« La révolution, c’est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe » (Eddie Merckx)

Entre le début de la glorieuse Révolution française, en 1789, et la proclamation de la IIIe   République par Gambetta, en 1870, la France a connu la Ière République (et la Terreur, et l’atroce Guerre de Vendée), le Directoire, le Consulat, le Ier Empire, une restauration (et trois rois, et deux autres révolutions), la IIe République, un coup d’Etat, un Second Empire, et finalement la Commune et la fin de toute idée monarchique (je vous épargne les révisions constitutionnelles de 1875, et je laisse de côté Mac-Mahon et Boulanger, parce qu’on ne va quand même y passer la nuit, non plus). En presque un siècle, donc, les soubresauts de la vie politique française ont secoué toute l’Europe, l’entraînant dans une série de guerres, de la Péninsule ibérique à Moscou, et même en Egypte, et il aura fallu des crises gravissimes, des défaites cruelles, des retours en arrière brutaux, des aventures sans lendemain et des règnes sans gloire pour parvenir à implanter la démocratie parlementaire dans notre pays.

Ces données, accessibles à toute personne dotée d’un cerveau et d’un dictionnaire, devraient être connues de tous et inciter à la patience, ou, en tout cas, à un minimum de prudence face au chaos qui règne sur la rive sud de la mare nostrum. Passons sur les enthousiasmes, touchants mais naïfs, d’un Jean-Pierre Filiu qu’on a décidément connu plus inspiré, il y a déjà longtemps, et attardons-nous sur les géopoliticiens de comptoir, les historiens du 20h de TF1, qui suintent le scepticisme et la nostalgie.

Prenons, par exemple, Nicolas Dupont-Aignan, le gendre idéal de la bourgeoisie de province, le présentateur rêvé du Juste Prix.

Souverainiste lorgnant sans fausse pudeur vers la droite de la droite, au point de reprendre à son compte la dernière lubie de Madame Le Pen (« Le Front national n’est pas un parti d’extrême-droite », comme quoi on apprend des trucs utiles tous les jours), M. Dupont-Aignan déplore ouvertement, depuis le printemps 2011, le renversement du régime libyen. Comme d’autres, défenseurs des valeurs de la République, héritiers auto-proclamés du Général, il ne souhaite la démocratie et les droits de l’Homme que pour certains des habitants de cette terre. Et pour les autres ? Bon Dieu, les gars, débrouillez-vous. On ne va quand même pas tout vous faire, non plus, si ?

Pour tous ces braves élus de la République, parfois dangereusement proches du populisme le plus éhonté, regretter ces braves tyrans, certes parfois un peu agaçants mais tellement rassurants, se fait sans fausse honte. On entend ainsi, contre toute évidence historique, que les chrétiens d’Orient étaient protégés par ces généreux généraux, ou qu’il n’y avait pas d’immigrants clandestins en provenance de Libye, de Tunisie ou de Syrie. La vérité, évidemment, est toute autre, mais encore faudrait-il que ceux qui nous abreuvent de leurs certitudes – et de leurs peurs – prennent la peine de chercher un peu. Las, il se trouve que ça n’est pas leur genre, eux qui construisent leur carrière sur des coups de mentons et des appels au soi-disant bon sens populaire (celui des pogroms, des ratonnades et des pillages). Se souviennent-ils que le colonel Khadafi, qu’ils regrettent comme on pleure un ami trop tôt disparu, faisait de l’immigration clandestine un moyen de pression sur l’Europe ? Savent-ils que des réseaux criminels directement connectés aux régimes en place à Tunis ou Tripoli organisaient, parfois à bord de cargos, ces terribles expéditions ? Ont-ils seulement conscience de la situation des Etats d’Afrique centrale ou de l’Ouest, fournisseurs de malheurs et de pauvreté ?

Personne ne se réjouit du désordre qui sévit dans les pays touchés par les révoltes arabes. Les drames qui se succèdent, dans un terrifiant enchevêtrement de violences plus ou moins aveugles, vont durer, encore et encore, tant que ces crises n’auront pas accouché de nouvelles classe politiques, de nouveaux systèmes de gouvernement, voire de nouveaux hommes forts capables de s’imposer. On a vu ça mille fois, et il y a sans doute mieux à faire, en Europe, que geindre, regretter le bon vieux temps ou chercher des complots à la loupe alors qu’il y a des phénomènes historiques à observer de haut et de loin. Se protéger des menaces extérieures est parfaitement légitime, mais encore faut-il les comprendre. On peut aussi, car ça ne gâte rien, éviter les prophètes en service commandé ou les géopoliticiens prompts à recevoir des subventions étrangères tout en prônant un nationalisme farouche et une indépendance d’esprit sourcilleuse.

Il est, naturellement, plus difficile d’inviter à la retenue ceux qui, dans ces pays vacillants, subissent la violence quotidienne et vivent dans l’incertitude. Il ne m’appartient pas, d’ailleurs, de leur donner quelque conseil que ce soit depuis mon bureau. La chose serait à la fois indécente et inutile. Tout au plus peut-on leur glisser qu’il n’y a jamais de véritable retour en arrière en histoire, quand bien même la restauration de l’ancien système serait-elle tentée par les dirigeants déchus. Il ne peut s’agir que d’une forme de pause, de parenthèse, et mieux vaut se préparer à l’avenir que pleurer un passé déjà transformé par les souvenirs et qui n’était pas si riant. Pourquoi y aurait-il eu une révolution, si tout allait si bien ?

S’agissant de la Libye, soit dit en passant, il ne s’agit pas de restauration mais bien d’un profond désordre né de la dislocation d’un Etat dont la fragilité était connue de longue date et qui ne tenait que grâce à l’habileté du Guide, distribuant les pétrodollars à son peuple, achetant ou brisant l’opposition, donnant des gages aux irrédentistes et faisant mine de tout commander alors qu’il essayait surtout de prévenir l’explosion du système en préservant ses propres intérêts. On comprend qu’un homme de sa qualité provoque une telle vague de nostalgie en France, un pays qu’il a tant aimé.

En Egypte, en revanche, la question ne se pose plus. La situation est même devenue particulièrement limpide après le coup d’Etat militaire du 3 juillet dernier, puis le coup de force répressif du 14 août. On dira ce qu’on veut, mais les généraux égyptiens savent y faire. Je pourrais ajouter qu’il est plus facile de casser des camps de toile au petit matin que de venir à bout de jihadistes dans le Sinaï, mais ça va encore faire jaser. Pas plus que l’armée algérienne ne parvient à réduire AQMI en Kabylie, l’armée égyptienne, qui m’a toujours fait l’effet d’être surévaluée, ne semble pas capable de contrôler le Sinaï, et les récents attentats au Caire, y compris contre le ministre de l’Intérieur, en disent long sur le bilan de plus de deux ans d’offensives et de ratissages.

Depuis cet été, la glorieuse Egypte, menée à la baguette par son nouveau raïs, renoue donc, à la satisfaction générale, avec ses jours les plus glorieux. La police a fait un retour en force, l’armée veille, les médias sont muselés et relaient la propagande la plus imbécile qui soit (Saviez-vous que le frère de Barack Obama était un Frère musulman ? Non ? Ben voilà. Ne me remerciez pas, c’est tout naturel), on y meurt à nouveau en détention et il y a un attentat par jour. Good old days…

La population, mobilisée par les petits gars de Tamarrod, est donc massivement descendue dans la rue au mois de juin pour réclamer et obtenir la destitution du président Morsy. Toujours serviable, l’armée, n’écoutant que son bon coeur, s’est dévouée et a ramassé tout ce petit monde. Comme sous le règne de Nasser, les responsables de la Confrérie, parvenus au pouvoir par les urnes mais incapables de gouverner (notez bien que ça peut arriver ailleurs, je me comprends) sont désormais pourchassés, arrêtés, accusés de crimes graves, et incarcérés en attendant un procès que l’on sait, évidemment, conforme à tous les standards de la nouvelle Egypte issue de la révolution du 25 janvier 2011.

Peu importe que le coup de force des militaires fasse le jeu des jihadistes, qui voient toutes leurs analyses confirmées. Peu importe qu’une grande partie de la population réclame de l’ordre plus que la liberté. Peu importe que ceux qui conspuent les pétromonarchies en Syrie ne les voient pas à l’oeuvre en Egypte, aux côtés des généraux qui sont à peu près aussi laïcs que je suis danseuse étoile. La restauration à l’oeuvre dans le pays est un retour en arrière, motivé par la défense des intérêts économiques de l’armée tout autant que par les convictions islamo-nationalistes, ultra conservatrices, des dirigeants évincés au mois de février 2011.

Posons, d’ailleurs, la question qui fâche : y a-t-il eu une révolution en Egypte ? Nous nous souvenons tous du départ de Moubarak, et d’une armée acclamée, pleine de retenue, suspendant la constitution mais organisant un référendum puis des élections législatives libres, multipliant les déclarations fermes mais rassurantes, presque paternalistes, jurant de défendre la révolution et le peuple. Nous nous souvenons aussi des procès contre les ONG, ou des incidents de Maspero, ou de ses hésitations à reconnaître la victoire de Mohamed Morsy lors du scrutin présidentiel après avoir hésité à imposer Ahmed Shafiq.

