Al Qaïda et l’arme nucléaire

Le SITE Institute a révélé, le 28 mai 2008, qu’un communiqué jihadiste appelant à la réalisation d’attentats en Occident à l’aide d’armes non conventionnelles avait été mis en ligne le 25 mai sur le site El Ekhlaas.Le porte-parole du FBI, Richard Kolko, a immédiatement minimisé la portée de ce communiqué, tandis que la CIA diffusait opportunément une évaluation affirmant qu’Al Qaïda était quasiment vaincue en Irak.

1/ Le programme non conventionnel d’Al Qaïda

L’attitude des autorités fédérales américaines en dit long sur leur évaluation actuelle de la menace jihadiste, du moins dans sa composante non conventionnelle. La réalisation d’attentats non conventionnels avait pourtant été envisagée dès l’automne 2001 par les services de renseignement britanniques, qui avaient diffusé une retentissante note intitulée « Penser l’impensable ».

Les attentats de New-York et Washington, aussi bien par leur ampleur que par la qualité de leur préparation et leur exécution, faisaient en effet craindre le pire pour la suite, et tout semblait alors possible aux analystes. Oussama Ben Laden avait publiquement déclaré que la possession d’une arme nucléaire constituait un devoir religieux pour les « vrais musulmans », et que la possession d’une telle arme impliquait naturellement son usage contre les Etats-Unis. De nombreuses rumeurs ont ainsi circulé depuis le 11 septembre au sujet des capacités nucléaires d’Al Qaïda. Parfois lancées par l’Administration américaine ou des responsables israéliens dans un but politique, parfois diffusées par les services de renseignement afin de se prémunir contre toute nouvelle accusation de négligence ou d’ignorance, parfois alimentées par les écrits de spécialistes autoproclamés du terrorisme, elles ont donné lieu à de nombreuses controverses et alimentent toujours la réflexion des grandes agences occidentales.

Selon celles-ci, le terrorisme nucléaire peut prendre 4 formes, classées ici de la moins à la plus probable :

  • le vol et l’utilisation d’un dispositif nucléaire intact

  • le vol – ou l’acquisition – de matière fissile permettant de réaliser une arme nucléaire

  • des attaques contre des réacteurs ou d’autres installations nucléaires (centres de traitement des déchets, convois, etc.) dans le but de provoquer une contamination radiologique

  •  et la fabrication d’un dispositif de dispersion radiologique.

Parmi les Cassandre figure le journaliste américain Paul Thomas, auteur de deux ouvrages sensationnalistes aux relents racistes et antimusulmans, « The Al Qaeda connexion » et « The day of Islam : the annihilation of America and the Western World ». Dans ces deux ouvrages, Thomas, qui redoute un « American Hiroshima », indique qu’Al Qaïda tente de se procurer des armes nucléaires depuis 1993 – ce qui est vrai – et a réussi à en acheter à la mafia tchétchène – ce qui relève de la plus pure fantaisie. Jamais à cours d’imagination et de preuves fictives, Paul Thomas écrit d’ailleurs que les services britanniques de renseignement (SIS, ex-MI.6) et Hans Blix, l’ancien Président exécutif de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies (COCOVINU), auraient découvert des éléments confirmant sans ambiguïté la véracité de ces assertions. Il n’en est évidemment rien, et jamais Al Qaïda, ou même une autre organisation terroriste, n’a été en possession d’arme nucléaire « prête à l’emploi », voire même a eu la capacité d’en réaliser une. Les affirmations de Paul Thomas – et d’autres « experts » – ont été formellement démenties par les services français et qualifiées de fantaisistes.

