A la tête d’un micro-État militariste, raciste et eugéniste, un chef de guerre et plusieurs de dizaines de ses guerriers radicalisés affrontent une armée étrangère et choisissent, contre toute rationalité, de se sacrifier dans une action-suicide de grande ampleur. Fascinés par la violence et les armes, obsédés par la mort, ils compensent leur manque de moyens par leur extrême détermination. Leur défaite est supposée nourrir leur légende.
Le film pourrait être utilisé dans le cadre d’une nouvelle campagne contre la déradicalisation. On appellerait ça 300.
Projet de slogan : « Nous aimons le roquefort comme vous aimez l’eau-de-vie. »
Nommé en 1977 à la tête de la CIA par le président Carter, l’amiral Turner tenta de moraliser les activités de son service en procédant à un grand nettoyage parmi les sources humaines – et parmi ceux qui les traitaient. Cette décision, en apparence absurde, eut un grand nombre de conséquences, opérationnelles, techniques et politiques. Turner, un homme par ailleurs de grande qualité, avait une vision très personnelle de ces questions et il avait manifestement fait sienne la fameuse phrase d’un Secrétaire d’État qui, avant-guerre, avait expliqué suavement qu’un gentleman ne lisait pas le courrier des autres.
Il n’avait cependant pas tort sur tous les points. La CIA, à l’avant-garde des opérations en Amérique du sud ou en Asie du sud-est, s’était compromise avec bien des gens infréquentables : trafiquants de drogue, seigneurs de la guerre, généraux corrompus, miliciens d’extrême-droite, juntes délirantes. Remettre de l’ordre dans la maison après la défaite vietnamienne ne constituait pas une si mauvaise idée, et revenir à quelques fondamentaux éthiques s’imposait. Il fut cependant reproché à l’amiral Turner d’avoir pris un virage trop sec et d’avoir ainsi privé la CIA, dans l’immédiat de sources d’autant moins inutiles que la Guerre froide reprit peu de temps après l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques et l’élection de Ronald Reagan, et qu’à moyen terme l’agence américaine perdit des compétences indispensables. Et croyez-moi, ce genre d’erreurs ne se produit pas qu’aux États-Unis.
Le fait est qu’au cœur du renseignement se situe la capacité à pouvoir serrer la main aux pires fumiers, à pouvoir échanger avec eux comme s’ils étaient des amis, à les écouter, à les accompagner – et à soutirer tout ce qu’on peut d’eux sans jamais se laisser entraîner dans leurs ténèbres. Le rôle, d’ailleurs, d’un service de renseignement est de pouvoir et savoir traiter clandestinement avec des ordures quand d’autres administrations, plus visibles, ne peuvent se le permettre. Il faut donc supporter les généraux indonésiens, sanguinaires et corrompus, ou les petites frappes ridicules, et ne jamais rien laisser paraître. Parfois, quand un policier suisse balance à travers le restaurant une remarque antisémite ou que votre contact ne cesse de faire des remarques lourdingues aux serveuses, ou quand on vous explique en réunion au Caire que la France a bien tort de garantir les droits des accusés, votre patience peut être mise à rude épreuve. Dans ces cas-là, souriez poliment, rappelez-vous que vous n’avez pas fait tout ce chemin pour partir en claquant la porte, et songez au compte-rendu que vous allez écrire à la descente de l’avion. Et dites-vous que c’est pour la République.
On en connaît qui, tout en n’ayant rien écrit de sérieux depuis des années sinon des décennies, monopolisent l’attention des médias, font le siège des responsables politiques pour obtenir des postes dont ils ne sauraient quoi faire, font passer leurs magistrales erreurs pour des fulgurances incomprises, se battent comme des ivrognes dans les couloirs de colloques ou se commettent avec des cartographes défendant les avancées démocratiques du glorieux régime syrien.
On en connaît d’autres qui s’inventent des CV, se commettent avec des traîtres jusqu’à en devenir eux-mêmes, écrivent des rapports sur commande et prennent des airs de vieux sages. On en connaît aussi qui, forts de leurs retentissants échecs passés, parviennent encore – car c’est un métier – à abuser une incompressible proportion de naïfs.
Et nous avons Henry Laurens. Désormais titulaire de la Chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, il a également, au cours de sa belle carrière, enseigné à Paris IV (Top Gun) et c’est là que j’ai eu la chance de l’y entendre, il y a bien longtemps. Dans un amphithéâtre défraichi comme dans une salle de TD bondée de Clignancourt, la clarté de son propos faisait de ses cours des séances de recueillement collectif. Il faut l’avoir écouté, de sa voix si particulière (qui, à l’écoute des podcasts de France Culture, n’a pas changé), si propice à une subtile ironie, expliquer, évidemment sans la moindre note, les enjeux stratégiques du contrôle des eaux du Jourdain ou les querelles idéologiques au sein du Baas syrien.