L’armée, et les historiens auront à étudier la chose de près, n’a jamais vraiment laissé le pouvoir. Au mois de février 2011, c’est l’un des siens, Hosni Moubarak, qu’elle a fait mine de renverser pour reprendre le contrôle de la situation. En 2012, c’est en adoptant une attitude faussement soumise qu’elle a reconnu l’arrivée au pouvoir d’un Frère, mais non sans avoir préalablement dissous les deux chambres du parlement et obtenu des pouvoirs de police exceptionnels. Et il semble que l’armée ait copieusement savonné la planche des islamistes pendant le court mandat de Mohamed Morsy en organisant quelques épisodes de pénurie d’essence ou de gaz, et en tendant une main secourable à certains – pas tous – des révolutionnaires.

Le constat est donc cruel, et ceux des Egyptiens qui ont soutenu le coup de force de juillet ont d’abord montré que leur détestation de l’islamisme, que je ne condamne pas, les conduisait à nier les avancées démocratiques nées de la supposée révolution de 2011, devenue une simple récréation avec le recul.

La situation étant pire aujourd’hui en Egypte qu’elle ne l’était au mois de décembre 2010, les forces politiques et la population se radicalisant, la crise socio-économique n’ayant pas de solution et l’islamisme ayant montré, sans surprise, ses limites, on attend désormais le nouvel épisode de violences qui devrait, logiquement, suivre quand l’armée aura, elle aussi, montré qu’elle ne sait pas plus faire aujourd’hui ce qu’elle ne savait pas faire hier : gouverner.

It’s a siege, it’s a goddamn siege.

John Carpenter est un maître. Inutile de discuter, c’est comme ça. Parmi les cinéastes américains contemporains, il n’a ni l’ampleur géniale de Francis Ford Coppola, ni le panache de Martin Scorsese, ni la virtuosité de Brian De Palma, ni le perfectionnisme de Steven Soderbergh, ni le ton de Jeff Nichols. Et on ne peut, pas plus, le comparer aux grands cinéastes européens, allemands, français, britanniques, italiens ou espagnols. John Carpenter, pourtant, est une légende, dont la filmographie ne cesse de susciter des vocations, d’impressionner les critiques (certains de ses films ont même été réédités il y a une dizaine d’années par Les Cahiers du Cinéma, quand même) et de faire frissonner les spectateurs.

Et quelle filmographie, les amis, quelle étourdissante série de classiques ! Dark Star en 1974, Halloween en 1978, The Fog en 1980, Escape from New York en 1981, The Thing en 1982, Christine en 1983, Jack Burton dans les Griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) en 1986, Prince des Ténèbres en 1987, Invasion Los Angeles (They Live) en 1988, L’Antre de la Folie en 1995, Vampires en 1998, Ghosts of Mars en 2001…

 

  

 

 

 

John Carpenter n’est pas seulement le type qui tourne avec des moyens modestes des films pour cinéclubs ou chaînes du câble. Cinéaste du dérèglement du quotidien, il sait créer des ambiances glaçantes (sans porter de foulard, je me comprends) à partir de situations banales (Halloween, Fog, The Ward en 2010) et ne néglige pas les charges politiques (They Live). Son amour du western et son admiration, maintes fois exprimée pour Rio Bravo, le chef d’oeuvre de Howard Hawks (1959, avec John Wayne, Ricky Nelson, Dean Martin, Angie Dickinson et Walter Brennan), l’ont conduit à en tourner des variations (Escape from New York, Vampires, Ghosts of Mars) mettant en avant des hommes – puis des femmes – dur(e)s, taciturnes, solides.

En 1976, à l’occasion de son deuxième film pour le cinéma, John Carpenter expose ses obsessions dans Assault on Precinct 13, un western urbain qui inspirera des dizaines – voire des centaines – de dérivés.

Assaut (son titre français) est le film de la violence gratuite, nihiliste, le tableau d’une société déréglée, en proie à une violence qu’elle ne comprend pas et qu’elle doit, malgré tout, combattre. Tout commence par une sanglante fusillade entre des malfrats et la police, au milieu de ce qui semble bien être un cycle de violences, les représailles répondant à la répression, et ainsi de suite. On sent bien, à écouter la radio dans la voiture d’un policier affecté à un commissariat vivant ses dernières heures dans une banlieue dévastée, que le pire est en route.

Les premières images montrent le calme confortable d’un quartier résidentiel cossu, et on ne peut s’empêcher d’y voir l’annonce du confort des pavillons de Halloween. Chez Carpenter, le calme est, de toute façon, très souvent chargé de menaces, comme si notre normalité était, finalement, anormale, ou en tout cas temporaire. Et la violence surgit, terrible, sans autre motivation que son propre spectacle.

L’objet central du film est cependant de montrer un siège, l’attaque d’un commissariat peu défendu par des adversaires sans visage – ce que l’on retrouvera avec brio dans I am a Legend (2007, Francis Lawrence). Face à des agresseurs anonymes, toujours plus nombreux, toujours plus violents, la petite équipe du commissariat, à peine armée, composée de policiers, de civils et de détenus, doit s’unir, dépasser ses réflexes de défiance et faire face jusqu’au bout. Finalement submergée, elle ne soit son salut qu’à l’arrivée de la cavalerie, pardon, de la police.

Tendu, court, sans digression, le film s’attache à la violence primaire, sans armes sophistiquées, sans explosions en tout sens. Il y montre le choc de deux volontés, celle des assaillants, atrocement incompréhensible, et celle des assiégés, mus par la simple volonté de survivre. L’affrontement est devenu animal, dans une société en voie de décomposition.

Près de trente ans plus tard, un jeune cinéaste français, qui n’a cessé d’explorer les banlieues françaises (Etat des lieux en 1995, Ma 6-T va crak-er en 1997, De l’amour en 2001) s’empare du monument de John Carpenter et le revisite à sa façon.

Plus ambitieuse, plus spectaculaire, la version de Richet s’appuie d’abord sur une distribution infiniment plus prestigieuse, qui révèle l’amour du réalisateur pour le cinéma américain. On retrouve ainsi Ethan Hawke, Lawrence Fishburne, Gabriel Byrne, Brian Dennehy, John Leguizamo, Maria Bello, Drea de Matteo, Kim Coates, Dorian Harewood) dans une production nerveuse et léchée qui rappelle Nid de Guêpes, le meilleur film de Florent-Emilio Siri (2002).

Le film de Richet s’éloigne, à dessein, de l’épure de Carpenter en donnant plus d’ampleur aux personnages et même à l’histoire. Le sujet reste, évidemment, celui du siège d’un commissariat isolé et quasi abandonné par une bande criminelle, mais les différences sont notables. On sait déjà plus sur le taulier, un ancien opérationnel brisé par une opération ratée, accro aux antidépresseurs. On sait aussi plus sur son alter ego de malfrat, chef du crime organisé de Detroit, aussi serein et déterminé que le policier est tendu et hésitant.

 

Autour d’eux, on trouve une secrétaire explosive, une psy aux allures de gravure de mode, un vieux flic (qui rappelle par certains côtés le Stumpy de Rio Bravo) et trois petits voyous décidés à survivre. Face à eux, la menace n’est plus anonyme, et elle ne vient pas de la rue. Les hommes armés qui tentent de s’emparer du commissariat sont en effet les membres de l’unité d’élite de la police de la ville. Lourdement équipés, ils cherchent à éliminer le mafieux coincé là par hasard avant que celui-ci ne dénonce à la justice les liens qui les unissent.

Le cinéma de Richet n’est jamais tendre avec la police, et on peut aisément lui reprocher un certain romantisme de pacotille, voire une tendresse parfois pénible pour les mauvais garçons. Dans cette aventure américaine, la recette fonctionne cependant parfaitement et complète, finalement, la version initiale de Carpenter.

En 1976, la violence de la rue, nihiliste, aveugle, naissait de la brutalité policière pour échapper à tout contrôle. En 2005, la violence de la rue a corrompu cette même police, qui en vient à tuer certains de ses membres pour préserver ses gains et sauver sa réputation. La décomposition sociale et politique a fait dériver les meilleurs éléments des forces de l’ordre très loin de leurs missions initiales et les good guys sont désormais traqués par les renégats surarmés.

Très inspiré par l’univers du jeu vidéo, le film de Richet est l’occasion de voir un détachement SWAT s’attaquer à un bâtiment défendu avec acharnement par une poignée d’individus déterminés, capables d’innover et même de s’unir. Assault on Precinct 13 se veut avant tout un film d’action, garantissant des explosions, des rafales, et les équipements qui font la joie de certains lors des parties en ligne de Call of Duty : JVN, casques, armures, boucliers, flashbangs, etc. Richet, comme plusieurs cinéastes de sa génération, est manifestement fasciné par cet arsenal, et il met ainsi en évidence la militarisation des moyens de police. Quelle différence, à première vue, entre un membre de la Delta Force et un policier d’élite du Detroit Police Department ? Quelle différence, à première vue, entre cet assaut sur le Central 13 et celui contre un repaire de jihadistes ?

A leur façon, à trente ans de distance, les deux films décrivant cette attaque de commissariat sont sans doute le reflet des évolutions d’une société de plus en plus violente, de plus en plus armée. En 1976, les agresseurs étaient des voyous. En 2005, les voyous portent des uniformes, et s’il est possible de trouver la vision de Richet caricaturale et simpliste, on ne peut exclure qu’elle soit partagée par un grand nombre de spectateurs auxquels s’adressait son film.

Nous avons dû raser la ville pour la sauver.

Je ne vais pas me risquer à aligner les qualificatifs qui pourraient décrire la guerre américaine au Vietnam. Sa complexité, son ampleur et ses conséquences n’ont pas fini de peser dans l’imaginaire de l’Empire, de ses alliés et sans doute d’une bonne partie du reste du monde.