2/ La riposte

La destruction des installations d’Al Qaïda en Afghanistan dans les premiers jours de l’intervention américaine, lors de raids aériens massifs, a cependant montré que les autorités américaines désiraient en priorité anéantir les capacités techniques du mouvement terroriste. Elles prenaient en effet très au sérieux les rapports obtenus par les services européens au sujet des velléités d’Oussama Ben Laden de réaliser de nouvelles actions encore plus meurtrières. Quelques jours avant le 11 septembre, la communauté occidentale du renseignement s’était déjà mobilisée contre un projet d’attentat suicide devant détruire l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Le camp de Darounta, aux environs de Jalalabad, fut la cible principale de cette offensive en raison de son rôle central dans le programme non conventionnel d’Al Qaïda, dirigé par Abou Khabab Al Masri. Celui-ci, dans des installations rudimentaires, conduisait depuis plusieurs années des expérimentations visant à doter l’organisation terroriste d’armes de destruction massive. La fouille des décombres du complexe terroriste de Darounta permit de découvrir les zones « réservées » dont parlaient les jihadistes interrogés en Europe ou qu’évoquaient les sources humaines dans leurs débriefings.

Le laboratoire d’Abou Khabab ressemblait bien plus à un abri de jardin contenant des engrais dans des pots de confiture qu’à une installation ultra moderne. Pourtant, les textes découverts dans les ruines ainsi que dans les ordinateurs abandonnés confirmèrent qu’Al Qaïda entendait bel et bien réaliser des actions terroristes à l’aide de moyens autrement plus puissants que ceux utilisés jusque là. Dès 1999, la CIA disposait de renseignements non recoupés évoquant le rassemblement à Hérat (ouest de l’Afghanistan, à proximité de la frontière iranienne) de matériaux radioactifs par des militants d’Al Qaïda. L’extrême vétusté des installations de Darounta et les documents découverts (manuels scolaires, vieux ordinateurs, etc.) permirent d’écarter l’hypothèse cauchemardesque d’un mouvement terroriste mondial en possession d’armes nucléaires opérationnelles.

En réalité, les « techniciens » au service d’Al Qaïda, malgré leur proximité avec l’ISI, le puissant service secret pakistanais impliqué dans les activités proliférantes désormais bien connues, ne bénéficièrent jamais d’un soutien réellement dangereux des ingénieurs d’Islamabad. Les responsables pakistanais, mais aussi syriens ou iraniens, sont en effet parfaitement conscients des conséquences qu’entraînerait la fourniture de composants nucléaires à Al Qaïda, et surtout leur utilisation. Dans ces conditions, et alors que la quasi-totalité des transactions clandestines impliquant des matières radioactives ont été provoquées par des services de renseignement pour piéger des mafieux, Al Qaïda et l’ensemble des mouvements jihadistes, conscients qu’aucun Etat ne les aiderait à aller jusqu’au bout, ont été contraints de revoir leurs ambitions à la baisse.

3/ Les jihadistes contraints au choix de la rusticité et de la simplicité

Les opérations de la coalition en Afghanistan, si elles sont loin d’aboutir à une victoire militaire, empêchent Al Qaïda de reconstituer un sanctuaire dans lequel pourraient se regrouper des terroristes au sein d’installations. Les jihadistes ont désormais fait le choix de la simplicité, tant dans le choix de leurs cibles que dans celui du mode opératoire et des moyens. Cette rusticité leur assure, à Londres comme à Casablanca, à Madrid comme à Islamabad, un taux de réussite très élevé. C’est d’abord cette simplicité opérationnelle qu’il faut redouter de la part des terroristes inspirés par Al Qaïda, contre des installations nucléaires.

Au mois d’octobre 2003, la police australienne a ainsi arrêté un jeune Français converti, Willie Brigitte, soupçonné de préparer un attentat contre une centrale nucléaire de la banlieue de Sydney. La menace la plus sérieuse a cependant été contrée en novembre et décembre 2005, lors du démantèlement par la police australienne d’un réseau jihadiste implanté à Melbourne et Sydney.