A bien des égards, ses cours ont confirmé à mes yeux, s’il en était alors encore besoin, que l’Histoire était la reine des matières pour qui voulait comprendre le monde, et que la méthodologie historique était littéralement indispensable à toute démarche stratégique. Quelques années plus tard, il fut de même évident pour moi que cette méthodologie était la seule qui valait en matière de renseignement.
Dans ses cours comme dans ses écrits, Henry Laurens parvient organiser clairement les événements les plus enchevêtrés grâce à son remarquable sens du récit. Là où la complexité des liens entre acteurs défie l’entendement, sa capacité à identifier les lignes de force et à rendre intelligibles les crises les plus affolantes est une leçon, et mieux, un modèle à tenter d’imiter. Aux côtés d’autres maîtres de la Sorbonne qui m’enchantèrent, dont Philippe Contamine, Jacques Bariéty, Michel Fabréguet ou de Jean-Paul Bled, Henry Laurens fut sans doute celui qui me confirma dans mes passions d’adolescence : monde arabe, diplomatie et renseignement.
Tous, en réalité, me convainquirent qu’il fallait creuser et creuser encore jusqu’à avoir assez de faits pour couvrir l’événement et commencer à réfléchir. On ne s’étonnera donc pas de ne pas croiser M. Laurens sur chaque plateau de télévision ni dans chaque studio. Ses recherches, riches et exigeantes, traitent désormais avant tout de la question palestinienne et de l’histoire du Moyen-Orient, mais il ne faudrait pas oublier le travail accompli au sujet de l’Expédition d’Égypte il y a plus de vingt ans. Enfin, à qui n’a pas fait l’expérience d’un livre d’entretien passionnant, il faut conseiller Orients, petit livre revigorant
Ce billet dormait dans un coin depuis le début de ce blog, et je n’ai que trop tardé à le publier. Qu’il soit l’expression, humble et sincère, de ma reconnaissance et de mon admiration.
Thomas Gomart dirige un institut de recherche en relations internationales, mais il ne porte pas de costume scintillant de souteneur californien et ne soliloque pas sur la géopolitique du curling. Et l’institut qu’il dirige n’embauche pas des queues de promo venues de l’ultradroite ou des admirateurs énamourés de la Rodina mais des scientifiques que leur dynamisme et leur rigueur ont placés sur le podium mondial des thinks tanks. Notre homme, donc, travaille, réfléchit, et il vient de publier un très stimulant essai consacré à ce qu’il a nommé, de façon très pertinente, L’Affolement du monde.
Tout va bien se passer
Paru un peu tard pour aider cette année les candidats à certains concours, ce livre se présente comme une tentative de donner du sens au désordre grandissant de notre monde. Alternant les chapitres consacrés aux principales puissances de la planète et ceux traitant des grandes thématiques du moment, le texte, qui fourmille de chiffres et de références, s’adresse à un lectorat curieux n’ayant pas peur des enchainements d’arguments ou des raisonnements complexes. Il ne séduira sans doute pas, en revanche, ceux qui fréquentent certains sites agrégateurs de propos de comptoir ou certaines émissions télévisées destinées aux hospices.
Thomas Gomart parvient, tout en restituant avec force détails la complexité des enjeux diplomatiques, économiques et stratégiques actuels, à presque rassurer. Il faut dire que les explications sereines valent toujours mieux que les vociférations habituelles. Le propos, s’il ne cache rien des dangers à venir et des défis que la planète a à relever, frappe par sa solidité et sa hauteur. Prenant soin de citer ses classiques, n’hésitant pas à glisser une touche personnelle et agrémentant ses références scientifiques des entretiens qu’il a pu avoir avec tel ou tel responsable, l’auteur impressionne par la clarté de sa vision. On pourrait, naturellement, déplorer que certains sujets n’aient pas été plus développés, mais la remarque serait inutile tant l’ensemble, riche et accessible, contribue à expliquer la période si particulière que nous traversons.
Vivement conseillé aux étudiant.e.s et à celles et ceux qui cherchent à intégrer quelques administrations ô combien régaliennes, ce livre doit être lu et prêté ou offert. Plus qu’un manuel, il s’agit d’un produit de première nécessité alors que quelques FNAC plaçaient ces jours-ci en évidence des textes dont on ne voudrait même pas pour nettoyer ses semelles. Il faut choisir son camp.
Fiers héritiers du califat abbasside, admirables fils du désert, ils asservissent au nom de centaines de millions de coreligionnaires ne leur ayant rien demandé les femmes yézidies, assassinent des innocents ici et ailleurs, détruisent les musées et enchaînent les massacres – mais surtout les défaites.
Intransigeants défenseurs des valeurs universelles de l’Europe chrétienne, intrépides combattants n’agissant qu’au nom de notre supériorité civilisationnelle et morale, ils tuent des enfants dans des mosquées, abattent des passants comme on n’abat pas des chiens errants – mais ils n’ont même pas la décence de mourir dans un ultime sacrifice.
