrique de l’Est, le Yémen et l’Afghanistan, et s’appuyant sur des ONG du Golfe, cette opération fut le fruit de la seule volonté d’Oussama Ben Laden, obnubilé par le jihad mondial contre les Etats-Unis. Ses adjoints directs et le majliss d’Al Qaïda attendaient pour leur part la réalisation d’attentats contre les intérêts israéliens, mais les succès de l’organisation firtent taire, pour un temps, leurs doutes.

De 1998 à 2002, Al Qaïda réalisa elle-même une série d’attentats spectaculaires, et imprima sa marque dans l’Histoire avec les opérations du 11 septembre 2001 à New-York et Washington : Attentats contre l’USS Cole en octobre 2000 au Yémen, contre la synagogue de la Ghriba à Djerba en avril 2002, contre une discothèque à Bali en octobre 2002, contre un pétrolier français au Yémen en octobre 2002, contre des intérêts touristiques israéliens au Kenya en novembre 2002. Des projets ont été déjoués en Jordanie et aux Etats-Unis en décembre 1999, en France en décembre 2000, en Italie en janvier 2001, en Belgique et en France et en septembre 2001, etc.

 

Cette période, sorte d’apogée opérationnel, trouva sa fin à la suite de la vaste campagne anti terroriste déclenchée par les Etats-Unis et leurs alliés. Les arrestations de plusieurs hauts responsables de l’organisation, dont Khaled Sheikh Mohamed et Abou Zoubeida, et l’élimination d’autres, dont le chef militaire d’Al Qaïda, Abou Hafs al Masri, mirent un frein aux projets du groupe. De plus en plus, Oussama Ben Laden fut contraint de s’appuyer sur les réseaux locaux et laisser se développer des opérations contre Israël et les communautés juives, à la demande des émirs désireux de s’impliquer dans le conflit palestinien.

–  Un réseau mondial structuré

L’organisation d’Al Qaïda a constitué pendant près d’une décennie une énigme pour les services de sécurité occidentaux habitués à lutter contre leurs homologues du l’ex-bloc soviétique ou contre des groupes terroristes révolutionnaires. Reposant sur une organisation militaire, le réseau terroriste s’appuyait sur des solidarités personnelles échappant à la compréhension initiale. Bien que disposant d’organes internes rappelant le fonctionnement de structures clandestines passées (comité militaire, comité religieux, unités chargées de la gestion des volontaires, du budget, etc.), Al Qaïda a privilégié une organisation souple s’appuyant sur des coordinateurs régionaux ou nationaux puisant dans les communautés musulmanes des volontaires jihadistes. Présents à Londres, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Egypte, en Syrie, au Yémen, au Pakistan et au Canada, ces individus ont joué un rôle majeur avant la répression ayant suivi le 11 septembre en organisant aussi bien des attentats que filières logistiques. Le démantèlement rapide de cette « internationale du jihad » a conduit Al Qaïda à confier de plus en plus à ses alliés locaux la mise en œuvre de ses projets terroristes et à laisser une grande autonomie opérationnelle aux cellules ayant survécu aux arrestations.

2. Le jihad mondial : du jihad global aux jihads régionaux

La pression sécuritaire de plus en plus forte sur les réseaux jihadistes, si elle n’a pas empêché tous les attentats projetés par Al Qaïda et sa mouvance, a cependant entraîné de profondes modifications des méthodes opérationnelles.

De la toute puissance opérationnelle au repli stratégique

L’intervention occidentale en Afghanistan, si elle a considérablement réduit les capacités d’Al Qaïda, a renforcé sa détermination à lutter et à frapper partout où cela serait possible. La nécessité s’est donc imposé de déléguer aux réseaux locaux la conduite des attentats. Cette stratégie s’est rapidement révélée payante en Indonésie grâce à la Jemaah Islamiya (JI) puis au Maroc en mai 2003.Parallèlement, l’invasion anglo-américaine de l’Irak a redonné au jihadisme une impulsion, probablement décisive. Comme dans les années ’80 et ’90, des réseaux se sont spontanément constitués afin d’envoyer des volontaires combattre en Irak, tandis que l’idéologie jihadiste redonnait à des groupes en perte de vitesse une légitimité qu’ils avaient perdue depuis des années. Les attentats d’Istanbul, de Madrid puis de Londres, ainsi que le retour du terrorisme en Egypte ou son émergence en Jordanie et surtout en Arabie saoudite, ont favorisé le repli stratégique d’Al Qaïda, qui, pour reprendre une expression des services de renseignement français, « avait rempli son rôle historique de déclencheur du jihad mondial ». Cet effacement opérationnel de l’organisation a cependant été également provoqué par le retrait progressif d’Oussama Ben Laden du processus décisionnel.