En France, le conflit n’est connu que par le cinéma ou la télévision, où le meilleur a bien souvent côtoyé le pire. Quelques ouvrages américains ont bien été traduits, mais la production sur le sujet est terriblement faible au regard de l’importance de cette guerre. C’est donc avec un grand intérêt que j’ai lu L’offensive du Têt, de Stéphane Mantoux, un petit ouvrage paru récemment chez Taillandier.

L’ambition de Stéphane Mantoux n’est pas de raconter l’ensemble du conflit mais bien de se concentrer sur ces quelques mois qui ont vu l’échec de l’engagement militaire américain se révéler au grand jour. Naturellement, l’ouvrage, bien écrit, est l’occasion de rappeler en quelques pages limpides les origines de la guerre, mais l’auteur ne s’y attarde et va rapidement à l’essentiel.

L’objet du livre, en effet, est bien de décrire la gestation puis la mise en oeuvre de cette offensive, destinée à faire chanceler la puissance militaire impériale et à entraîner un soulèvement de la population du Sud. Le récit de Stéphane Mantoux est ainsi un pur objet d’histoire militaire, décrivant les opérations, détaillant les unités engagées, expliquant le fonctionnement de la piste Hô Chi Minh, s’attardant sur le siège, stratégique et symbolique du camp retranché de Khe Sanh ou la reprise de Hué, et donnant de précieuses pistes quant aux débats politiques internes au Nord ou les dysfonctionnements de l’état-major US, prisonnier du body count.

En plus de tous ces points, indispensables pour comprendre ce tournant du conflit, le livre nous donne quelques précieuses indications quant au débat entre historiens autour de la question des objectifs réels de l’offensive. On retrouve là la rigueur intellectuelle d’un authentique historien, qui s’attache à relater les faits et à en donner les différentes interprétations débattues au sein de la communauté scientifique.

Livre modeste, à la fois focus sur une période particulière du conflit et initiation à la guerre du Vietnam dans son ensemble, L’offensive du Têt mérite d’être lu pour l’éclairage immédiatement assimilable qu’il propose. Un ouvrage qui mérite de toucher tous ceux que l’aventure militaire américaine en Asie du Sud-Est, déjà si vieille et pourtant si actuelle, intéresse.

My chemical romance

Exceptionnellement, le café stratégique du jeudi se tiendra, en ce début de saison, un mercredi, preuve s’il en est de l’extrême souplesse d’AGS. Cette entorse à la règle nous permettra d’accueillir, le 9 octobre, Olivier Lepick qui nous fera l’honneur de nous entretenir d’armes chimiques et des conséquences de la crise syrienne dans ce domaine, ô combien attachant.

Ivan le fou entre le quart et moins-le-quart

La mort prématurée de Tom Clancy, à 66 ans, met fin à la carrière exceptionnelle d’un écrivain qui, toute sa vie, aura été passionné par la chose militaire et aura eu à cœur de transmettre au public ses immenses connaissances en matière de défense.

Plus qu’un romancier, plus qu’un écrivain, Tom Clancy était, avant tout, un authentique conteur, un scénariste capable de décrire une guerre en Europe, la conduite d’opérations secrètes anticartels en Colombie ou la traque d’un SNLE soviétique à travers l’Atlantique Nord. Son style, lapidaire, descriptif, presque sec, ne s’embarrassait pas de raffinements littéraires ou de considérations psychologiques et se concentrait sur l’essentiel, sur l’action. Il était à ce titre, l’exact opposé d’un Jack Higgins qui se concentrait avant tout sur les tourments de ses personnages, tueurs à gages, mercenaires, aventuriers.

Les livres de Clancy, couramment qualifiés de romans d’espionnage, étaient, en réalité, des romans sur le renseignement, le pouvoir, les opérations clandestines et tout ce que les puissances gèrent loin des caméras. On y côtoyait des membres des forces spéciales, des analystes de la CIA ou des conseillers de l’ombre, dans le cadre d’intrigues linéaires prétextes à d’incroyables scènes d’action ou de grandioses batailles.

Son premier roman, devenu proprement mythique, The Hunt for Red October, paru en 1984, stupéfia les observateurs par sa précision technique et sa connaissance tactique. Premier ouvrage de fiction édité par la Naval Institute Press, le livre valut même à son auteur d’enseigner à Annapolis, l’école navale impériale, et devint instantanément à la fois un classique du genre et un nouveau standard du roman militaire.

En pleine seconde Guerre froide, Tom Clancy met ainsi en scène l’affrontement de deux superpuissances aux capacités inédites dans toute l’histoire. La poursuite d’un sous-marin nucléaire par la flotte soviétique, alors que la Navy tente de s’en emparer, permet de décrire la puissance et la complexité des moyens des deux adversaires et immerge le lecteur dans le monde inconnu du renseignement militaire contemporain. Entre les satellites, les avions de patrouille maritime, les porte-avions et les sous-marins d’attaque et leurs équipements, c’est toute la complexité de la guerre navale moderne qui est ainsi dévoilée aux néophytes. Les combattants sont devenus des techniciens, et à leurs compétences, à la complexité à peine concevable pour le lecteur, s’ajoutent le courage et le patriotisme.

En 1990, John McTiernan, devenu en trois films un des plus grands spécialistes hollywoodiens du film d’action (Nomads en 1986, Predator en 1987, Die Hard en 1988), adapte The Hunt for Red October. Doté de moyens colossaux, porté par une distribution rarement vue depuis les grandes fresques sur la Seconde Guerre mondiale des années ’60 ou ’70 (Sean Connery, Alec Baldwin, Scott Glenn, Sam Neill, James Earl Jones, Tim Curry, Courtney B. Vance, Fred Dalton Thompson), le film est un monument du genre, un classique, toujours aussi efficace plus de vingt ans après sa sortie.

 

Le film, au-delà de ses qualités, illustre également une des composantes principales des récits de Clancy. Les adversaires y sont, ainsi, toujours des professionnels quasiment irréprochables, et l’issue de leur affrontement dépend plus de l’habileté du vainqueur que des erreurs du perdant. « Pas de faute directe », dirait-on pendant un match de tennis.

Ce respect pour les professionnels de la guerre et du renseignement, inévitable de la part d’un homme qui voulait rejoindre l’armée impériale mais en a été empêché par son physique, est encore plus évident dans le chef d’oeuvre qu’est Red Storm Rising, publié en 1986. Ecrit avec la complicité de Larry Bond, le génial concepteur du jeu de plateau Harpoon, Red Storm Rising est la description, fascinante, d’un affrontement en Europe entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie.

 

Nombreux sont ceux qui ont découvert dans ce livre, devenu témoignage d’un conflit qui n’a finalement pas eu lieu, l’incroyable intensité du choc entre deux blocs surarmés. Malgré une édition française terriblement médiocre, (certains passages ayant été manifestement traduits par des experts de la trempe de Pierre Bergé ou Xavier Cantat), le livre reste incroyablement captivant, et je confesse sans honte le relire régulièrement, par pure gourmandise, tout comme d’autres (ici).

Comme dans The Hunt for Red October, les combattants américains et soviétiques qui s’affrontent, qui en Islande, qui en Allemagne, qui sur mer ou dans les cieux de l’Atlantique, sont de grands professionnels, plutôt attachants, accomplissant leur mission avec rigueur. Tom Clancy, comme bon nombre des ses pairs, y exprime toute sa confiance dans l’institution militaire, seule capable de défendre l’Etat et la nation. A Moscou, les généraux font leur métier alors que les politiques conspirent et conduisent le monde à sa ruine. Et à Washington, il n’y a manifestement que le Pentagone. Dans ses livres suivants, Clancy ridiculisera d’ailleurs le président américain et décrira des technocrates cyniques, englués dans des intrigues qu’ils ne maîtrisent pas. Seuls ceux qui ont connu le feu, seuls ceux qui maitrisent leurs outils ont donc la légitimité pour décider des conflits, et les considérations politiques ne pèsent pas lourd. A bien des égards, Clancy est resté un adolescent qui connaît par coeur les caractéristiques du Kirov ou du M1 Abrams, et ce savoir encyclopédique doit permettre de vaincre.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé qu’un des points communs les plus intéressants entre les deux premiers romans de Tom Clancy était, en effet, l’importance accordée au renseignement et à son analyse. Dans ses deux premiers livres, en effet, c’est grâce à des analystes patients et rigoureux, attentifs aux détails et opiniâtres, que les Etats-Unis parviennent à dominer leurs ennemis. Il en sera toujours de même par la suite, mais les forces spéciales deviendront progressivement tout aussi indispensables. Espions et commandos, analystes et raids secrets, la chose, avouons-le, ne manque pas de charme…

Devenu, plus que tout autre, le personnage récurrent de Tom Clancy par excellence, Jack Ryan incarne cet analyste modèle – et il constitue sans nul doute le double de l’auteur. Ancien officier des marines réformé à la suite du crash de son hélicoptère, universitaire reconnu, spécialiste de la marine soviétique, le Dr Ryan est la quintessence des valeurs américaines. Père de famille rangé mais connaissant le terrain, respectueux mais capable de s’opposer à ses chefs afin de faire connaître son point de vue dans le seul but de faire avancer le système, homme de principes, courageux, intellectuellement structuré mais aucunement dogmatique, cultivé mais pas arrogant, Jack Ryan s’impose dès le premier roman de Clancy comme un être d’exception. Sans jamais apparaître dans Red Storm Rising, on retrouve même ses qualités dans plusieurs des personnages du roman.