Jihadistes, suprématistes blancs, ils sont de la même engeance, celle des bourreaux. Tuer des civils au nom d’une idéologie n’est que du terrorisme, et ces assassins frappant en Irak, au Mali, aux Pays-Bas ou en Nouvelle-Zélande ne sont que des terroristes. Ils n’ont rien de résistants, et pour tout dire ils affirment lutter contre des oppressions imaginaires alors qu’ils ne sont que de petites choses fragiles. Ils affirment défendre le plus grand nombre, ils prétendent être une avant-garde, une élite, mais ils ne sont que des tueurs à la posture victimaire, tout juste bons à geindre leurs angoisses politiques dans d’interminables textes, verbeux et confus.
Ils se voient héros, mais ils ne sont que des lâches, attaquant des lieux de culte ou des supermarchés, ne s’en prenant aux forces de l’ordre qu’à l’occasion de misérables embuscades. Quelle grandeur y a-t-il à tirer sur des terrasses à Paris ou des mosquées à Bir el-Abed ou Christchurch ? Ils ne sont même pas des miliciens, simplement des tueurs aux certitudes idiotes et aux croyances délirantes, incapables de regarder le monde, incapables d’assumer leurs échecs, incapables de surmonter les obstacles.
Hélas, dans notre malheur, ces assassins se répondent, s’alimentent, les crimes des uns justifiant les crimes des autres, et la litanie des tueries créant comme une symphonie de drames. Et dans notre malheur, certains pourvoyeurs d’abjection se déchaînent, comme le rappellent Le Point, Le Télégramme ou Le Parisien. Apologistes par connivence ou par simple bêtise, les commentateurs dont se repaissent quelques-uns des pires médias de notre pays sont les complices de fait des assassins. Ils leur donnent de l’audience sans jamais critiquer ou analyser leurs gestes, accumulent les propos nauséabonds en expliquant, avec une fausse candeur, qu’ils ne font qu’exprimer une opinion courageuse. Il faudra penser à leur expliquer que se rouler dans la fange ne relève pas de la danse classique.
Contre ces terroristes, qui trouvent dans la violence de l’ennemi la justification à leurs propres crimes, la dignité reste la plus forte des réponses des démocraties. La leçon donnée par la Nouvelle-Zélande est à cet égard admirable, mais il est à peu près certain qu’elle ne nous inspirera pas.
La grande salle du Grand Rex était raisonnablement remplie, mercredi soir, à l’occasion de la ressortie, 25 ans après, de La Liste de Schindler, de Steven Spielberg. Film essentiel, film complexe, film à l’ambition presque démesurée, l’œuvre prend ces temps-ci une dimension supplémentaire alors que la conjuration des cloportes de tous bords fait craindre le pire – à supposer que le pire ne soit pas déjà enclenché.
Adapté du roman historique éponyme, paru en 1982, de l’écrivain australien Thomas Keneally, le film se présente comme la tentative, d’une désarmante sincérité, d’un immense cinéaste de rendre compte de la réalité de la Shoah à un public, en grande partie ignorant.
En suivant l’évolution personnelle d’un affairiste allemand, Oskar Schindler, jouisseur sans vergogne progressivement saisi par l’ampleur des crimes commis par le régime nazi jusqu’à devenir un Juste, Spielberg et son scénariste, Steven Zaillian, accompagnent le destin parallèle d’un groupe de juifs polonais, des premières mesures prises antisémites imposées à Cracovie jusqu’à leur déportation dans un camp de travail. Ces itinéraires permettent au cinéaste d’exposer à hauteur d’homme le début de la Shoah et d’en restituer l’infinie violence et l’incommensurable injustice.
Le réalisateur, touche-à-tout de génie, s’attaque là à un sujet qui, sans doute, le dépasse un peu. Son film, long (3H15 sans entracte) et tourné dans un très beau noir-et-blanc, met en œuvre tout son savoir-faire : humour discret, scènes amples et complexes, mouvements de caméra élégants, construction du récit parfaitement maîtrisée, acteurs remarquables (malgré l’incompréhensible choix de les faire parler anglais avec un accent allemand plus ou moins convaincant). Le sentiment de malaise ressenti à la sortie, en 1994, ne s’estompe cependant pas après cette nouvelle vision.
Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah (1985), avait durement, et sans doute de façon excessive, attaqué le film à sa sortie en 1994. Son indéniable autorité morale et intellectuelle le conduisait parfois à des jugements trop définitifs, mais certaines de ses remarques ne manquaient pas, alors, de pertinence.