En 1982, plusieurs roquettes furent tirées par un militant anti-nucléaire contre la centrale, alors en construction, de Creys-Malville. Le projet de détruire une centrale fut étudié en 1994 par Khaled Sheikh Mohamed, déjà inspirateur de l’attentat contre le World Trade Center de 1993 et concepteur des attaques du 11 septembre, à l’occasion du projet Bojinka. En septembre 2001, les organisateurs du complot envisagèrent de lancer un des avions de ligne détournés contre une centrale, mais renoncèrent, car ils estimaient que ce type d’objectif bénéficiait de moyens de défense aérienne conséquents et que l’appareil serait intercepté. Le rapport de la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre a cependant montré que ce projet aurait pu réussir, tant la défense aérienne américaine sur la côte est des Etats-Unis avait été indigente. Cette extrême vulnérabilité est également illustrée par les convois de déchets. En réalité, il ne s’agit pas tant de craindre un cataclysme nucléaire qu’un véritable choc dans les opinions occidentales. Objet de fantasme, la menace terroriste nucléaire ressentie est largement supérieure aux risques réels encourus. Mais cette sensibilité est un atout politique et opérationnel pour les terroristes. Ces-derniers, incapables de réaliser un véritable non conventionnel sont en revanche parfaitement capables de commettre des attaques dans lesquelles quelques grammes de matières radioactives contraindraient les services de secours à adopter une posture bien particulière, et provoqueraient un choc psychologique incomparable. Dès lors, et avant l’avènement prévisible dans une décennie d’une menace structurée aux capacités technologiques réelles issues de la mouvance écologiste et d’extrême-gauche, il faut avant tout redouter les tentatives maladroites de jihadistes rêvant à l’apocalypse.


[1] Cf. http://www.siteintelgroup.org/.

[2] Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, (daté du 20 juin 2008), le Ministre israélien de la Défense Ehoud Barak évoque le risque d’un attentat nucléaire : « Si le monde autorise l’Iran à avoir du nucléaire militaire, dans dix ans, on trouvera des engins nucléaires entre les mains de terroristes. Et un groupe terroriste n’hésiterait pas un seul instant à placer cet engin dans un conteneur, équipé d’un détonateur GPS, et à l’envoyer vers un port majeur de la Côte est des Etats-Unis, en Europe ou en Israël. »

[3] D’après Paul Thomas, le projet « American Hiroshima » impliquait l’explosion simultanée d’armes nucléaires dans les villes de New York, Boston, Washington, Las Vegas, Miami, Chicago et Los Angeles. Selon d’autres, l’entrée de ces engins aux Etats-Unis aurait été facilitée par le gang latino-américain MS-13. On peut juger ici du sérieux des auteurs de ces révélations…

[4]Après plusieurs années de recherche, le camp put être localisé précisément et fut frappé dès le 12 octobre 2001, trois jours après le début de l’offensive américaine, grâce aux photographies satellite transmises par les autorités françaises.

[5]Un certain nombre de poisons avaient été testés sur des animaux dans les « laboratoires » du groupe, et les services occidentaux – en particulier américains, britanniques et français – suivaient de près les développements de ces travaux.

[6] Cette certitude, largement développée par Richard Clarke dans son livre « Contre tous les ennemis », a nourri en 2001 et 2002 la paranoïa des  faucons de l’Administration américaine, désireux d’intervenir en Irak, tout en confirmant les craintes des analystes.

[7] Cet attentat a été avoué par son auteur, un ingénieur suisse nommé Chaïm Nissim, dans son livre : «  L’amour et le monstre : roquettes contre Creys-Malville », 2004.

We were soldiers : récit d’un échec militaire, chronique d’un naufrage cinématographique.

Soyons clairs : on peut essayer de filmer des space-operas après Star Wars, mais c’est plus compliqué. Il en va de même pour les films sur la mafia après les chefs d’oeuvre de Coppola ou de Scorsese, les thrillers après David Fincher (The Game, Seven, Panic Room, Zodiac), Bryan Singer (The usual suspects) ou Michael Mann (Man hunter, Heat, Collateral).