Avec une telle stature, il était naturel qu’il devienne un héros de cinéma, et c’est donc Alec Baldwin, étoile montante à Hollywood, qui lui donne chair en 1990. La jeunesse et la fougue de Baldwin, illustrées dans la fameuse scène au NSC au cours de laquelle Ryan remet sèchement à sa place un général (ici), font merveille à l’écran. Voir l’audace l’emporter sur les certitudes est toujours agréable, à défaut d’être crédible.

Deux ans plus tard, c’est à un cinéaste déjà expérimenté, Philip Noyce, qui vient de remporter un joli succès avec un thriller éprouvant, Calme Blanc(1989, avec Nicole Kidman, Sam Neill et Billy Zane) qu’est confiée l’adaptation suivante des aventures de Jack Ryan. Celui, plus âgé, est désormais joué par Harrison Ford, dans un film plaisant, classique et réalisé au cordeau, Patriot games (1992), dans lequel James Earl Jones retrouve le rôle de James Greer.

Patriot games est le troisième livre de Tom Clancy. Publié en 1987, le roman introduit un nouveau personnage récurrent de l’univers de Ryan, Robby Jackson – ici joué par Samuel L. Jackson.

Le romancier a alors quitté les intrigues militaires pour s’aventurer dans les affaires de terrorisme et de renseignement. Ce faisant, il a aussi perdu de son originalité, même si ses connaissances techniques et politiques donnent à l’ensemble une allure que n’atteignent pas ses concurrents. Jack Higgins et Robert Ludlum, à la même époque, en sont déjà à se répéter et à sombrer lentement dans l’autoparodie.

Jack Ryan, dans ce deuxième chapitre de ses aventures au cinéma, se voit un peu plus physiquement impliqué, plus près du terrain, plus loin des archives. Sa famille est visée, il se bat à plusieurs reprises, manque même mourir, et endosse les habits si classiques de l’Américain moyen forcé d’agir pour les siens. Heureusement, Harrison Ford nous refait le coup de l’index, et le tour est joué.

On ne le sait pas encore, mais Tom Clancy, avec le personnage de Ryan, va progressivement perdre pied. Emporté par son élan, sans doute grisé par le succès de son double, il commence à créer autour de lui un univers de personnages secondaires tandis qu’il le fait gravir les échelons. Sans doute une telle évolution était-elle inévitable, mais Tom Clancy, attaché à son personnage/double, en fait trop et perd de vue ce qui faisait le charme de ses premiers textes. Le terme, épouvantablement laid, de techno thriller, devient dès lors adapté.

Laissant de côté Le Cardinal du Kremlin, publié en 1988, première véritable tentative de construire un récit d’espionnage, le cinéma américain, profitant de l’intérêt du public pour le narcotrafic colombien (Pablo Escobar, déjà parvenu au rang de légende, sera assassiné en 1993), porte à l’écran, en 1994, un nouvel épisode des aventures de Jack Ryan. Une nouvelle fois à la manoeuvre, Philip Noyce – sur un scénario en partie écrit par John Milius – adapte cette fois Clear and present danger (un roman de 1989).

Le résultat est en tous points remarquable. Là encore, il ne manque pas un chargeur ou un bouton de treillis, et la distribution (James Earl Jones, Donald Moffat, Willem Dafoe, Miguel Sandoval, Joaquim de Almeida, Benjamin Bratt, Raymond Cruz) fait du film une série de B de grand prestige. Certaines scènes sont particulièrement réussies (l’embuscade à Bogota, le raid aérien, les échanges entre le chef du cartel et son mystérieux conseiller) et on voit le Dr Ryan, devenu un des directeurs adjoints de la CIA, étudier des dossiers dans son bureau – et tendre un index vengeur. Harrison Ford campe d’ailleurs un Ryan sombre, tendu, détestant le pouvoir et les intrigues de couloir et ne rêvant que de redevenir analyste. Le pauvre ne sait pas ce qui l’attend…

Développant à chaque nouvel opus l’univers de Ryan, Tom Clancy crée par ailleurs dans Clear and present Danger le personnage de Domingo Ding Chavez. Ce membre des forces spéciales va connaître une carrière exceptionnelle, dans des romans comme dans les jeux vidéos.

Dès 1987, Clancy a accepté qu’Octobre Rouge serve de trame à un jeu. Le passage de l’écrit à l’écran, y compris d’ordinateur, était logique et l’influence de l’univers de Clancy ne se démentira jamais, malgré quelques ratés. On trouve, bien sûr, des wargames ou des simulations tirés des romans, mais c’est dans le domaine du jeu d’action (FPS, TPS) que les récits de Tom Clancy vont donner toute leur mesure.

En 1998, Rainbow Six, une unité d’élite internationale, est ainsi créée à la fois sous forme d’une série de romans et d’un jeu vidéo qui deviendra une franchise à succès (17 épisodes). L’idée même que le jeu video puisse participer au développement d’un univers romanesque, même fruste, est d’ailleurs fascinante, et largement exploitée par George Lucas dans le cadre de Star Wars. La comparaison entre Lucas et Clancy, malgré les différences, bien connues (ampleur des univers, supports, talents, etc.) ne semble pas totalement déplacée tant il paraît évident que Tom Clancy a cherché à développer un monde parallèle dans lequel ses personnages évoluent, prennent de l’importance et accomplissent des exploits chaque fois plus spectaculaires.

  

Hélas pour Clancy, et malgré son imagination, son absence d’ambition littéraire le conduit à bien des errements. Enchaînant les crises les plus dramatiques (terrorisme nucléaire, guerre entre la Russie et la Chine, etc.), se laissant parfois aller aux plus échevelés des délires géopolitiques, il hisse Jack Ryan jusqu’ à la présidence des Etats-Unis, entouré des personnages récurrents apparus au fil des ans (dont son fils). Parti de la carrière d’un analyste confronté au tumulte du monde, Clancy a fini par créer une saga dans laquelle les aspects militaires ont définitivement pris le dessus. La série Op-center, malgré son abondance de détails, est, à mes yeux, parfaitement illisible, et à peine digne d’être vendue dans les gares. Elle a pourtant inspiré nombre d’auteurs soucieux de bien différencier un F-15A d’un F-15C et que la chute d’un étui sur le ciment met en émoi.

En 2002, The Sum of all Fears, la quatrième apparition de Jack Ryan au cinéma, sous la direction cette fois de Phil Alden Robinson, est une très mauvaise surprise. Ryan y a rajeuni de dix ans, son épouse de quinze, et les acteurs (Morgan Freeman, Ben Affleck dans ses pires années et Ciaran Hinds) ne parviennent pas à sauver le film.

Le choc est rude, et on sent bien là une rupture dans l’oeuvre de Tom Clancy, passé du statut de romancier à celui d’entrepreneur, gérant ses droits, investissant dans le jeu vidéo, laissant des franchises se développer. L’auteur à succès est devenu un homme d’affaires, délégant à d’autres le soin d’écrire, autorisant des suites de jeux vidéos. La machine semble hors de contrôle, et malgré quelques bonnes idées, comme la série des Net Force Explorers (évoquée ici par Yannick Harrel), on sent bien que la machine tourne à vide. Si les jeux vidéos sont souvent très bons (Rainbow Six, Ghot Recon, Splinter Cell), il arrive que des titres médiocres (Endwar, H.A.W.X) sortent également, et donnent le sentiment d’une imagination à bout de souffle vivant sur son passé, et faisant fructifier un nom.

De tout ce que j’ai lu de Tom Clancy, depuis trente ans, je retiens donc la virtuosité narrative des raids de l’aéronavale soviétique contre le groupe de l’USS Nimitz, et les intuitions des grosses têtes de la CIA ou de la NSA (frisson) découvrant que l’URSS mobilise. Plutôt que de voir le personnage de Ryan trahi par le film qui s’annonce, Jack Ryan: Shadow Recruit, de Kenneth Branag (avec Chris Pine, Keira Knightley, et Kevin Costner),

je préfère penser que Mokhtar Belmokhtar, avant d’attaquer In Amenas, le 16 janvier dernier, avait lu attentivement le début de Red Storm Rising, peut-être dans une guest house de Peshawar. Et peut-être a-t-il trouvé, par la suite, que l’index vengeur de Harrison Ford ne manquait décidément pas d’allure.

Quoi qu’il en soit, Tom Clancy laisse derrière lui une oeuvre riche, monomaniaque, faite de fulgurances géniales et de délires lassants. Il est, par ailleurs, sans doute responsable, à travers ses romans et ses jeux, du goût de plus en plus prononcé du public pour les forces spéciales. Mais pour les hommes de l’ombre, il est surtout celui qui a permis à un analyste de donner sa carte de visite au chef d’un cartel de colombien. Et ça, ça n’a pas de prix.

Nous, c’est le goût.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ça a été une délivrance, un authentique soulagement, comme si on avait enlevé un poids de mes épaules, après des années de questionnements fébriles, d’interrogations anxieuses, et de larmes rapidement ravalées dans les toilettes des aéroports les plus improbables, ou des bases les plus secrètes.

A l’issue d’un long et manifestement laborieux processus de consultation interne, notre principal service de renseignement extérieur a, en effet, rendu publique, dans un document de synthèse dont la gestation a été relatée par Jean Guisnel dans les colonnes du Point, une énumération de ses valeurs, plaisamment rassemblées au sein d’un système baptisé LEDA.