Spielberg et Lanzmann, en réalité, poursuivaient la même mission de témoignage et d’éducation. Mais quand Lanzmann, au terme d’un admirable travail d’enquête et d’entretiens, livre une somme, indépassable, de près de dix heures dont la sobriété est un hommage aux millions de victimes, Spielberg applique ses méthodes de cinéaste de divertissement. Il lui faut des rebondissements, des ressorts dramatiques, des intrigues personnelles dans la tragédie qui se joue, des visages que le spectateur retrouvera de séquence en séquence, et c’est peut-être là la limite de son talent. Comment, en effet, restituer l’immensité du crime commis ? Comment ne pas atténuer les souffrances des victimes, l’ignominie des bourreaux, la lâcheté sinon la complicité des témoins en se conformant aux codes du cinéma grand public ?
Parfaitement réalisé, La Liste de Schindler est trop lisse, trop présentable, et seules quelques scènes, exceptionnelles, montrent ce qu’aurait pu être ce récit sous la caméra d’un réalisateur moins classique. On ne saurait, évidemment, reprocher à Steven Spielberg d’être écrasé par son sujet, et son émotion est sincère. La liquidation du ghetto de Cracovie, moment dantesque, reste un des sommets de sa carrière de metteur en scène et permet au spectateur le plus ignorant de l’Histoire de toucher du doigt l’ampleur du crime en train d’être perpétré. La chanson en yiddish Oyfn Pripetchik ajoute au caractère presque insupportable de la scène.
Plus saisissante encore est la scène d’immolation des dépouilles de centaines de cadavres extraits de fosses communes. Les cris et le visage grimaçant de l’officier allemand hurlant Walhalla devant une montagne de corps en feu restent longtemps en mémoire. Sans doute cette scène, d’ailleurs, est-elle la plus proche de la folie qui s’empara de l’Allemagne sur ces terres d’Europe orientale, littéralement gorgées de sang.
Spielberg, longtemps cinéaste familial, n’était peut-être pas capable de filmer ça. Comment, de toute façon, montrer l’innommable, l’inconcevable, l’incompréhensible ? Comment mettre en scène avec des moyens conventionnels un événement qui défie la raison et l’imagination ? Tout montrer, c’est céder au voyeurisme et à l’indécence insupportable de la reconstitution. Suggérer, c’est risquer de minimiser, de réduire l’ampleur du crime, de ne pas rendre justice aux victimes et à l’ampleur de la tragédie qui les frappe.
Il paraît difficile, pourtant, de ne pas montrer à l’écran le système concentrationnaire nazi et l’abjection du Reich quand on traite de la Seconde Guerre mondiale en Europe. En 1980, Samuel Fuller, dans The Big Red One, filma sans effet de manche l’horreur de la libération du camp de Falkenau, une annexe du camp de Flossenbürg. Plus de vingt ans après, la remarquable série Band of Brothers décrivit avec pudeur la découverte par les soldats américains du camp de Landsberg am Lech, une annexe de Dachau.
Face à de tels faits, la sobriété s’impose autant par respect qu’en raison de la conscience que les artistes doivent avoir de leurs limites, en particulier à l’écran. Montrer des crimes de guerre n’a rien de facile ou d’anodin, et on sort toujours grandi d’avoir fait preuve de retenue. En 1989, Brian De Palma, un cinéaste virtuose guère connu pour sa sobriété, s’était essayé à l’exercice dans Outrages. En 1970, décrivant les guerres indiennes à l’aune du Vietnam, Ralph Nelson avait réalisé Soldat bleu. Ces deux films, cependant, ne traitaient directement que d’un crime de guerre unique, localisé, daté, dont les faits pouvaient être circonscrits à un seul récit. On devait en tirer des leçons au sujet de ces guerres et de la façon dont elles avaient été conduites, mais ils n’avaient pas d’autre ambition que d’illustrer un propos.
Comment, en revanche, montrer un génocide, un crime fait de centaines de milliers de crimes isolés, de milliers de charniers et de villages incendiés ? Comment montrer plusieurs millions d’assassinats à travers un continent ? Comment, de surcroît, le faire avec justesse, sans oublier, sans caricaturer ? Kevin Costner, en réalisant en 1990 Danse avec les loups – déjà l’histoire d’un homme qui prend la mesure d’un génocide –, avait choisi de ne pas montrer le crime mais sa mise en place, cavalerie américaine d’un côté, Sioux Lakota de l’autre. Il ne montrait pas la disparition de la Culture des Plaines, il l’annonçait. Michael Apted, qui sortit en 1992 un film et un documentaire sur l’oppression continue dont sont victimes les Amérindiens aux États-Unis, aborda pour sa part les conséquences d’un génocide et la lutte des survivants pour la sauvegarde de leur culture et de leur dignité.
Steven Spielberg, lui, ne choisit pas. Ou plutôt, il choisit de tout dire, de tout montrer : l’occupation allemande de la Pologne, l’antisémitisme de la population, la survie du ghetto, la corruption des SS, le sadisme vaguement décadent du commandant Goeth, le système d’esclavage nazi, la personnalité plus qu’ambiguë de Schindler et même les tueries de masse.