Dans le cinéma de guerre, il existe ainsi quelques films qui sont autant d’étapes : Apocalypse now (Coppola), Platoon (Oliver Stone), Saving private Ryan (Spielberg), A thin red line (Terence Mallick), Black Hawk down (Ridley Scott). Mais il faut croire que certains cinéastes ne vont jamais au cinéma. C’est le cas de Randall Wallace, auteur en 2002 de We were soldiers, consacré à la bataille de Ia Drang, en 1965.  

Wallace, déjà auteur du scénario du film de Michael Bay Pearl Harbor et de la fresque de Mel Gibson Brave heart, est une sorte de sous-John Milius, obsédé par les notions de patriotisme, de sacrifice, et pour tout dire un militariste forcené.

Mais alors que Ridley Scott dans Black Hawk down, concentrait son film sur le récit d’un fiasco militaire en Somalie, et que Coppola dans Gardens of Stone évoquait le Vietnam vu de Washington, Wallace ne tranche pas et tente de tout traiter : la bataille de Ia Drang, les origines du conflit, la vie des familles à l’arrière, la naissance de la doctrine de l’assaut héliporté, etc.

Le résultat est évident : un fiasco intégral, prévisible dès la première scène, qui voit un détachement de l’armée française taillé en pièces en Indochine (les officiers portent des képis blancs, les paras de la Légion des béréts rouges ornés d’un insigne de l’infanterie, on sonne la retraite au clairon : du grand n’importe quoi).

Le reste du film est à l’avenant. Porté par un Mel Gibson omniprésent (le colonel Moore, auteur du livre qui inspire le film) plus messianique que jamais, le récit accumule les clichés et se rapproche parfois du calamiteux Green berets de John Wayne. Tourné aux Etats-Unis dans des paysages n’ayant rien de commun avec le site de la bataille, il ne parvient pas à reconstituer l’atmosphère si particulière des combats de cette guerre. Plus grave, le déroulement de la bataille est proprement incompréhensible, et la seule scène à sauver est celle où le colonel vietnamien constate, attristé, que les Américains, s’estimant victorieux, ne vont pas quitter le pays. Pour le reste, mieux vaut oublier ce film, ne serait-ce que pour ne pas avoir à contempler le visage refait de Madeleine Stowe, dont le chirurgien esthétique a sans doute fait ses classes sur la RC.4.

Regard froid sur Gaza : la plus grande prise d’otages du monde

Il a déjà été beaucoup dit sur la récente opération militaire d’Israël à Gaza. Des manifestations d’une certaine gauche aux protestations de partis islamistes aux motivations réelles à peine dissimulées, en passant par les justifications au mieux maladroites des défenseurs jusqu’au-boutistes de l’Etat hébreu, on a tout lu, tout entendu.

Entre propagande sur Internet, à la télévision, à la radio, il a été difficile de démêler le vrai du faux, et comme le rappelait Philippe Val un vendredi matin sur France Inter, on ne peut s’empêcher de penser que certaines réactions relèvent plus de l’antisémitisme que de la défense du malheureux peuple palestinien. Ici et là, dans un monde arabe que d’aucuns jugent monolithique mais qui bouillonne, quelques voix ont osé s’opposer au discours consensuel. Parmi ces voix figure celle de Wafa Sultan, auteur d’un retentissant éditorial qui devrait logiquement la mettre en danger de mort (cf. http://www.mediarabe.info/spip.php?article1644). L’Histoire dira si cette opération militaire aura provoqué un réveil des consciences politiques dans une région où les bonnes volontés sont écrasées par le népotisme et les politiques à courte vue.

A l’exception des interventions de Pierre Razoux, on a finalement peu lu d’analyses froides sur l’opération « Plomb durci », pourtant passionnante, si on oublie un instant, juste un instant, les morts et les destructions engendrées.

Quelles ont donc été les motivations et les caractéristiques de ce déchaînement de violence technologique sur Gaza ?