La chose n’est pas commune, et si les valeurs ainsi dévoilées au grand jour sont toutes d’une haute tenue morale, il est permis de se demander pour quelle raison il a ainsi été décidé de procéder à une telle protestation de moralité, de droiture et d’engagement républicain.

Pourquoi, en réalité, éprouve-t-on, soudainement, l’irrépressible besoin de sortir de l’ombre pour assurer le vaste monde de toutes ses qualités ? Quelqu’un a-t-il exprimé des doutes ? A-t-on, en haut lieu, qualifié l’honorable maison de repaire de tapins, d’antre de dépravation ? Mystère.

La page présentant ces valeurs débute par ce paragraphe :

Pour forger son identité, donner un sens à son action, mobiliser l’ensemble du personnel et disposer d’un outil de management, la DGSE s’est lancée dans une démarche de détermination de ses propres valeurs.

Le questionnement est donc interne, intérieur même, et on apprend que ce service, héritier direct d’un demi-siècle d’action clandestine et de renseignement, doit forger son identité. S’il s’agit de s’étouffer ici, on se demande si ce doit être de rire ou d’indignation alors même que la Boîte a une réelle identité, faite de mauvais esprit gaulois, de loyauté républicaine, d’incompétence managériale et d’acharnement à remplir les missions, même sans moyens, même sans chefs – ou malgré eux.

Loyauté. Discrétion. Exigence. Adaptabilité. LEDA. Faut avouer que ça en jette, mieux, par exemple, que Foutoir. Bordel. Incompétence pour le FBI. Les valeurs du Service sont téléchargeables ici et elles ne sont pas sans rappeler le crédo qu’imposa en son temps, si mes souvenirs sont bons, l’amiral Turner à la CIA sous la forme d’une série d’affirmations quand même moins ridicules.

En 2005, Porter Goss, alors directeur de la CIA s’adressa à son service en avançant à son tour, quatre ans après le 11 septembre, quelques remarques fermes abandonnant derrière elles le concours d’auréoles, dont celle-ci : The CIA credo is that the US must always have the place of primacy among our interests. C’est un peu brutal, mais ça peut être efficace.

En 2013, après une consultation interne à peu près aussi spontanée que l’élection du Secrétaire général du Parti, la Boîte s’est donc dotée d’une série de valeurs qui, en plus d’être d’une confondante naïveté, sont contredites par le quotidien de l’administration qu’elles sont censées incarner. Ce décalage, reconnaissons-le, n’est pourtant pas si surprenant. Saviez-vous que Léda, reine de Sparte, fut violée par ruse par Zeus, déguisé pour l’occasion en cygne ? Et que parmi les enfants de Léda figurait Hélène, la chère Hélène de Troie à l’origine de bien des tourments ? Une sacrée référence pour un service de renseignement, dont on attend qu’il évente les ruses et qu’il nettoie le cirque…

(Ar)go fuck yourself

La liste des nominés dans la catégorie du meilleur film, lors de la cérémonie des Oscars 2013, comprenait huit titres : Amour (Michael Haneke), Life of Pi (Ang Lee), Beasts of the Southern Wild (Benh Zentlin), Django Unchained (Quentin Tarantino), Les Misérables (Tom Hopper), Argo (Ben Affleck), Lincoln (Steven Spielberg), Silver Linings Playbook (David O. Rusell) et Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow). La sélection était donc de qualité, mettant en compétition drames, comédies, fresques, et pas moins de deux films d’espionnage.

Comme vous l’imaginez, j’ai trouvé évidemment d’une forte valeur symbolique la présence parmi les nominés de deux films consacrés à la CIA et à des opérations clandestines impériales conduites dans des pays musulmans pour le moins complexes. Il y avait là un témoignage des décennies agitées que vivait la région, de la révolution iranienne de 1979 à l’élimination d’Oussama Ben Laden au mois de mai 2011 et aussi l’illustration, plus que du retour du renseignement à l’écran, de son poids dans les affaires du monde.

J’ai déjà dit ici toute mon admiration pour le film de Kathryn Bigelow, véritable monument de mise en scène, audacieux, engagé, violent, commençant par une séance de torture, s’achevant par une des plus magistrales opérations spéciales de l’histoire du cinéma, loin des délires pyrotechniques auxquels le cinéma américain nous a habitué. Contre toute attente, c’est pourtant Argo qui a remporté l’Oscar du meilleur film, consacrant le talent d’un cinéaste et d’un acteur, Ben Affleck, véritable miraculé du star system.

Je ne vous ferai pas l’injure de rappeler ici que Ben Affleck avait déjà remporté une statuette en 1998, avec Matt Damon, pour le scénario de Will Hunting (1997), le le très attachant film de Gus Van Sant. Mais alors que Damon s’était engagé par la suite dans une carrière exigeante, tournant avec les plus grands (Coppola, Soderbergh, Greengrass, Eastwood, Scorsese, De Niro, Spielberg), Affleck avait entamé une série de blockbusters (ArmaggedonPearl Harbor, Daredevil, etc.), au mieux distrayants, au pire affligeants, le tout au bras de jeunes femmes plus vues dans les pages des magazines pour salons de coiffure que dans les musées ou les lectures de Keats.

Et voilà qu’en 2007 Ben Affleck réalise une adaptation, remarquable, d’un des plus terribles romans de Dennis Lehane, Gone, baby gone.

 

Son film, évidemment porté par l’histoire de Lehane, vaut d’abord par sa distribution, (Casey Affleck, Michelle Monaghan, Morgan Freeman, Ed Harris, Michael K. Williams), et une remarquable direction d’acteurs. La mise en scène, classique, est élégante mais jamais virtuose, et elle s’efface derrière le propos.

Ayant suscité bien plus que de la curiosité, Ben Affleck récidive en 2010 avec The Town, un polar également situé à Boston. Abusivement comparé à Heat (1995) en raison de son intrigue à base de braquages de banque, le film n’a pourtant pas grand chose à voir avec le chef d’oeuvre de Michael Mann.

Le jeune cinéaste y confirme son talent pour diriger de grands acteurs (Jeremy Renner, John Hamm, Chris Cooper et Pete Postlethwaite, dont c’est l’avant-dernière apparition à l’écran), et une vraie capacité à faire naître la tension. On sent bien qu’il s’attache aux personnages, aux détails vestimentaires, aux décors dans un véritable souci d’authenticité.

On retrouve toutes ses qualités dans Argo, très bon film de facture classique, excellent travail d’artisan, mais sans génie.

 

 

Le film retrace, de façon romancée, l’exfiltration par la CIA de six diplomates américains réfugiés à l’ambassade du Canada à Téhéran après la capture de leur propre ambassade par des manifestants iraniens. Il s’inspire du livre de souvenirs de Tony Mendez The Master of Disguise, qui  n’est pas un livre d’histoire, faut-il le préciser.

Le sujet, dramatique, permettait de traiter quantité de thèmes. On pouvait y évoquer la solitude de l’opérationnel en mission, le poids de la prise de décision, la complexité de la création d’une couverture crédible, la peur des diplomates en fuite, les difficultés de la position canadienne, la mise en place d’une dictature religieuse. Ben Affleck ne choisit pas et raconte son histoire, sans rien négliger, mais sans rien approfondir.

Sans jamais innover en matière de mise en scène, il utilise à merveille ses acteurs, tous excellents (Bryan Cranston, John Goodman, Victor Garber, Alan Arkin, et Kyle Chandler – qui joue aussi dans ZDT), et n’oublie aucun détail. Les moustaches sont fournies, les cheveux longs, les costumes horribles, et le film est aussi vintage que possible, jusqu’à sa musique qui aligne les classiques (Van Halen, The Specials, Led Zeppelin, The Rolling Stones, Dire Straits, et même Aerosmith pour la bande-annonce). Dans un esprit typiquement hollywoodien, les personnages font assaut de répliques bien senties (If we wanted applause, we would have joined the circus, ou If I’m doing a fake movie, it’s gonna be a fake hit ou encore If you wanna sell a lie… You get the press to sell it for you).

Quoi qu’on ait pu dire, Argo n’est pas un hommage à la CIA. L’agence y est critiquée pour son soutien au Shah, pour son aveuglement, et on y voit ses lourdeurs internes. Il s’agirait d’ailleurs de ne pas oublier que toute l’opération ne réussit que grâce à l’acharnement de quelques uns et on ne ne peut s’empêcher de penser au personnage de Philip Seymour Hoffman dans Charlie Wilson’s war (2007, Mike Nichols).

Dès la séquence d’ouverture, qui m’a rappelé celle de The Kingdom (2007, Peter Berg), la responsabilité des Etats-Unis dans la crise iranienne est rappelée sans détour, et elle fait évidemment écho aux aveuglements ayant conduit aux révoltes arabes.

Ben Affleck ne se risque cependant pas à donner des leçons de morale ou des cours de géopolitique. Comme toujours, il s’attache aux personnages, à la dimension humaine. Il confirme, par ailleurs, sa capacité à saisir ces instants où tout peut basculer, dans une foule, à un guichet d’embarquement. Ces scènes sont particulièrement réussies, et on se sent incroyablement tendu alors même que chacun connaît la fin de l’histoire.

Argo contre Zero Dark Thirty. Une mise en scène classique contre une série de directs à l’estomac. La CIA qui exfiltre et sauve contre celle qui traque et tue. La mission d’un opérationnel solitaire contre celle d’une analyste obsessionnelle. Et ces deux scènes finales : Ben Affleck, réconcilié avec son épouse, allongé dans la chambre de son fils, là où tout a commencé (je n’en dis pas plus) contre Jessica Chastain, prédatrice épuisée, analyste vidée, en larmes sur un tarmac.