De fait, qui trop embrasse mal étreint, et Steven Spielberg, trop lisse pour un tel sujet, trop appliqué, et sans doute trop ému, réalise un film qui, sans décevoir, reste imparfait. La trop fameuse scène de la douche à Auschwitz, reste à cet égard une faute impardonnable qui, sur le moment, m’avait laissé penser que le cinéaste, contre toute logique, n’avait pas pris toute la mesure de son sujet. Enfin, et comme il ratera la fin de son film monumental consacré au Débarquement, le réalisateur gâche les dernières minutes de La Liste de Schindler en annonçant lourdement et de façon historiquement très hâtive la création d’Israël. Quant au long défilé des survivants sur la tombe d’Oskar Schindler, il est à la fois très émouvant et vaguement gênant.
Depuis, Costa-Gavras s’est à son tour essayé à montrer la Shoah avec Amen (2002), et László Nemes a sidéré le monde en réalisant Le Fils de Saul (2015), un film magistral qui répond aux défis artistiques que Steven Spielberg n’a que partiellement relevés.
Reste que, malgré toutes ses limites, La Liste de Schindler est une œuvre remarquable, essentielle dans son imperfection et à bien des égards fondamentale. Spielberg, avec sa candeur de cinéaste hollywoodien, y aborde la Shoah avec un souffle tragique qui, s’il est parfois trop appuyé, a l’immense mérite de mettre des noms et des visages sur un des pires crimes jamais commis sur cette planète. Le spectateur ne peut que sentir, au plus profond de son âme, à quel point l’humanité a atteint pendant ces années les derniers cercles de l’enfer. La destruction des Juifs d’Europe, qui a vu l’assassinat de six millions de personnes, a aussi été la destruction d’un pan de la civilisation européenne, d’une part de notre identité, et c’est donc avec une stupeur écœurée que l’on découvre le regain d’antisémitisme qui pollue nos pays.
En Pologne, où 93% de la communauté juive fut exterminée et où les survivants se virent spoliés par le régime communiste à leur retour des camps, le mal est vivace. Pire, il s’exporte jusque dans nos amphithéâtres. Le mal n’a jamais honte, et c’est pour cela qu’il ne sert à rien de tenter de le raisonner. Il faut le combattre.
Idée de scénario : deux délinquants multirécidivistes, orphelins élevés dans une institution religieuse conservatrice, décident, après un supposé choc mystique ressenti auprès d’un prédicateur radical, de recréer leur bande dans le but de recueillir une importante somme d’argent. Irresponsables, dangereux, ils entraînent avec eux une équipe de petits criminels sans envergure dans une longue suite de violences.
Après avoir dévasté un centre commercial en voiture et mis en danger de nombreuses vies innocentes, ils escroquent un ensemble musical folklorique, commettent un attentat à la voiture-bélier contre un parti politique, parviennent à organiser un festival de musique religieuse dont ils dérobent la recette et sont finalement interpellés à l’issue d’une traque sauvage alors qu’ils s’apprêtaient à prendre en otage un employé du service du fisc dans un bâtiment fédéral.
Sorti en 2012, Zero Dark Thirty, le film de Kathryn Bigelow consacré à la traque d’Oussama Ben Laden par les services de renseignement américains, est immédiatement devenu un classique. Apre, dense, le récit avait alors d’autant plus marqué les esprits qu’il était le seul, au milieu d’une abondante production cinématographique, à mettre en avant de façon réaliste les difficultés d’une enquête antiterroriste. Il avait même provoqué une intéressante controverse, doublée d’une grande incompréhension. J’ai souvenir, par exemple, de critiques de critiques du Masque et la plume passant à côté du film, aveuglés par leur grille d’analyse idéologique comme par leur incompréhension du sujet. Le film, en effet, n’a rien d’une ode émue à la grandeur des États-Unis, de la CIA ou des forces spéciales. Il commence par une longue séquence de torture et s’achève par une opération armée illégale dont le succès et l’audace ne sont d’aucun effet durable sur le conflit en cours. Le récit lui-même, complexe et tendu, ne fait que montrer une superpuissance engagée dans un combat à mort contre un ennemi insaisissable. Qu’OBL ait été tué par une équipe de SEALs est un fait objectif, et le raconter de cette façon n’a rien d’une hagiographie. De même, le film consacré par Jean-Jacques Annaud à la bataille de Stalingrad en 2001 n’est-il pas une déclaration d’amour au régime soviétique.
Sans doute troublés par l’extrême tension qui émane du film, la plupart des critiques en ont manqué le message sombre et pessimiste – la cinéaste ayant d’ailleurs fait encore plus sombre et plus pessimiste dans Detroit (2017).