 1/ Le contexte politique immédiat

Face à face, le Hamas, mouvement islamiste radical sunnite se présentant comme la branche palestinienne des Frères Musulmans égyptiens, pratiquant la violence terroriste tout en se prétant au jeu politique (élections municipales en 2005, législatives en 2006), et Israël, un mélange unique d’Etat occidental et moyen-oriental entouré d’ennemis et traversé par de profondes divisions idéologiques.

Alors que le Hamas, à la suite d’un coup de force, s’est emparé de Gaza et ne laisse à l’Autorité Palestinienne (AP)  que la gestion de la Cisjordanie (« West bank » du Jourdain), Israël se prépare à des éléctions législatives dans une ambiance délétère. Olmert fait l’objet de plusieurs enquêtes pour corruption, et la droite nationaliste, emmenée par Netanyahou, gagne des points en pratiquant une surenchère verbale, destinée aussi bien à la gauche qu’à l’extrême-droite.

Palestiniens et Israéliens, pour des raisons intérieures, ont besoin d’une crise majeure qui leur permettra de créer une union sacrée.

2/ La montée des tensions

En Palestine, tout tourne autour de la question de l’oeuf, de la poule, et de qui est arrivé en premier. Ici, le cercle vicieux est limpide :

– tirs de roquettes depuis Gaza sur le sud d’Israël

– raids ciblés israéliens

– nouveaux tirs de roquettes

– blocus israélien de Gaza

– désespoir croissant de la population

– mulitplication des tirs de roquettes (dont le Hamas n’est pas seul responsable. Il faut rappeler ici que plusieurs groupes liés au Fatah coopèrent étroitement avec le Hamas et le MJIP).

– décision israélienne, avant l’intronisation du nouveau Président américain, de lancer son opération.

 3/ Le grand jeu

L’offensive israélienne, ahurissante démonstration de force, n’a évidemment pas eu pour seul but de frapper le Hamas. Le message s’adressait d’abord aux deux sponsors du mouvement, l’Iran et la Syrie, et au Hezbollah.

Critiquée après son opération au Sud-Liban en 2006 contre le Parti de Dieu, Tsahal a eu à coeur de prouver qu’elle gardait une avance considérable sur ses adversaires régionaux, et qu’elle pouvait faire montre d’une volonté inflexible, malgré la virulence des critiques internationales.

Quelques jours après le début des raids aériens, la presse américaine a fort opportunément révélé que Washington avait empêché des frappes israéliennes préventives sur les sites nucléaires iraniens. Rien ne prouve que cette opération ait été effectivement préparée, mais le signal est fort, et relève de la « stratégie du cinglé », appliquée par Richard Nixon lors des négociations de paix sur le Vietnam en 1972 : « Nos ennemis doivent comprendre que nous sommes des fous imprévisibles, détenteurs d’une incroyable force de frappe. C’est ainsi qu’ils se plieront à notre volonté. » Le message est donc clair à l’égard de Téhéran – surtout quand on se souvient de mystérieux raid en Syrie sur des installations secrètes.

Ainsi, tout en frappant le Hamas, israël rappelle à ses voisins que les leçons de 2006 ont été tirées, que la volonté politique est là, que les moyens sont disponibles et que rien ne retiendra leur emploi.

4/ Et si ça avait été pire ?

On a peine à l’imaginer, tant les images ont été choquantes, mais Tsahal a fait preuve lors de cette opération d’une retenue, qu’à défaut de saluer on doit reconnaître. Si le bilan apparaît terrible (de 1500 morts de source palestinienne à 700 morts selon un journaliste italien, et des milliers de blessés), il reste étonnement – je rappelle que je me place d’un point de vue technique –  bas si l’on prend en considération les moyens employés : chasseurs F.15 et F.16, hélicoptères Apache, artillerie, infanterie et blindés. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler des deux batailles de Falloujah en 2004 entre les troupes américaines et les insurgés irakiens, ou du siège de Grozny par l’armée russe.