Hollywood, ce soir-là, a récompensé un authentique talent consensuel et a soigneusement évité de célébrer l’audace et la violence assumées de Kathryn Bigelow. L’Amérique qui se défend sans coup de feu et se joue de ses adversaires grâce au cinéma et à la ruse plutôt que l’Amérique qui frappe ses ennemis sans pitié. Le cinéma américain, en réalité, a salué sa propre contribution à l’histoire, présentant une image rassurante du monde, où tout pourrait donc bien finir, et des services de renseignement, imaginatifs, originaux, peuplés de bons pères de famille, équilibrés et aimants. A Hollywood, donc, comme dans certains bureaux parisiens, on croit – ou on feint de croire – que le monde du secret n’est peuplé que de gentils. Il va y avoir des réveils sévères.

« I watched you suffer a dull aching pain » (« Wild Horses », The Flying Burrito Brothers)

Aux dernières nouvelles, il restait près de 3.000 soldats français au Mali, et il paraît que nos avions y réalisent encore des missions de combat. Pour une guerre déclarée gagnée il y a déjà quelques mois, avouons que ça fait quand même un peu désordre. Je n’aurais pas ici l’indécente cruauté de rappeler que c’est un Président et un gouvernement qui opèrent des coupes sombres dans nos forces armées qui ont engagé le pays dans une courageuse intervention au Mali, qui envisageaient de frapper le régime syrien et qui envoient ces jours-ci quelques centaines de nos fiers guerriers en Afrique centrale. Profitons en, tant qu’il y a encore des munitions, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait.

L’équation, à dire vrai, est infernale. Il s’agit, tout à la fois, de faire des économies sans provoquer de naufrage industriel, et de réduire nos forces sans réduire notre puissance. Inutile de dire que ça ne marchera pas, et que ça ne marche déjà pas, d’ailleurs. Notre impuissance en Syrie est navrante, et notre faiblesse est d’autant plus criante que la situation internationale est plus menaçante que jamais. Comme toujours, les faits vont se charger, sans pitié, de démontrer l’inanité de certains choix et l’incompétence – ou de l’aveuglement – de nos dirigeants successifs.

A bien des égards, l’intervention au Mali a pourtant été exemplaire. On y a vu une armée française aguerrie, combattive, se déployer dans l’urgence et mettre en œuvre, très rapidement et avec une dose d’improvisation so French, des plans mûris depuis des mois. On y a vu des soldats engager le combat contre des jihadistes bien plus expérimentés que les Taliban auxquels ils avaient été confrontés pendant des années. On y a vu des moyens aériens, modestes mais puissants, ravager des colonnes de terroristes et frapper avec une admirable précision des cibles jusqu’au cœur des villes.

Mais on y a vu aussi une armée aux matériels vieillissants, parfois inadaptés au théâtre, aux incroyables manques capacitaires, contrainte, malgré le dogme de l’indépendance nationale, de demander l’aide de l’Empire et d’autres alliés, en théorie plus modestes. Une fois de plus, le monde a admiré le panache gaulois, mais le roi est nu.

Par-delà certaines scènes émouvantes et des élections qui se sont remarquablement passées, en réalité, qu’avons-nous réglé au Mali ? La mort de plusieurs centaines de combattants d’AQMI et de ses alliés n’a nullement conduit à l’anéantissement de la mouvance jihadiste. Au contraire, serait-on même tenté d’écrire.

Passé le choc initial de l’intervention française, les jihadistes, harcelés, repoussés vers le Nord Est, ont reculé en bon ordre, manœuvrant, démontrant un réel sens tactique. Comme prévu, ils se sont dispersés, parvenant parfois à refuser le combat imposé par les Français et les Tchadiens, mais s’accrochant ailleurs durement au terrain. Selon les premières estimations disponibles, plus de deux tiers des jihadistes tués par les forces françaises l’ont été lors de combats terrestres rapprochés, ce qui en dit long sur la dureté des affrontements. Malgré les avertissements, nombreux, il semble bien que la chose ait surpris à Paris, jusqu’ à un niveau incroyablement élevé, mais cette surprise ne me surprend pas. Je me comprends.

Les jihadistes visés au Mali ont certes perdu leur fief, mais il ne s’agissait là que de la première vraie bataille après des mois d’actions clandestines, parfois avortées, et de travail préparatoire. La menace terroriste à l’origine de notre intervention a à peine diminué au Mali même, et il n’est pas absurde de penser que la guerre a même accéléré l’intégration des mouvements jihadistes au sein d’une mouvance régionale en recomposition accélérée.

Avoir libéré le territoire malien n’a évidemment pas apaisé les tensions qui avaient facilité l’intrusion jihdiste, mais je ne connais vraiment pas la scène  politique locale, et je ne vais donc pas m’y aventurer. Je ne vais, en revanche, avoir aucun scrupule à rappeler ici que les groupes présents au Nord Mali avaient d’abord été présents au Nord Niger et étaient composés de combattants venus de toute la région, du Maghreb comme des Etats sahéliens. Les chasser du Mali n’a donc, en rien, réglé la dimension internationale du problème, et le recrutement de volontaires, du Maroc à l’Egypte, de la Mauritanie au Soudan, et de l’Algérie au Nigeria n’a pas faibli. L’opération Serval, pour magistrale qu’elle ait pu être dans ses aspects opérationnels, a, de surcroît, constitué une véritable reconnaissance internationale pour AQMI et ses alliés. La déjà longue geste jihadiste algérienne s’est ainsi vu enrichie d’un affrontement direct avec la France honnie, responsable de tout, soupçonnée du reste.

Si Serval n’a pas sensiblement modifié la menace terroriste qui pèse sur notre pays, dans le Top 3 des cibles depuis 20 ans, elle donné au jihad sahélien une visibilité qui a fait réagir les plus grands groupes de la mouvance. AQMI en a tiré un bénéfice immédiat, alors même que les suites chaotiques des révoltes en Tunisie ou en Libye – en attendant l’Egypte – libéraient des forces qui, étouffées plus qu’éteintes, attendaient leur heure. On trouve désormais des vétérans du Mali en Tunisie, des dizaines de jihadistes tunisiens dans le Sud libyen, et l’enchevêtrement des réseaux dans toute la zone n’a jamais été aussi dense, de mémoire d’analyste.

Le ministre de la Défense, M. Le Drian, a confirmé hier matin qu’un millier de nos soldats resteraient au Mali en soutien de Bamako, dont les forces sont pour le moins convalescentes, et en appui du contingent international qui n’apporte rien – ce qui tombe bien puisqu’on n’espérait rien de lui. Combien de temps cette présence peut-elle durer ? Pour quel mandat exact ? Quelle articulation avec les autres forces actives sur place ? Quelle coordination avec, au hasard, l’Algérie ? Et quelles capacités de projection ?

Ce dernier point est loin d’être anodin, tant la naissance d’Al Mourabitoun, le 22 août dernier, issue de la fusion du MUJAO des Mouthalimin de Mokhtar Belmokhtar, le Keyzer Söze du jihad, représente une menace qui dépasse de loin le seul Mali. Allez donc jeter un coup d’œil au Niger, où la situation sécuritaire se dégrade presque à vue d’œil, où certains coopérants européens portent désormais des armes (attention à ne pas vous blesser, les gars) et où il est manifeste que les forces de sécurité sont largement inopérantes. Et je laisse ici le soin à d’autres de détailler les immenses failles révélées par les attaques d’Arlit et Agadez, le 23 mai dernier.

Si la France est intervenue au Mali pour affronter des groupes qui la défiait, que fera-t-elle quand les mêmes, remis de leurs émotions, s’en prendront sérieusement au Niger, hautement stratégique pour elle ? L’armée française, à supposer qu’elle en ait le mandat, pourra-t-elle intervenir dans le sud de la Libye, contre Belmokhtar, ses amis et ses alliés ? Le fait de ne pas avoir éliminé plus de chefs jihadistes n’a pas fini de peser, et force est de reconnaître que la mission, ici, n’a pas été remplie.

Mokhtar Belmokhtar a-t-il échappé aux bombes grâce à son habileté – ce que je pense, ou a-t-il été épargné afin de préserver un canal de négociations dans le cadre de la douloureuse affaire de nos otages – ce dont je doute ? Le changement de doctrine en matière de kidnappings, que j’avais modestement salué, visait à inverser les rôles. Moyens de pression des terroristes contre nous, ils devaient devenir des moyens de pression contre eux : la survie de nos otages est la garantie de votre survie. Leur mort impliquera votre élimination. Et au fait, on ne casque plus. Las, las, c’était compter sans l’affaire du Cameroun, et sa rançon payée à Boko Haram.

Les incohérences françaises ont, une fois de plus, fait des dégâts. Au Nigeria même, les autorités, manifestement agacées par ce dénouement inespéré, ont intensifié leur lutte – avec le succès que l’on sait – contre BH. Les carnages s’y succèdent d’ailleurs avec une admirable régularité. Plus au nord, on est en droit de penser que les terroristes d’AQMI qui détiennent les otages ont été attentifs à cette notable évolution de la situation. Devenus les assurances des terroristes, les otages sont soumis à un cruel paradoxe qui les voit destinés à survivre, mais en captivité.