Zero Dark Thirty, en effet, n’est pas tant consacré à Al Qaïda ou aux réseaux jihadistes internationaux – quand bien même la complexité du phénomène est-elle rappelée à plusieurs reprises – qu’à la démarche des analystes chargés de lutte contre la mouvance. Le film, plus qu’un récit antiterroriste, offre une magistrale illustration de ce qu’est le cycle du renseignement, et ce n’est pas par hasard s’il est désormais projeté aux nouvelles recrues de certains services occidentaux.
Par cycle du renseignement, les chercheurs désignent l’enchaînement des actions qui caractérisent les activités des services. Objet de débats, parfois jugée simpliste, la formule a le mérite d’identifier les grandes étapes qui, même artificiellement séparées ici, constituent l’activité d’un SR : définition et assignation des objectifs, orientation des capteurs, recueil puis analyse des renseignements, diffusion vers l’échelon administratif et/ou politique à l’origine de la demande – qui, à son tour, affine, rebondit, énonce de nouveaux besoins, etc.
Chaque cycle effectué complètement nourrit d’autres cycles en faisant émerger des renseignements annexes, de nouveaux besoins, et le schéma est volontairement simplifié. Dans ZDT, son illustration est d’autant plus pertinente que le film est tout entier consacré à la traque et à la capture ou l’élimination du chef d’Al Qaïda, une mission unique à l’importance bien comprise.
1. Expression des besoins (et définition des objectifs) :
Localiser Oussama Ben Laden
(objectifs stratégiques : réduire la menace en éliminant le chef d’AQ/répondre à un impératif politique)
– Activation de sources humaines afin de donner de donner des cibles aux moyens techniques (séquence au Koweït) et opérationnels ;
3. Traitement (exploitation)/analyse :
– Approfondissement des connaissances et progression vers l’objectif ;
– Rédaction d’hypothèses ;
4. Diffusion vers les autorités :
– Information de la hiérarchie, d’abord administrative (CIA) puis politique (Conseiller à la Sécurité nationale) ;
Naturellement, aucune de ces étapes n’est strictement séparée ni de celle qui la précède ni de celle qui la suit. S’agissant, même, d’une traque complexe, il faut considérer que l’enquête relatée par ZDT nous montre un vaste cycle du renseignement (la CIA cherchant, localisant puis neutralisant un objectif en déployant une grande variété de moyens – analystes, sources humaines, sources techniques, équipes clandestines sur le terrain, drones, forces spéciales) au sein duquel tournent plusieurs cycles plus modestes, imbriqués, enchaînés ou concomitants, visant à atteindre l’objectif désigné. Le cycle du renseignement est en réalité un engrenage complexe aux nombreuses composantes.
Le film montre également la façon dont les renseignements de sources multiples et de natures diverses sont mis en forme, exploités et analysés afin de nourrir une démarche dont la finalité est opérationnelle. L’analyste est ici, comme toujours, au cœur du système : il exploite, il analyse, il évalue, il oriente des capteurs diversifiés (qu’il connaît, donc) et il adapte sa démarche aux résultats qu’il obtient. Surtout, il propose et il conseille. Au centre d’une vaste machinerie, il est à la fois celui qui sait et paradoxalement celui que ne décide pas de l’essentiel. La décision est entre les mains de ses chefs, qui eux en savent moins sur le fond mais ont la connaissance du contexte, politique et/ou diplomatique, et des contraintes, opérationnelles, techniques, juridiques. Les scènes autour du directeur de la CIA sont ainsi particulièrement bien vues : laissée sur la touche, Maya assiste à des discussions entre hauts responsables dont l’objet est de déterminer si son dossier est assez solide pour être présenté au président, ou au moins à son équipe.
En plus de montrer le travail d’un enquêteur, ZDT a, en effet, l’immense mérite, comme peu de films ou de séries avant lui, de montrer la mécanique à l’œuvre au sein d’un grand service de renseignement. Contrairement, par exemple, à l’ambiance étrangement consensuelle qui règne au sein de la DGSE telle que montrée par Le Bureau des légendes (2015 – ), on s’engueule ou on se fait copieusement engueuler à la CIA, que ce soit dans l’intimité du poste d’Islamabad,
Et ces éclats de voix ne sont pas liés à des promesses non tenues, comme dansLa guerre selon Charlie Wilson(2007), mais bien à des divergences fondamentales ou à des échecs. ZDT, qui relate la traque d’un chef ennemi, est aussi et peut-être surtout un hommage appuyé aux analystes acharnés qui, au plus bas de l’échelle hiérarchique, sont à l’origine de la manœuvre grâce à leurs connaissances et leur maîtrise.
Le personnage de Maya, incarné par Jessica Chastain, constitue à cet égard la représentation ultime de la figure de l’analyste, rigoureux, obsessionnel, à la volonté indomptable – et au caractère bien trempé. Toute entière tournée vers sa mission, véritable quête qu’elle s’est fixée, Maya est froide, et la perte d’une source, à l’occasion de l’attentat de Camp Chapman, paraît un temps presque plus l’affecter que la mort de ses plus proches collègues.