La parfaite connaissance des lieux, longtemps occupés par Israël, encore accrue par les moyens actuels de localisation (interception des téléphones Thuraya, étude bornes-relais de GSM, etc.) et la présence d’agents infiltrés, a permis des frappes ciblées d’une grande précision. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si les premières bavures ont été enregistrées après plusieurs jours, lorsque le Hamas a fait un usage systématique de boucliers humains. Les règles d’engagement de Tsahal l’ont conduit à ignorer la présence de civils lorsqu’une cible avait été localisée. Ainsi, les Israéliens ont frappé avec précision et en toute connaissance de cause des objectifs que le Hamas, à défaut de pouvoir protéger, transformait en « bavures » en pleurant les « martyrs ».

Prise au piège entre un mouvement, le Hamas, coincé entre ses fondamentaux politiques et religieux et la nécessité d’évoluer, et un pays, Israël, désireux d’envoyer des messages forts à ses ennemis régionaus et à son principal allié, la population palestinienne a une fois de plus fait les frais d’un jeu stratégique qui l’oublie depuis 60 ans.

« Secret Défense » : palme du rire

Les écrans français ont récemment été envahis par un ambitieux polar français censé décrire, dans un touchant élan citoyen, les activités des services de renseignement engagés dans une lutte, évidemment sans merci, contre l’hydre jihadiste. Hélas, une fois de plus, le cinéma hexagonal, en tentant de copier les productions américaines, se couvre d’un durable ridicule. N’est pas Paul Greengrass qui veut, et il y a fort à parier que Secret défense ne marquera pas autant les esprits que les aventures de Jason Bourne.

Ne cachons pas plus longtemps que ce film de Philippe Haïm a provoqué dans la communauté nationale de la lutte anti terroriste un mélange rarement atteint de stupeur et de consternation. Magistrats, policiers, espions, tous ont ri à la seule lecture du scénario, et ceux qui ont eu l’insigne honneur de fréquenter les casernes du Boulevard Mortier n’ont pu que mesurer l’ampleur de la catastrophe cinématographique censée glorifier leur métier.

En réalité, tout dans ce film sonne faux, du chef terroriste en costume impeccable (rendez-nous Abou Koutada !) au chef du contre-terrorisme de la DGSE, tout en muscle et sans cervelle. Quant à l’opération d’infiltration au coeur du récit, on a peine à croire que quiconque ait pu envisager qu’une femme puisse infiltrer un réseau jihadiste. La simple lecture des ouvrages de Peter Bergen (http://www.peterbergen.com/bergen/) aurait pourtant dû renseigner le réalisateur. Mais celui-ci, pourtant vertement mis en garde par les plus hautes instances de la DGSE, s’est obstiné dans son délire, probablement aidé dans ce naufrage par certains de ses acteurs.

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Il n’aura en effet échappé à personne qu’au moins deux des seconds rôles du film sont des habitués des plateaux de télévision, sur lesquels ils mettent en avant leur imaginaire expérience du renseignement. Sans citer de noms, il est tout de même possible de préciser ici qu’un de ces apprentis comédiens se présente comme un vétéran du renseignement français alors qu’il n’a en réalité passé que quelques mois au SGDN (http://www.sgdn.gouv.fr/) pendant son service militaire et qu’il ne faisait dans cette vénérable institution que des photocopies. Quant à la « linguiste », il convient de préciser qu’elle a eu maille à partir avec le Ministère des Affaires Etrangères pour des raisons qu’elle se fera sans doute un devoir de préciser à l’occasion.

Mais broutilles que ces détails. L’important est ailleurs – tout comme la vérité, dit-on. 10 ans après le remarquable Couvre feu d’Edward Zwick  qui avait déjà tout prévu, et une série de films intelligents (Le Royaume, de Peter Berg ; Syriana, de Stephen Gaghan), le cinéma français a encore une guerre de retard.

Il ne reste plus qu’à revoir Les Patriotes, d’Eric Rochant pour se faire idée de ce qu’est le renseignement.

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