La diffusion, le 16 septembre, pour le 3e anniversaire des enlèvements d’Arlit, d’une longue vidéo d’AQMI a cruellement rappelé aux autorités françaises leur échec dans cette affaire. Elle a, surtout, été un nouveau crève-cœur pour les familles, partagées entre la peur, l’impuissance et la colère.

Samedi dernier, comme l’année dernière, j’ai donc arraché ma vieille carcasse au confort feutré de ma grotte pour aller me mêler, l’air de rien, aux quelques dizaines de proches qui s’étaient rassemblés à Meudon pour soutenir les otages et leurs familles. Sans surprise, les discours, sincères, modestes, maladroits, naïfs, ont été émouvants. Plus que par la faible couverture médiatique – puisque la mobilisation, malgré les efforts des uns et des autres, ne prend pas – j’ai été frappé la violence de certains propos, et l’ignorance qu’ils révélaient.

Alors que les jihadistes d’AQMI, terroristes, kidnappeurs, assassins, n’étaient pas mentionnés, il n’y en avait que pour les autorités françaises, coupables, incompétentes, voire complices. Comme d’habitude, un quelconque ami de la famille se laissait aller à une vague théorie conspirationniste tandis qu’un autre dénonçait le désintérêt manifeste de la France pour ses otages. Un autre, inconscient, menaçait même de demander à des acteurs privés de prendre les choses en main afin de réussir là où les services de renseignement échouaient si lamentablement depuis trois ans. Mon Dieu, cher ami, quelle bonne idée ! D’ailleurs, nous pourrions demander aux familles de MM. Verdon (RIP) et Lazarevic – qu’AQMI n’évoque pas dans sa vidéo du 16 septembre – ce qu’elles pensent des opérations clandestines conduites par des amateurs. Qu’en pensez-vous ?

Si on ne peut nier l’échec, pour l’heure, de nos services, il ne serait sans doute pas inutile de rappeler aux familles des otages que leurs parents ont été enlevés par des terroristes. Il y a des coupables, assumés, revendiqués, dans cette affaire, et nier tout à la fois leur responsabilité initiale dans cette tragédie et le fait que ces gens-là sont durs en affaire ne va pas vous conduire bien loin. Faut-il s’attendre, l’année prochaine, à ce que vous dédouaniez les jihadistes, romantiques révolutionnaires, fiers défenseurs d’un Sud outragé – par les employeurs de vos maris, pères, frères, oncles ? Cela serait d’une infinie tristesse.

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, Monsieur le Directeur général, permettez-moi ici, très humblement, de vous faire une suggestion. Pourquoi ne pas convier les proches familles de nos otages à une journée spéciale boulevard Mortier ? Pourquoi ne pas exposer à la maman de Thierry Dol, si admirablement digne, la situation ? Pourquoi ne pas leur montrer l’ampleur du dispositif que la France mobilise depuis trois ans ? Pourquoi leur expliquer qu’Alain Legrand se trompe quand il affirme que la dernière vidéo est la preuve qu’AQMI veut négocier ? Pourquoi ne pas leur faire rencontrer quelques membres, choisis, des cellules de crise ? Personne ne vous demande, évidemment, de dévoiler de secrets ou de mettre en danger les otages ou ceux qui tentent de les libérer, et on pourrait même envisager de leur faire signer un engagement de confidentialité.

Il me semble que ces familles, comme à l’hôpital, par exemple, ont le droit d’en savoir plus sur l’état du patient. Elles n’en peuvent plus, de ces briefings compassés, de ces réponses fuyantes. Ah, et si vous pouviez éviter de faire pleurer Madame Larribe, je vous en serais reconnaissant.

Au lieu de laisser des députés aux égos d’empereurs romains se mêler de renseignement au nom d’une fausse transparence, je crois bien que traiter une dizaine de Français en adultes responsables ne serait pas une mauvaise idée. Enfin, je dis ça, il paraît que ça se fait.

« Strange things are happening everyday » (« Sister Rosetta goes before us », Alison Krauss & Robert Plant)

C’est ce qu’on appelle un gros week-end.

Au Nigeria, après un raid des poètes de Boko Haram à Benisheik (Etat de Borno) le 17 septembre, on découvre encore aujourd’hui des cadavres, au moins 140 selon les autorités. Vendredi, un commando a même poussé l’audace jusqu’à attaquer les forces de sécurité à Abuja, la capitale.

Ce même vendredi, au Yémen, les petits gars d’AQPA, les esthètes du jihad, ont lancé une ambitieuse opération simultanée contre des bases militaires du sud du pays, entraînant la mort d’au moins 50 soldats et policiers (pas mal, pour une menace inventée – je me comprends).

Hier, à Bagdad, un triple attentat a dévasté une cérémonie funéraire dans le quartier chiite de Nasr City, emportant plus de 60 victimes, et en blessant près de 130.

Ce matin, un jihadiste s’est fait exploser dans une église de Peshawar, tuant au moins 75 personnes.

Et depuis hier, un commando des Shebab somaliens retient des otages à Nairobi, dans ce qui apparaît déjà comme la plus grosse opération Bombay like jamais réalisée en Afrique de l’Est, et la plus ambitieuse action jamais menée par les Shebab hors de Somalie. En 2010, un double attentat avait bien tué plus de 70 personnes à Kampala, mais l’affaire était d’une facture classique. L’attaque du centre commercial Westgate, hier après-midi, révèle en revanche un véritable saut qualitatif et le passage à une autre dimension opérationnelle.

Les premiers témoignages, obtenus parfois de l’intérieur même du mall via les réseaux sociaux, montrent une nouvelle fois des terroristes – dont peut-être des femmes – très professionnels, bien armés, en contact direct avec leurs chefs à l’extérieur. Quelques heures après le début de l’opération, certains twittos jihadistes commençaient à diffuser des photos de victimes, tandis que les Shebab eux-mêmes revendiquaient l’action – avant que leur compte (@HSM_Press) ne soit, encore, suspendu.

Le bilan est déjà très élevé (59 morts, dont deux Françaises et trois Britanniques, une majorité écrasante de civils, africains et occidentaux, musulmans et chrétiens, adultes et enfants) et les autorités kenyanes, déjà confrontées à de réelles et dangereuses tensions intérieures, doivent à présent relever un défi opérationnel et politique.

Nairobi est une ville symbole du jihad, on y a célébré dans le sang, le 7 août 1998, la naissance d’Al Qaïda en tant que puissance terroriste internationale. Le Kenya, pour quantité de motifs, est lui-même une cible ancienne du jihad, et ses services, portés à bout de bras par leurs alliés américains, israéliens et britanniques, tentent de juguler une menace qui ne cesse de croître, quoi qu’en disent certains.

Depuis le succès des offensives de l’AMISOM contre les Shebab, et la perte de plusieurs de leurs fiefs, nous étions quelques uns à redouter un retour du terrorisme régional, au Kenya, mais aussi en Ouganda, et pourquoi pas au Rwanda. Jamais, pourtant, je n’aurais imaginé que les Shebab, malgré leur fusion – au moins formelle – avec Al Qaïda aient pu atteindre un tel niveau.

Les relations entre les islamistes radicaux somaliens et Al Qaïda sont anciennes et étroites. Je les ai rapidement évoquées ici, et le sujet mériterait un traitement plus poussé, peut-être dans un livre un de ces jours. Le fait est que l’attaque de Westgate est une opération qui démontre que les Shebab ont parfaitement retenu les enseignements de l’attaque de Bombay (26-29 novembre 2008) et qu’ils sont capables de pratiquer le jihad comme les meilleurs. Je ne vais, par ailleurs, pas revenir sur les opérations de ce type, devenues le must (cf. ici, ici et ) et qui sont la hantise de toutes les forces de sécurité du monde.

De telles actions, en effet, combinent tous les défis : prise d’otages de masse, forte présence des médias, guérilla urbaine, explosifs disséminés, kamikazes. Les autorités sont contraintes de mener un siège contre des terroristes qu’elles savent décidés à mourir, quoi qu’il arrive, et dont le seul but est de tenir le plus longtemps possible. Au drame humain s’ajoutent ensuite, rapidement, la crise politique et les questionnements.

Il faut ainsi éviter les tensions communautaires (celles-là mêmes que recherchent les terroristes au Kenya), il faut comprendre comment des membres des Shebab ont pu s’infiltrer et frapper, il faut réévaluer la menace, il faut encaisser les regards critiques des pays dont des ressortissants sont morts, et il faut d’abord accepter le coût d’un assaut. S’agissant de l’attaque du Wesgate, il faudra aussi que les autorités kenyanes assument le fait d’avoir fait appel aux forces spéciales israéliennes. L’alliance, ancienne et fructueuse, entre les deux Etats, a déjà valu au Kenya des attentats spectaculaires (double attentat du 28 novembre 2002 à Mombasa, notamment) et le pays reste perçu comme le plus occidentalisé de la région, une étiquette bien lourde à porter.

Au moment où un nouvel assaut, peut-être final, est donné, je ne peux que constater à quel point les groupes jihadistes s’inspirent entre eux, s’imitent, innovent ou inventent. Le jihadisme, fusion de luttes locales ou régionales et de combats globaux, ne laisse pas de surprendre par sa réactivité et ses multiples visages. Par delà la fascination pour cet adversaire contre lesquels nous ne remportons presque jamais de véritable victoire, il convient de penser d’abord aux victimes, à ceux qui vont intervenir, et aux cruelles crises politiques qui s’annoncent dans le sillage de ces tueries.

On a bluffé, et ils ont tenu. Cette mission est terminée.