En couvrant le cycle du renseignement dans son intégralité, le film dépasse les seules parties techniques et aborde également sa dimension politique. Rien de ce que font les services n’a de légitimité sans des directives, et rien de ce qu’ils vont entreprendre d’ambitieux et/ou de risqué ne peut l’être sans un accord formel des plus hautes autorités. Comme dans Treize jours (2000, Roger Donaldson), la prépondérance du politique sur le militaire et les services est parfaitement illustrée. Mark Strong, toujours parfait dès qu’il s’agit de renseignement, tente d’y convaincre le conseiller à la Sécurité nationale à la fois de la valeur du travail de son équipe et de l’importance de frapper la résidence suspectée d’abriter OBL. Face aux hésitations d’un des plus importants membres de l’équipe présidentielle, il ose une question au cœur de toute politique antiterroriste : How do you evaluate the risk of not doing something? La formule, ciselée, est magistrale. Elle est également typique d’un film qui, loin d’être une longue série de scènes d’action improbables, alterne les réflexions théoriques – dont la remarque fondamentale de Dan We don’t know what we don’t know, choc entre un intellectuel et un gestionnaire – et les séquences qui font que la vie d’un membre d’un service de renseignement (attente, imprévus, réunions, tâches administratives, chefs pénibles, lenteur) ne correspond pas à ce qu’on nous en montre une certaine production, cinématographique ou télévisuelle.
Écrit avec le soutien de la haute hiérarchie de la CIA, ZDT, qui n’a jamais prétendu être une œuvre documentaire (#jemecomprends), reste à ce jour un des films les plus pertinents jamais réalisés sur le renseignement et la lutte contre le terrorisme. Même l’ennemi, qu’on ne voit que peu, y est bien montré, et la phrase attribuée à OBL que rapporte Ammar résume tout : Continue the jihad. The work will go on for a hundred years. On attend toujours une œuvre d’une telle intensité, d’un tel courage politique et d’une telle pertinence en France.
J’ai arrêté d’alimenter mon fil Twitter à la fin du mois de décembre dans le cadre d’une expérimentation que je tentais alors sur ma modeste personne. Il s’agissait de mesurer le bénéfice que je pourrais tirer du départ d’un réseau devenu depuis des mois sinon des années un égout géant charriant immondices complotistes, propos racistes et antisémites, trolls harceleurs et autres personnages médiocres dont les incessants propos orduriers tiennent lieu de pensée. Sans surprise, le soulagement fut immédiat, et cela n’avait rien à voir avec un hypothétique harcèlement – je n’ai, après tout, jamais été attaqué que par une poignée d’imposteurs et de mythomanes frustrés bien connus, et même si certains matins ont pu être désagréables (montages photos pornos, révélation de mon identité par quelques belles âmes miliciennes, tombereaux de propos insultants, etc.), cela n’a jamais eu rien à voir avec ce qu’ont eu à subir les victimes de véritables campagnes de harcèlement.
Le soulagement est venu, comme le raconte Nadia Daam, de la disparition de mon quotidien de ce torrent ininterrompu et manifestement sans fin de haines recuites, de bêtise crasse, d’égos de divas et de polémiques ineptes éclatant entre des contradicteurs sourds s’écharpant au sujet d’un article dont ils n’avaient lu, au mieux, que le titre. Le silence se fit comme dans les locaux de la SCEP de Port-Saïd lorsqu’on éteint la lumière, et je m’épargnai ainsi, simplement en retirant une application de mon téléphone, d’innombrables motifs d’exaspération. Au-revoir les « blogueurs défense versaillais » aux opinions sans cesse changeantes, les membres émérites du Sigmaringen Social Club, les défenseurs acharnés du régime syrien, les comptes risiblement affublés d’un numéro de « bot russe » (que je masquais déjà systématiquement avant), les militants supposément insoumis relayant mécaniquement la délirante logorrhée du Lider Minimo et de ses sbires. Adieu, les beaufs avachis au comptoir, les stabiloteurs patriotes et autres économistes staliniens, adieu les révolutionnaires chevelus et verbeux, adieu les fausses représentantes françaises du New Yorker s’inventant des carrières de correspondantes de guerre dans les rues d’un pays en paix ou les Robespierre d’opérette faisant de l’entrée dans le hall d’un grand hôtel parisien un acte au moins aussi héroïque que la mutinerie du Potemkine. A jamais les pourfendeurs de l’avortement, intransigeants défenseurs de la vieau nom du Christ-Roi mais appelant comme des possédés à l’assassinat des plus jeunes enfants de nos ennemis, ou les activistes délirantes se battant (à raison) pour la dignité des femmes mais postant des obscénités en pleine nuit. So long les crétins plus ou moins alphabétisés affirmant à longueur de tweets – sans jamais être inquiétés, y compris par la grammaire – que la France est une dictature et qu’ils vont en conséquence se réfugier dans les riantes et prospères démocraties que sont la Sainte Russie ou la glorieuse Syrie. See ya, les gaullistes adorateurs de Pétain et les nationalistes prompts à cracher sur leur propre drapeau.
