Dans une démocratie, les opinions les plus diverses doivent pouvoir s’exprimer librement afin d’éclairer les citoyens et nourrir l’indispensable débat d’idées. Il faut donc s’enorgueillir du pluralisme et de l’ouverture d’esprit dont fait preuve le service public en invitant des personnalités politiques majeures venues commenter l’actualité du monde et livrer leur appréciation de la marche de celui-ci.
On se souviendra ainsi de la longue interview de Jules César, au cours de laquelle le général romain expliqua, de façon admirablement convaincante, pourquoi l’élimination complète des Usipètes et les Tenctères, bien que tragique, n’en était pas moins essentielle à la sauvegarde de la République.
De même, l’analyse par Nikolaï Iejov de la passionnante mécanique judiciaire à l’œuvre lors des tristement nécessaires grandes purges organisées au sein de la Sainte Rodina afin de sauver la Révolution a utilement alimenté notre connaissance de cette période. Le silence respectueux du journaliste qui l’interrogeait a fait honneur à sa profession, étant bien entendu que toutes ces questions insistantes dont se repaissent certains esprits forts sont bien souvent oiseuses.
Enfin, il s’agirait de ne pas oublier l’interview en duplex qu’a accordée, à Noël dernier, Hernán Cortés. Sa prise de la capitale des rebelles aztèques, Tenochtitlan, reste un modèle de poliorcétique, les pertes humaines (modestes, de l’ordre de 200.000 morts) étant aisément justifiées par la grandeur du projet civilisationnel. Rien ne saurait s’opposer à la Vrai foi.
C’est donc avec un grand contentement que nous avons écouté le chancelier du NSDAP, Martin Bormann, diffusé il y a quelques jours par la chaîne la plus regardée de notre service public.

Quelle chance pour nos concitoyens d’avoir ainsi eu accès, pendant plus d’une heure, à la pensée si riche et si complexe d’un des plus importants responsables du Reich millénaire. Habilement relancé par un journaliste jamais agressif, M. Bormann a pu longuement revenir sur la grande stratégie de l’Allemagne nazie, démentir les accusations – absurdes – de violences excessives à l’Est (« Que voulez-vous ? C’est la guerre ») ou rire des accusations de massacres de masse (« Simples calomnies de la presse judéo-protestante »). Cultivé, subtil, maniant l’ironie avec aisance, Martin Bormann a, par sa bonhomie, permis d’illustrer les hautes exigences morales du journalisme de qualité, et nous lui en sommes reconnaissants.
Ah, et sinon, si vous un avez une conscience et un semblant de dignité, il y a la réponse du Quai d’Orsay à l’interview de Lavrov. Quand un ministère doit reprendre le service public, c’est que quelque chose de très moche s’est produit. Et dans ces cas-là, on ne se défend pas et on laisse le ministre parler, parce que lui, il a une conscience.