L’effacement de Ben Laden et le retour des idéologues

Traqué, malade – et désormais probablement mort, Oussama Ben Laden a été remplacé à la tête d’Al Qaïda par Ayman Al Zawahiry. Celui-ci, en raison de son histoire personnelle, a progressivement imprimé sa propre marque sur Al Qaïda.

D’abord focalisé sur l’Irak, perçu comme le piège qui allait fonctionner là où celui tendu en Afghanistan avait échoué, l’idéologue égyptien a développé une rhétorique complexe inspirée aussi bien par l’islam radical que par une forme modernisée du panarabisme. Sa vision du monde, à la fois plus subtile et plus radicale que celle de Ben Laden, a permis la mobilisation de centaines de sympathisants dans le monde, en partie grâce à ses incessantes interventions télévisées. Surtout, l’impopularité croissante des Etats-Unis et de leurs alliés dans le monde arabo-musulman ont offert à Ayman Al Zawahiry l’occasion de mettre en pratique sa propre conception du jihad. Au lieu de mener seule une vaste campagne terroriste, au risque d’y prendre des coups sans pouvoir les rendre, la nouvelle direction d’Al Qaïda a choisi de revenir au rôle de structure de soutien logistique et idéologique de mouvements régionaux. Cette stratégie est particulièrement visible depuis plus de deux ans, avec l’adoubement du GSPC algérien, devenu Al Qaïda au Maghreb Islamique ou la réactivation d’Al Qaïda dans la Péninsule Arabique, issue de la fusion des cellules rescapées du jihad en Arabie saoudite et des réseaux présents en Yémen. La volonté de pousser les feux en Somalie mais aussi au Pakistan à la faveur des troubles graves qui secouent ces pays est considérée comme une menace majeure en raison de la capacité d’Al Qaïda à peser sur la ligne politique des insurgés.

Les nouveaux fronts du jihad

La nouvelle stratégie de Zawahiry a été parfaitement illustrée par l’ambitieuse opération terroriste menée à Bombay en novembre 2008. Réalisée par des individus ayant bénéficié du soutien avéré d’une partie de l’appareil sécuritaire pakistanais, cette attaque, unique par son ampleur, a également reçu l’imprimatur des responsables d’Al Qaïda, impliqués dans la fourniture de moyens et de conseils.

Les attentats de Bombay obéissaient en effet à une double logique, de plus en plus présente dans les opérations jihadistes : inscrits dans un contexte « local », ils visaient à la fois un Etat et des objectifs internationaux. Cette double ambition, qui cherche également à susciter des vocations par la « propagande par le fait », influence les groupes actifs au Yémen ou en Algérie dans le choix de leurs cibles, et mobilise depuis des mois les jihadistes turcophones présents en Asie centrale dont les menaces récurrentes pèsent sur la politique allemande.

A la campagne globale s’est donc substituée une stratégie de soutien à de nombreux jihads locaux. L’ouverture de nouveaux fronts jihadistes est un objectif que Zawahiry poursuit depuis 2006, à l’occasion de ses commentaires de l’actualité internationale. Héritier de la mouvance islamiste radicale égyptienne mobilisée à la fois par la lutte contre le régime du Caire et la libération de la Palestine, le leader d’Al Qaïda tente de reproduire ce double objectif. Il est aidé par la résurgence de méthodes, modernisées, ayant fait les beaux jours de la mouvance islamiste radicale dans les années ’90. Les lieux de rencontre clandestins dans les mosquées radicales et les coordinateurs régionaux ont ainsi été remplacés par les forums jihadistes sur Internet, mais l’essentiel demeure : la communauté du jihad est plus que jamais unie et échange informations, méthodes et idées. Elle pratique toujours l’entraide, et on a vu récemment l’épouse d’un jihadiste mauritanien exfiltrée vers le Pakistan via le Mali, le Tchad, la Somalie et le Yémen. Cette longue chaîne de solidarité, qui a mis à contribution l’ensemble des groupes terroristes de ces pays, illustre l’étroitesse des liens au sein de la mouvance jihadiste.

La présence de terroristes marocains ou maliens dans les maquis kabyles d’AQMI est une autre illustration de ces incessants mouvements invisibles.

La menace terroriste, si elle n’a pas changé de nature, a changé de logique. Base idéologique, Al Qaïda organise depuis le Pakistan la nouvelle architecture de son jihad et tente de défier ses adversaires sur de nombreux fronts simultanés.