Quand j’y repense, les années ’90 sont celles des nanars grand luxe, des blockbusters lamentables, des superproductions affligeantes. A dire vrai, je ne sais pas vraiment quand ça a commencé. Dans les années ’80, il y avait eu les films de Sylvester Stallone ou Arnold Schwarznegger, parfois excellents (First Blood, 1982, Ted Kotcheff ; Terminator, 1984, James Cameron ; Predator, 1987, John McTiernan), parfois consternants (Commando, 1985, Marl L. Lester ; Rambo: First Blood Part II, 1985, et Cobra, 1986, George P. Cosmatos), et je vous épargne les oeuvres de Chuck Norris, car je suis bon.

En 1993, John McTiernan, à l’origine de la série des Die Hard, s’était pourtant livré à une auto parodie réjouissante dans Last Action Hero, au titre faussement prémonitoire, avec le grand Arnold.

L’année suivante, James Cameron avait adapté pour le public américain le film de Claude Zidi La Totale ! (1991) sous le titre de True Lies, faisant de la plaisante comédie gauloise un film poussif dont je garde pour seul et vague souvenir un striptease de Jamie Lee Curtis. C’est dire.

La parodie n’a donc pas pris dans les années ’90, et il faudra attendre Red (2011, Robert Schwentke) ou même The Expendables (2010, Sylvester Stallone) pour une véritable relecture amusée de ces années.

En 1996, le duo infernal Don Simpson/Jerry Bruckheimer, habitué des films tapageurs, donne l’occasion à Michael Bay, un cinéaste venu du clip dont il a produit l’affligeant Bad Boys (1995, avec Wil Smith, Martin Lawrence et Tchéky Karyo) de monter en puissance en réalisant ce qui reste comme l’un des films les plus incroyables de la décennie.

Doté d’un budget conséquent, soutenu par le Pentagone, The Rock réunit une incroyable distribution (Sean Connery, Nicolas Cage, Ed Harris, David Morse, Michael Biehn, John Spencer, John C. McGinley, et on peut même y apercevoir Jim Caviezel dans son premier rôle sérieux au cinéma). Hélas, trois fois hélas…

Il y a pourtant de bonnes idées dans The Rock : aller débusquer des terroristes – qui plus est une unité des Marines dirigée par un général félon (Harris) – à Alcatraz, empêcher l’utilisation d’armes chimiques contre San Francisco, sortir de prison un espion anglais qui ressemble fortement à James Bond (et qui est d’ailleurs interprété par Sean Connery lui-même en personne) et l’associer à un rat de laboratoire du FBI (Cage, selon la vieille recette narrative du duo antagoniste), ajouter des otages, une petite amie enceinte, une haine recuite entre le chef du FBI et l’ancien du MI6, etc. Tout cela serait bien plaisant sans la tonalité générale du film, qui s’avère être d’abord une oeuvre de propagande à l’indulgence idéologique suspecte.

Le ton est d’ailleurs donné dès le début. Filtres, ralentis, drapeau, uniformes impeccables malgré la pluie qui noie Arlington, échanges radios en plein combat, rien ne manque pour ce qui pourrait être un clip de propagande pour les légions impériales.

La fascination manifeste du cinéaste et des producteurs pour l’armée, que je ne condamne pas, les conduit à aligner les clichés les plus éculés jusqu’à en faire un film entier. Homme droit et juste, comme se doit de l’être tout général du Corps, Hummel entreprend donc, au nom de sa soif éperdue de justice et de reconnaissance du sang versé pour la gloire de l’Empire, 1/ d’attaquer une base de l’armée, 2/ de voler un stock conséquent d’armes chimiques 3/ de capturer un site touristique 4/ de prendre en otages des civils 5/ de menacer de les tuer et 6/ de menacer SF. On le voit, notre homme est un garçon équilibré, et sa démarche est à la fois rationnelle et politiquement fondée. La motivation est, évidemment, parfaitement imbécile, et on s’étonne de voir un officier général d’un des corps d’élite de l’armée américaine, dont la vocation est justement d’aller faire le sale boulot partout où cela s’impose, s’émouvoir de cette injustice. Le colonel Jessup, vu dans A few good men (1992, Rob Reiner) est autrement plus crédible, mais mieux vaut un badass cynique qu’un boy scout hystérique, comme je dis toujours.

Une fois la première partie de son plan délirant accompli,  Hummel attend, comme tout acteur politique ayant engagé une épreuve de force, que le dialogue s’engage avec son adversaire, et donc que Washington réagisse.

Et là, on n’est pas déçu. A DC, en effet, sans surprise, les civils ne sont que des débiles, jeunes, immatures. Le chief of staff de la Maison blanche est un blanc bec, mais il est, fort heureusement, parfaitement encadré par les militaires de l’état-major et du NSC. Là, en revanche, on a des étoiles, des pendantes, des rubans, des gars qui ont vu du pays et qui, finalement, approuvent, sinon la démarche, au moins le constat initial fait par le général Hummel et à l’origine de son acte.

Le fait que ce général menace des milliers de ces concitoyens pour du cash et des médailles posthumes ne fait tousser personne, pas même le président qui, en décidant d’un raid aérien sur Alcatraz, ses marines renégats et ses civils pris en otage, va trouver le moyen de légitimer le coup de force qu’il a le devoir d’étouffer. Oui, je sais, c’est tragique.

Mais bon, légende ou pas, le général Hummel est aussi un terroriste pour le moins menaçant, et il s’agit de le neutraliser. Pour ce faire, les autorités décident d’engager un unité de SEALS, menée par l’inévitable Michael Biehn, accompagnée et conseillée, c’est une des trouvailles du film, par un détenu secret, John Patrick Mason, incarné par Sean Connery auquel on adjoint un bibelot du FBI, Nicolas Cage, immature, inexpérimenté, et qui, suprême horreur, écoute les Beatles.

Le film flatte, sans vergogne, les convictions d’un certain public américain, à commencer par une dose conséquente de clichés, dont certains ouvertement racistes. Sur les 81 otages retenus à Alcatraz, les deux seuls à protester sont noirs, ils jurent, et l’un d’eux, une vieille dame, regrette même de ne pas avoir pris son arme. Quant au coiffeur qui refait une beauté à Mason, il est, mais qui en doutait, gay.

Le pouvoir fédéral civil est, quant à lui, incapable, ou corrompu, ou les deux. Il est le gardien de secrets inavouables (la mort de JFK, celle d’Elvis, Roswell), cachés au bon peuple, et dont la découverte a d’ailleurs envoyé Mason dans un Guantanamo avant l’heure. Le FBI est, lui, peuplé de vieux fonctionnaires cyniques, de grosses brutes sans cervelle (qui s’empiffrent au Fairmont quand c’est gratuit au lieu de faire leur job) ou de jeunes branleurs payés à ne rien faire (comme dans la première scène dans le labo du Bureau), mais ces braves garçons se révèleront être des hommes, des vrais, avec un M4 ou un HK MP-5 en pogne, évidemment.

Le film, en vérité, est d’une incroyable complaisance. Il fait d’un scénario d’action, pas plus débile que bien d’autres, un authentique plaidoyer militariste, glorifiant sans vergogne l’armée américaine (dont une unité a fait défection, et qui a vu un de ses stocks de VX capturé, mais passons) et idolâtrant les Marines. Dans une scène devenue mythique et qui a inspiré par la suite les concepteurs de jeux vidéos (je ne sais plus si je l’ai jouée dans un Rainbow Six ou un Call of Duty), les soldats dissidents encerclent dans les douches d’Alcatraz (merci de ne pas faire de remarque sur le choix de ce lieu) les SEALS venus les maîtriser. Là s’engage un dialogue fascinant entre un général piégé par son propre plan et un jeune officier plein de déférence (God knows how I agree with you) mais qui doit accomplir sa mission. La fusillade qui suit, véritable carnage, permet de sauver l’honneur des deux camps, seuls le nombre et l’avantage du terrain assurant la victoire aux marines contre les commandos. Ouf.

Ce pauvre général Hummel, vivante incarnation de l’héroïsme sacrifié de sa génération, est hélas un bien piètre stratège. Son coup de force rate, évidemment grâce à l’alliance d’un vieux briscard britannique et d’un jeune Américain, de ceux qui se révèlent dans l’adversité. Comme il l’avoue lui-même à ses subordonnés, encore plus dingues que lui, « le plan reposait sur la menace » et la menace ne sera pas mise à exécution. Donc, c’est raté. Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire… La perte de crédibilité qui s’ensuit doit conduire à la dispersion des félons, mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille.

Tandis que la menace terroriste meurt de l’intérieur, les autorités décident cependant de régler la question par un raid aérien. Passons sur les hangars des bases aériennes, où d’immenses drapeaux américains flottent au-dessus de Hornet abusivement attribués à l’Air Force. La dramaturgie de la scène finale a été vue mille fois, mais sa mise en scène, à l’image de tout le film, fait irrésistiblement penser à un mélange de John Milius et de John Woo.

 The Rock aurait pu être un divertissement sans conséquence, à l’idiotie assumée, aux invraisemblances sans importance. La lourdeur de la mise en scène, qui ferait passer les aventures de Casey Ryback pour un film d’Eric Rohmer, et ses messages idéologiques en font un authentique navet, que rien ne sauve.

Du coup, ce soir, je vais revoir Under Siege. Et si, à l’occasion, certains de nos dirigeants veulent réviser cette notion de dissuasion, de menace crédible, il me semble que c’est le moment.