Twitter fut un espace de liberté, de savoir, de rire, de débats fructueux et de confrontations dignes. La haine y fut certes présente dès les premiers mois, mais elle n’était pas le cœur du réseau et elle y fut très rapidement combattue (n’oubliez pas ce que vous devez à la Katiba des Narvalos). J’eus la chance, non seulement d’y apprendre beaucoup mais aussi d’y faire la rencontre de twittos devenus des amis. Désormais, cependant, tout n’y est que vociférations, vaines querelles et rage écumante, et ceux qui s’y maintiennent pour éclairer, échanger ou simplement répondre ont toute mon admiration. Je n’ai, pour ma part, pas vocation à accompagner ou à subir les névroses de gros lourds complexés ou de partisans des actions les plus abjectes, et je laisse cette mission à ceux qui ont le courage, la force ou la patience d’affronter la bêtise. Il n’est, de toute façon, pas possible de couvrir par la voix le bruit d’une éruption volcanique et j’ai mieux à faire. Twitter n’est plus pour moi que le moyen de parler avec des amis ou des compagnons, et ce qui s’y dit publiquement n’a plus guère d’importance.
Il ne reste qu’à remercier les soi-disant modérateurs de ce réseau, complices conscients de la transformation de la médiocrité vindicative en courant de pensée, et fossoyeurs enjoués de la décence. On aura rarement assisté une entreprise de sabotage d’une telle ampleur.
Il ne s’agit pas seulement de recueillir des renseignements. Il s’agit de les comprendre, de les analyser, de les rendre intelligibles par les autorités politiques et utilisables par les forces ou les administrations chargées d’agir. Les services peuvent éventuellement tout savoir, mais ils ne peuvent pas tout assimiler. Pour être plus pertinents, pour être capables de trier, voire de renoncer, il leur faut être orientés par leurs lecteurs et guidés par ceux qui savent vraiment. Et ceux qui savent vraiment se trouvent parfois en dehors des murs d’enceinte de la centrale, dans des universités, des centres de recherche ou dans les rédactions de grands médias.
En France, les échanges entre l’État et le monde des sciences humaines devraient être naturels, mais il n’en est rien. Au sein des services règne souvent une grande défiance à l’égard d’universitaires, soupçonnés (à tort) d’être déconnectés ou (parfois à raison) de n’être que des idéologues. Ces derniers n’ont pour eux, en retour, que du mépris – quand il ne s’agit pas d’une répulsion fascinée. Il se trouve même de beaux esprits pour imaginer que parler à un membre de la DRM revient à coopérer avec un ennemi ou qu’accepter une commande officielle n’est rien d’autre que de la compromission. On pourra toujours se rassurer en rappelant que ceux-là ne sont pas lus et sont donc parfaitement inutiles.
Les analystes des services de renseignement ne sont pas supposés avoir de ligne politique, et ils sont en revanche invités à se nourrir des opinions les plus stimulantes (pro tip : une dégueulasserie complotiste postée sur un blog supposément alternatif n’est pas une opinion stimulante mais une dégueulasserie complotiste) et donc à lire autre chose que leur propre production. Les plus chanceux d’entre eux, ou les plus prometteurs, sont même invités à reprendre des études, non pas pour y faire de l’influence sur les bancs de vénérables amphithéâtres mais bien pour y acquérir de nouvelles connaissances. Ils apprennent des langues, y écrivent des articles, y soutiennent parfois des thèses, l’exemple à suivre se trouvant dans les armées, dont les officiers ne cessent tout au long de leur carrière de passer concours et examens. On sait d’ailleurs en France quel prix il faut payer, tôt ou tard, quand les forces ou les services cessent de réfléchir.
Régulièrement, désormais, les services de renseignement reçoivent des scientifiques de renom. Ces rencontres peuvent ne pas être très productives, mais elles ont l’immense mérite de mettre en contact deux univers intrinsèquement étrangers l’un à l’autre. Les espions découvrent ainsi des chercheurs parfois plus présents sur le terrain (LE TERRAIN, LES GARS !) que eux ne le sont, et les chercheurs rencontrent au sein de ces administrations si particulières des femmes et des hommes diplômés, attentifs, initiés aux grands concepts de la science politique, rigoureux et exigeants. Parfois, évidemment, ces contacts se révèlent frustrants, agaçants, stériles – mais ça, je vous le raconterai dans mes mémoires, dans vingt ans…
L’Aventure, c’est l’aventure, de Claude Lelouch (1972)